La graisse brune, possible alliée des personnes atteintes d’obésité

Science

Parmi les cellules du tissu adipeux, les adipocytes bruns ont tendance à consommer des graisses au contraire des adipocytes blancs qui les stockent. Une équipe Inserm estime qu’en augmentant la production des premiers chez les personnes atteintes d’obésité, il serait possible d’accroitre leurs dépenses énergétiques et de les aider à perdre du poids. Reste à savoir comment procéder.

Augmenter la dépense énergétique chez les personnes atteintes d’obésité plutôt que limiter leurs apports ? Voilà la piste suivie par une équipe de l’Inserm pour aider ces patients à lutter contre leur maladie. Pour y parvenir, les chercheurs aimeraient augmenter la masse brune de l’organisme, dépensière en énergie, au détriment de la masse blanche gourmande en graisses. Ces deux types de masses sont notamment composés d’adipocytes caractérisés par leur couleur et qui présentent des fonctions opposées. Les adipocytes blancs, très majoritaires chez l’adulte, stockent les graisses alors que les adipocytes bruns les brûlent pour réguler la température corporelle. Ces derniers sont très nombreux chez le nouveau-né, mais leur quantité se réduit progressivement jusqu’à quasiment disparaître. Il y a peu, les scientifiques pensaient même que les adipocytes bruns étaient absents chez l’adulte. Il a finalement été mis en évidence que des amas dispersés et profonds persistent dans l’organisme tout au long de la vie.

Une cible thérapeutique potentielle

L’idée serait donc d’augmenter la quantité de ces adipocytes de type bruns pour accroitre les dépenses énergétiques en cas d’obésité. Pour cela, les chercheurs ont besoin de connaître les conditions et les facteurs nécessaires au recrutement de ces cellules à partir des précurseurs présents dans l’organisme. Ce travail a déjà commencé grâce à un nouveau modèle d’étude in vitro : les chercheurs ont reprogrammé des cellules nerveuses adultes en cellules souches pluripotentes, puis ont orienté leur développement vers un phénotype adipocytaire. « Ce modèle nous permet d’étudier les étapes très précoces de différenciation, d’identifier les précurseurs des adipocytes blancs et bruns et de caractériser des cibles moléculaires », décrit Christian Dani*, co-auteur des travaux.

Les résultats montrent que les adipocytes blancs et bruns proviennent de types cellulaires différents et expriment chacun des facteurs tout à fait spécifiques. L’un d’eux, produit à partir du gène Pax3, paraît particulièrement intéressant : ce facteur est en effet présent en grande quantité dans les adipocytes bruns, et en induisant la surexpression du gène dans des précurseurs d’adipocytes blancs, on peut obtenir des adipocytes bruns.

Les scientifiques poursuivent le décryptage des voies de signalisation impliquées dans la génération des différents précurseurs d’adipocytes, mais regarde déjà si PAX3 pourrait constituer une cible thérapeutique, permettant d’augmenter le nombre d’adipocytes bruns chez les personnes atteintes d’obésité.

 

Note 
*unité 1091 Inserm/Cnrs/Université Nice Sophia Antipolis, Institut de biologie Valrose, Nice

Source 
T. Mohsen-Kanson et coll. Differentiation of Human Induced Pluripotent Stem Cells into Brown and White Adipocytes: Role of Pax3. Stem cells, édition en ligne du 3 décembre 2013