Ebola : un essai clinique au cœur de l’Afrique

Chaque jour, près de 70 volontaires sont reçus au sein des deux centres guinéens de vaccination, gérés par l’organisation non gouvernementale Alima, partenaire de l’Inserm pour le projet. Reportage au cœur de l'essai clinique PREVAC.

« Un an après le début des premières vaccinations, la quasi-totalité des personnes incluses se sont présentées à toutes les visites de suivi au centre de Mafèrinyah, et 95 % à Landréah. C’est assez remarquable ; tous les participants veulent contribuer à l’effort mené pour combattre Ebola », souligne Keira Camara, médecin investigateur du centre de vaccination de Landréah en Guinée.

  • Patiente recevant une injection
    Le consortium international PREVAC regroupe l’Inserm, les National Institutes of Health (NIH) américains, la London School of Hygiene and Tropical Medecine (LSHTM) et les autorités sanitaires des quatre pays participants (Guinée, Libéria, Mali et Sierra Leone). Trois compagnies pharmaceutiques fournissent les vaccins testés : Janssen Vaccines & Prevention, B.V. (une des entreprises Janssen Pharmaceutical de Johnson & Johnson), Bavarian Nordic et Merck Sharp & Dohme Corp.
  • Groupe de personnes assises autour d'une table
    L’un des enjeux majeurs de la réussite de l’essai vaccinal PREVAC repose sur la participation des populations. Le médecin Malick Minkael Sylla réunit les conseillers communautaires de Mafèrinyah, qui iront ensuite recruter des volontaires sur le terrain.
  • Un homme qui tient un document illustré explique son propos à l'assisrtance
    Grâce au travail effectué au préalable par les anthropologues de l’essai, les conseillers communautaires multiplient les réunions de sensibilisation dans les quartiers. Ces rassemblements se déroulent uniquement en présence d’un champion communautaire, qui, en raison de son activité ou de son statut, est écouté et respecté par les populations.
  • Quatre personnes assises de part et d'autre d'un bureau
    Le bureau de triage accueille tous les participants de l’essai PREVAC. Les nouveaux volontaires y sont enregistrés et les informations de suivi sont mises à jour pour les participants déjà inclus. En Guinée, deux centres de vaccination ont été mis en place, l’un à Conakry, dans une zone urbaine, et l’autre à Mafèrinyah (sur cette photo), en zone rurale.
  • Deux personnes en combinaison retirent une boite d'une armoire
    Au sein de la pharmacie de Mafèrinyah, Cécé Kolié et Benjamin Hamzé préparent les vaccins. Les injections sont déterminées par un logiciel qui attribue de façon aléatoire quelle personne recevra un des candidats vaccins ou un placebo.
  • Une infirmière pose une aiguille dans le bras d'une petite fille pour une prise de sang
    20 % des cas de maladie à virus Ebola surviennent chez des enfants : il est donc crucial d’évaluer les vaccins dans cette population, en particulier chez les plus jeunes, dont le système immunitaire est encore en développement.
  • Patient recevant une injection
    Trois stratégies vaccinales sont testées dans cette étude, afin de déterminer si les vaccins sont bien tolérés et de voir avec quelle rapidité, quelle intensité et quelle durabilité ils permettent à l’organisme de fabriquer des anticorps contre le virus Ebola. S’il y avait une nouvelle épidémie, les participants de l’étude qui auront reçu le placebo pourront être vaccinés.
  • Laborantins devant du materiel d'analyse
    Les échantillons de sang prélevés aux volontaires de l’essai sont reconditionnés au laboratoire. À terme, ils serviront également à la constitution d’une biobanque qui pourra être utile à de futurs travaux de recherche.
  • Trois personnes discutent autour d'un ordinateur
    Lors d’une réunion à Conakry du consortium international PREVAC pour un bilan d’étape de l’essai sur les plans scientifiques et opérationnels, Éric D’Ortenzio, coordinateur scientifique de l’essai en Guinée, Aurélie Wiedemann, immunologiste, et Renaud Vatrinet, responsable du laboratoire, discutent du calendrier d’envoi et d’analyse des échantillons dans les différents pays du consortium.
  • Deux hommes discutent
    Lansana Keita (à droite) est le premier volontaire de l’essai vaccinal de Mafèrinyah. Retraité d’une usine de jus d’ananas, il passe régulièrement au centre de vaccination pour faire part de son expérience et accompagner de nouveaux volontaires. Il échange ici avec Éric D’Ortenzio. Les premiers résultats de l’étude sont attendus pour 2020. Un espoir pour toutes les populations victimes d’Ebola.
  • Un homme traverse une cour bordée de bâtiments
    Bernard Yaradouno, infirmier, emmène les tubes de sang prélevés sur des volontaires. Ils seront échantillonnés au laboratoire afin de faire le dosage des anticorps et serviront également à la constitution d'une bio-banque qui pourrait être utile pour des recherches futures.
  • Une femme reçoit une injection
    Salle de consultation au centre de vaccination de Landréah à Conakry. Les vaccinations se font selon le principe du double aveugle. L'infirmier ne sait pas ce qu'il administre et le candidat ce qu'il reçoit. Il peut s'agir de l'un des deux vaccins ou d'un placebo. Les injections sont déterminées par un logiciel et préparées dans le secret de la pharmacie.

Et pourtant, dans un contexte de traumatisme et de défiance générale autour d’Ebola, le défi était de taille pour l’Inserm et ses partenaires du consortium PREVAC (Partnership for Research on Ebola VACcination) : lancer un essai clinique de grande ampleur en Afrique pour tester les stratégies de vaccination les plus prometteuses contre ce fléau qui a fait près de 30 000 victimes en 2014.

Sur le terrain, une des clés du succès repose sur la collaboration entre l’équipe d’anthropologues de PREVAC et des « champions communautaires », dont l’autorité et la légitimité reconnues par les populations contribuent à ce qu’elles s’approprient l’essai. Au sein des quartiers, l’équipe PREVAC, avec l’appui des « champions », multiplie les réunions de sensibilisation pour recruter des volontaires.

Pour Sylvain Faye, anthropologue de l’essai clinique, « il ne fait aucun doute que la prise de conscience qu’un essai vaccinal est aussi un processus social » est une des grandes forces du projet. 5 000 personnes, dont la moitié d’enfants, seront à terme recrutées dans l’essai dans les quatre pays participants (Guinée, Libéria, Mali et Sierra Leone).

Un an et demi après le début de l’opération, près de 1 000 personnes ont d’ores et déjà été incluses en Guinée et 4 500 sur l’ensemble des pays. Chaque jour, près de 70 volontaires sont reçus au sein des deux centres guinéens de vaccination, gérés par l’organisation non gouvernementale Alima, partenaire de l’Inserm pour le projet. Plongée au cœur de PREVAC.

Reportage à retrouver dans le magazine de l'Inserm n°41 (novembre 2018)

Photographies : © Inserm/Delapierre, Patrick