Claudine Herzlich

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Dans les années 1960, le grand psycho-sociologue Serge Moscovici demande à Claudine Herzlich, alors au CNRS, de travailler sur l’image du corps. À cette époque, Claude Lévi-Strauss analysait dans son séminaire, une série de mythes amérindiens sur l’origine des maladies. Il exposait les travaux de ses collègues ethnologues, décrivant la maladie comme une partie intégrante des visions des mondes chez les peuples traditionnels. En accord avec Serge Moscovici, Claudine Herzlich décide d’engager une réflexion sur la maladie dans la société française en partant de cette approche. 

Elle prépare sa thèse de doctorat chez François Stoetzel, professeur de psychologie sociale à la Sorbonne, qui enseignait la psychologie sociale appliquée à la santé et à la maladie. Celui-ci est également le directeur et le créateur de l’IFOP (qui avait introduit les sondages en France). Elle réalise, dans ce cadre, une enquête-sondage : elle interroge une population de 80 personnes (pour moitié, cadres, membres de professions libérales et intellectuelles et, pour l’autre moitié, membres de classes moyennes), auxquelles elle demande notamment ce que représente pour eux l’idée de maladie, l’idée de santé, l’expérience de la maladie et l’expérience de la santé. Ce travail original vise, en particulier, à faire entendre un discours autonome des malades. 

En 1966, Claudine Herzlich soutient sa thèse en psychologie sociale. En 1968, elle est sollicitée par un certain nombre de groupes médicaux qui réfléchissent sur le pouvoir médical et s’intéressent à la parole des malades. En 1969, elle publie “Santé et maladie. Analyse d’une représentation sociale”, ouvrage issu de son travail de thèse. Au début des années 1970, elle s’attache également aux problèmes d’économie de la santé. 

En préparant la bibliographie de sa thèse, Claudine Herzlich tombe sur un numéro spécial de Current Sociology (1961–1962), édité par Eliot Freidson, sur le thème de la sociologie de la médecine. En 1970, grâce à une mission de l’Inserm, elle rencontre celui-ci à New York et lui montre son premier article. L’américain citera ce papier dans son ouvrage “Professional medicine”, paru la même année. 

En 1974, elle ouvre un séminaire sur le thème de la sociologie de la santé à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). A l’instigation de l’anthropologue Marc Augier, elle y ouvre un autre séminaire dans les années 1980 : “Anthropologie et sociologie de la maladie”. 

En 1986, la création du CERMES (Centre de recherche médecine, science, santé et société), par Claudine Herzlich, marque la reconnaissance, notamment par l’Inserm du caractère social et culturel, autant que biologique, des problèmes de santé et de la nécessité de les étudier sous cet angle. Le CERMES regroupe une quinzaine de chercheurs se définissant par un double cadre de références : l’étude de la santé, de la maladie et de la médecine, d’une part, les modes d’approche des sciences sociales, d’autre part. Il est organisé en trois équipes disciplinaires : sociologie, économie, anthropologie. Dans la perspective des travaux du CERMES, la maladie ne se réduit pas à sa réalité biologique et aux conceptions qu’en élabore la médecine. Elle est analysable à d’autres niveaux que celui d’un corps individuel, à travers l’ensemble des pratiques et des discours qu’une société élabore à son égard. Il s’agit donc d’étudier la maladie comme phénomène social irréductible à la médecine. 

Biographie

Claudine Herzlich est née le 6 juin 1932. 

  • Ingénieure d‘études au CNRS, elle travaille avec Serge Moscovici et fréquente le séminaire de Claude Lévi-Strauss (années 1960).
  • Thèse de doctorat en psychologie sociale chez François Stoetzel, professeur à la Sorbonne (1966).
  • Attachée de recherche, chargée de recherche, directrice de recherche, directrice de recherche hors classe, directrice de recherche émérite au CNRS. 
  • Mission que lui confie l’Inserm à New York, où elle rencontre Eliot Freidson, un des spécialistes en sociologie de la médecine (1970).
  • Professeure invitée aux universités de Genève (1973), New York (1978), Rio de Janeiro (1986, 1996), Buenos-Aires (1989).
  • Ouvre un séminaire sur le thème de la sociologie de la santé à l’École des hautes études en sciences sociales – EHESS (1974).
  • En 1982, Philippe Lazar propose à Claudine Herzlich de participer au comité de direction scientifique de l’Inserm, le CODIS, pour introduire les sciences humaines et sociales au sein de l’Institut.
  • Directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales – EHESS (1985–1995).
  • Directrice de l’unité mixte Inserm 304/CNRS/EHESS (CERMES), à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif (1986–1997). Martine Bungener lui succèdera en 1998
  • Responsable de la formation doctorale en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales (1990–1995).

Instances scientifiques et de gestion de la recherche

  • Consultante temporaire pour l’OMS (1969, 1978, 1984, 1991).
  • Membre du collège de direction scientifique de l’Inserm, le CODIS (1982–1996).
  • Conseillère scientifique au département des sciences humaines et sociales du CNRS (1982–1986). Membre du CCNE, comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (1983–1987).
  • Membre du conseil scientifique de l’Agence nationale de recherche sur le sida – Anrs (1990–1995).
  • Membre du conseil scientifique de l’Inserm ((1991–1994).
  • Membre du conseil scientifique du réseau national de santé publique (1994–1998), du conseil scientifique du CTNERHI, du centre technique national d’études et de recherches sur les handicaps et les inadaptations (1995–1998).
  • Présidente du conseil scientifique de l’Institut fédératif de recherche sur le handicap (1995–1998).
  • Présidente du programme de recherche santé-société des départements des sciences de la vie et des sciences humaines et sociales du CNRS (1997–1999).
  • Vice-présidente du conseil national du sida (1998–2002).
  • Membre du conseil supérieur de la sécurité et de l’information nucléaires – CSSIN, (2000–2004).
  • Présidente du comité indépendant pour les essais vaccinaux de l’Anrs (2002 à 2005).

Sociétés savantes

  • Présidente de la Société française de sociologie (1992–1995).
  • Membre du comité de rédaction des Cahiers internationaux de sociologie, du comité éditorial des revues Sociology of Health and Ilness, Health (jusqu’en 2004) et Physis.