Ecoutez

La fibrillation auriculaire favoriserait le déclin cognitif et la démence

29 juin 2017

Suite à l’analyse de données de la cohorte britannique Whitehall II, comprenant plus de 10 000 personnes suivies depuis 30 ans, l’équipe Inserm dirigée par l’épidémiologiste Archana Singh-Manoux montre que la fibrillation auriculaire serait un facteur de risque de déclin cognitif et de démence. 

On sait que les personnes âgées sont plus à risque de fibrillation auriculaire (FA), forme la plus courante des arythmies cardiaques, des troubles qui se manifestent par des essoufflements ou des palpitations… « La fibrillation auriculaire est même une pathologie fréquente aux âges avancés, touchant entre 10 et 20% des personnes de plus de 80 ans », rapporte Archana Singh-Manoux*.  On sait également que les risques de démences augmentent avec l’âge.  Mais s’agit-il d’une simple coexistence ? Existe-t-il un lien entre ces deux observations ? Un lien de cause à effet ? 

Pour la première fois, l’étude menée par Archana Singh-Manoux et son équipe, en collaboration avec l’équipe Whitehall de l’University College London apporte une réponse : la fibrillation auriculaire serait bien un facteur de risque de déclin cognitif, et même de démence. 

Identifier les déterminants du vieillissement 

La fibrillation auriculaire favoriserait le déclin cognitif et la démence © Fotolia

Whitehall est une cohorte anglaise mise en place en 1985, composée de 10 308 fonctionnaires britanniques de la région de Londres, dont 67% hommes âgés de 45 à 70 ans. Les participants sont suivis par des examens cliniques (électrocardiogramme, tension artérielle, dosage sanguin, tests moteurs et cognitif...) programmés tous les 4 ans.  Cette cohorte a pour but d’étudier les déterminants du vieillissement. 

En 2012, Archana Singh-Manoux et son équipe avaient établi que le déclin cognitif apparaît dès 45 ans, alors qu’il était communément admis qu’il n’y avait pas de déclin avant 60 ans. Avant de s’intéresser à la fibrillation auriculaire, l’équipe a également montré l’existence d’un lien entre les facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, surpoids…), les comportements de santé (consommation excessive d’alcool, tabagisme, activité physique), la durée du diabète et le déclin cognitif. D’autres travaux en cours portent sur les facteurs de risques sociaux (revenus, catégorie socioprofessionnelle, diplôme), comportementaux et cardio-métaboliques.

Un risque de démence multiplié par 2 

Ces dernières années, différentes études ont révélé que « les personnes âgées présentant une fibrillation auriculaire ont un risque accru de démence. Inversement les personnes âgées présentant une démence ont plus souvent une fibrillation auriculaire que les individus non déments », souligne Archana Singh-Manoux. « L’originalité de notre étude est que nous avons pu suivre des personnes qui avaient 45 ans et étaient en bonne santé au départ, sans aucun trouble cognitif. C’est en suivant ces personnes sur du long terme, et non en s’intéressant à un groupe de personnes âgées, que nous avons pu constater que l’arythmie impacte le vieillissement cognitif, mais augmente aussi le risque de démence ». Ainsi l’analyse des données de la cohorte montre qu’à tout âge, les personnes ayant une fibrillation auriculaire ont un risque de démence multiplié par deux. 

Traiter l’arythmie pour prévenir le déclin cognitif ?

La fibrillation auriculaire est un facteur de risque majeur d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique. Elle multiplie ce risque par cinq, par rapport à ce qui est observé dans la population générale. Ainsi, on estime que la fibrillation auriculaire est responsable de 20% des AVC ischémiques. Associée à des troubles cardiovasculaires importants, la fibrillation auriculaire pourrait entraîner des dysfonctionnements neuronaux, un déclin cognitif, voire une démence. « Savoir que la fibrillation auriculaire est un facteur de risque de démence montre l’importance de son traitement pour la prévention du déclin cognitif et de la démence », conclut Archana Singh-Manoux. « Une piste d’autant plus intéressante qu’il n’existe actuellement pas de traitements efficaces contre les démences, en particulier contre la maladie Alzheimer ». 

Note

* unité 1018 Inserm/Université Paris-Sud/Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, équipe Vieillissement, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations, Hôpital Paul Brousse, Villejuif. 

Source

A. Singh-Manoux et coll. Atrial fibrillation as a risk factor for cognitive décline and dementia. Eur Heart J. 2017. doi :10.1093/euroheartj/ehx208

Retour à la liste des actualités "Recherche"
^ Haut de page