Dominique Stéhelin

Remarque : ces contenus ont été récupérés automatiquement depuis l’ancien site « Histoire de l’Inserm » (http://histoire.inserm.fr) et n’ont pas été modifiés depuis.

Mis à jour le 21 octobre 2019 

Les travaux de Dominique Stéhelin contribuent de manière majeure à la découverte des oncogènes, une catégorie de gènes dont l’altération favorise la survenue de cancers. 

Au début des années 1970, les mécanismes du cancer faisaient l’objet de nombreux débats. Les uns pensaient que les causes de la cancérisation étaient externes aux cellules (théorie virale des cancers), alors que d’autres défendaient une origine cellulaire des dérèglements cancérigènes (théorie génétique). La connaissance des virus et l’avènement de la biologie moléculaire ont permis de clarifier ce débat. Le premier virus identifié pour causer des tumeurs (sarcomes) chez le poulet fut le virus du sarcome de Rous en 1911 par le chercheur américain Peyton Rous. En 1976, Dominique Stéhelin, alors chercheur détaché du CNRS dans le laboratoire de Michael Bishop à San Francisco, met en évidence, par une technique d’hybridation différentielle, la présence d’un fragment d’ADN du virus du sarcome de Rous dans le génome de cellules normales non infectées. Cela démontrait que le gène src du virus avait sa contrepartie dans les cellules normales et sa caractérisation montrer, en incorporant et en modifiant ce gène dans son génome, que le virus était devenu cancérigène. Quinze ans plus tard, en 1989, le prix Nobel de physiologie et médecine a été décerné pour cette découverte de l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux aux co-auteurs du travail, les américains Michael Bishop et Harold Varmus. 

A son retour des Etats-Unis, Dominique Stéhelin monte une équipe de recherche à l’Institut Pasteur de Lille et poursuit la découverte et la caractérisation de nouveaux oncogènes (gènes : myb, myc, erbA, erbB mil/raf, ets). Des fonctions biologiques de ces gènes dans les cellules normales sont assignées, comme celle du gène erbA qui est un récepteur des hormones thyroïdes ou du gène ets1 qui est un facteur de transcription exprimé au cours de l’invasion et de l’angiogenèse tumorale. L’étude des mécanismes d’activation de ces gènes en gènes du cancer révèle qu’un oncogène peut être impliqué dans l’émergence de types distincts de cancers (le gène myc peut conduire à des sarcomes ou à des carcinomes). De plus, plusieurs oncogènes peuvent aboutir à la formation d’un même type de cancer (myc, src et erbB peuvent chacun induire des sarcomes très semblables). Dominique Stéhelin montre aussi que des rétrovirus peuvent contenir deux oncogènes susceptibles de leur conférer des propriétés “transformantes” accrues et/ou de cancériser des cellules. L’exploration des fonctions des oncogènes, conduit également à la démonstration originale que l’oncogène rel est impliqué dans l’apoptose (mort cellulaire programmée). L’ensemble de ces travaux démontre le rôle essentiel des oncogènes dans tous les processus cellulaires normaux et clarifie leur implication dans le cancer lorsqu’ils sont dérégulés. 

Dominique Stéhelin a ensuite choisi d’étudier plus particulièrement les propriétés anti-tumorales du parvovirus H1, un petit virus à ADN. Avec ses collaborateurs, il documente que ce virus est oncotrope (se multiplie sélectivement dans les cellules cancéreuses) et provoque l’oncolyse (détruit les cellules cancéreuses dans lesquelles il se réplique) dans de nombreuses lignées cellulaires tumorales. Les études en cours, concernant les propriétés anti-tumorales du parvovirus H1 chez la souris et son utilisation éventuelle chez l’homme, visent une nouvelle stratégie anti-cancéreuse. 

Il est aussi à l’origine de la création en 1996 de l’Institut de biologie de Lille, avec le soutien du CNRS, de la région Nord – Pas de Calais et de l’État. Ce bâtiment accueille des équipes de recherches travaillant bien sûr dans le domaine du cancer, mais également dans les domaines des infections bactériennes et virales, et des maladies métaboliques. De très nombreux chercheurs français et étrangers ont été formés dans le laboratoire de Dominique Stéhelin, qui a su les attirer par ses qualités scientifiques, associées à son charisme et son ouverture d’esprit. Plusieurs sont devenus directeurs de laboratoires à l’Inserm, au CNRS, dans des laboratoires internationaux, ou directeurs de département dans l’industrie pharmaceutique. 

Biographie

Dominique Stéhelin est né le 4 septembre 1943 à Thoisy la Berchère (Côte d’Or). Il a mené ses études secondaires au lycée Fustel de Coulanges et ses études supérieures à l’université de Strasbourg. 

  • Licence en biochimie (1966).
  • Licence d’enseignement ès sciences physiques, mention chimie (1970).
  • Thèse de troisième cycle (1968), puis thèse d’Etat (1972) sur la structure de la protéine de capside du virus de la mosaïque jaune du navet, dans le laboratoire d’Henri Duranton à l’université Louis Pasteur de Strasbourg et dans l’équipe de Bupesh Das à Gif-sur-Yvette.
  • Attaché de recherche (1969), chargé de recherche (1976) directeur de recherche (1978), directeur de recherche de classe exceptionnelle (1989), directeur de recherche émérite (2010) au CNRS.
  • Chercheur chez Marc Girard dans le laboratoire du d’André Lwoff à l’Institut de la recherche scientifique sur le cancer à Villejuif (1970–1971).
  • Chercheur détaché du CNRS chez J Michael Bishop au Medical Center, San Francisco, Etats-Unis (1972–1975).
  • Chef d’équipe dans l’unité de recherche Inserm 102 « virologie » dirigée par Jean Samaille à Lille (1976–1978).
  • Directeur de l’unité de recherche Inserm 186 « oncologie moléculaire » (1979–1991), devenue successivement unité mixte de recherche Inserm-CNRS (1984), puis unité de recherche associée CNRS 1160 (1991–1997) sur le campus de l’Institut Pasteur de Lille.
  • Professeur à l’Institut Pasteur de Lille depuis 1984.
  • Fondateur et chef de projet de l’Institut de biologie de Lille, un centre de recherche créé par le CNRS avec le soutien de la région Nord – Pas-de-Calais et de l’Etat, sur le campus de l’Institut Pasteur de Lille (1992–1995).
  • Premier directeur de l’institut de biologie de Lille (1996–1999).
  • Directeur de l’unité mixte de recherche CNRS 8526/Université Lille 2/Institut Pasteur de Lille « Mécanismes du développement et de la cancérisation » à l’Institut de biologie de Lille (1998–2005).
  • Directeur de l’équipe “Parvovirus : oncosuppression et thérapie génique” dans l’unité mixte de recherche CNRS 8161 Universités Lille 1 et 2/Institut Pasteur de Lille dirigée par le Pr. Yvan de Launoit à l’Institut de biologie de Lille depuis 2006.
  • Directeur de recherche émérite au CNRS et professeur émérite à l’Institut Pasteur de Lille

Dominique Stéhelin est décédé à Lille le 5 avril 2019. 

Instances scientifiques et de gestion de la recherche

  • Membre de commissions scientifiques spécialisées de l’Inserm « Biologie et pathologie cellulaire, hématologie cellulaire, cancer, dermatologie » (1979–1982)
  • Membre du comité du CNRS « Génomes – Structures, fonctions et régulations » (1984–1991, 1995–2002).
  • Membre du comité scientifique du Fonds national de la recherche scientifique – FNRS (Belgique).
  • Conseiller auprès du ministre de la Recherche, conseil supérieur de la science et de la technologie (1989–1993).
  • Responsable des échanges France-Japon en recherche sur le cancer, ministère des Affaires étrangères (1986–2004) et du CNRS (1994–2004).
  • Représentant du CNRS à l’European Science Foundation – ESF (2000–2003).
  • Président du conseil scientifique de la Fondation pour la recherche médicale de la région Nord – Pas-de-Calais (2006).

Sociétés savantes – Académies

  • Membre de l’American Society of Microbiology (1983).
  • Membre de l’EMBO (1983).
  • Membre du Comité éditorial d’Oncogene Research (depuis 1987).
  • Membre du Comité éditorial de Cancer Communications (depuis 1991).
  • Membre du Comité éditorial d’Oncogene (depuis 1991).
  • Membre du Comité éditorial du Biomedical Journal (depuis 1995).
  • Membre correspondant de l’Académie des sciences – Institut de France (1990).
  • Membre correspondant de l’Académie royale de médecine de Belgique (1996).

Prix – distinctions 

  • Grand Prix de l’Académie des sciences, Prix A. Joannides (1975).
  • Prix Rosen de la Fondation pour la recherche médicale (1980).
  • Prix Griffuel de l’Association pour la recherche contre le cancer (1983).
  • Prix Lacassagne de la Ligue nationale pour la recherche sur le cancer (1984).
  • Médaille d’argent du CNRS (1986).
  • Prix Louis-Jeantet de médecine, Genève, Suisse (1987).
  • Prix Lacassagne du Collège de France (1987).
  • Membre d’honneur de la Japan Cancer Association (1992).
  • Prix Charles-Oberling du Collège de France (1993).
  • Chevalier de l’Ordre national du mérite (1982).
  • Chevalier de la Légion d’honneur (1987).
  • Chevalier (1987), officier de la légion d’honneur (1996).