Dengue et paludisme, deux marqueurs biologiques pour les distinguer

Science

Pour faciliter la distinction entre la dengue et le paludisme, des maladies qui frappent les mêmes régions et qui présentent des signes cliniques semblables, des chercheurs viennent d’identifier deux marqueurs biologiques simples à mesurer.

Distinguer facilement et rapidement un cas de paludisme d’un cas de dengue devient de plus en plus facile : il existe aujourd’hui des tests diagnostiques capables d’identifier les agents infectieux responsables de ces maladies et, de plus, une équipe de l’Inserm vient de montrer que l’évaluation de deux paramètres biologiques d’usage très courant (le taux de plaquettes sanguines et celui de protéine C réactive) permet de faire le distinguo dans bon nombre de cas.

Des maladies jumelles

« La dengue et le paludisme sont les deux grandes vedettes de l’infectiologie tropicale. Les patients présentent globalement les mêmes profils cliniques et biologiques, avec des douleurs et des fortes fièvres. De plus, ces maladies sont toutes deux associées à une morbidité élevée et des cas de décès », rappelle Bernard Carme qui a dirigé ces travaux depuis le Centre d’investigation clinique Antilles Guyane.

Alors que la dengue est davantage présente dans les villes, avec une incidence galopante à travers le monde, le paludisme est plutôt localisé dans les zones rurales. Néanmoins, les deux maladies peuvent se retrouver dans des zones géographiques communes et les cas de co-infections ne sont pas exceptionnels, notamment en Amérique. Or, il est important de pouvoir distinguer les deux maladies car leur prise en charge n’est pas la même.

Des pronostics différents

« Un patient atteint de paludisme qui bénéficie d’un traitement précoce adapté ne peut pas, sauf cas exceptionnel, développer une forme sévère de la maladie. En revanche, en raison de l’absence de traitement spécifique, une personne touchée par la dengue peut développer une maladie très agressive, sans facteur de risque préalable et sans que l’on puisse véritablement le prédire. Le niveau de surveillance de ces deux types de malades n’est donc pas du tout le même », poursuit le chercheur.

Si dans la plupart des cas les tests de diagnostic rapides permettent désormais de statuer sur la nature de l’agent infectieux auquel on a à faire, il est néanmoins toujours bon de disposer de critères biologiques pour conforter ces résultats et pour orienter les cliniciens en cas de doute. C’est pourquoi le Bernard Carme et son équipe ont analysé de nombreux paramètres cliniques et biologiques chez des patients atteints de paludisme, de dengue ou co-infectés par les agents responsables de ces deux maladies, à la recherche de marqueurs biologiques spécifiques.

Deux marqueurs d’usage banal s’avèrent très utiles

« Sur le plan clinique, nous observons très peu de différences entre ces différents profils, excepté une fréquence plus élevée de symptômes sévères en cas de co-infection. En revanche, sur le plan biologique nous constatons que deux paramètres donnent d’importants indices pour le diagnostic : le taux de la protéine C réactive (CRP) et le taux de plaquettes sanguines. Si le taux de CRP est inférieur à 5 mg/L, la probabilité d’être face à un cas de paludisme est de l’ordre de 1/400 dans cette étude, alors qu’il peut s’agir d’une dengue dans 30 à 40 % des cas. De même, en l’absence de thrombopénie (chute du taux de plaquettes), la probabilité d’être face à un cas de paludisme est de moins de 20 %, alors que cette anomalie est fréquente à un stade précoce de fièvre dengue, explique le spécialiste. Autant dire qu’en associant ces deux marqueurs, face à un taux de CRP inférieur à 5 mg/L et une absence de thrombopénie, il est possible d’écarter l’hypothèse d’un cas de paludisme. Mais attention il s’agit ici de valeur prédictive négative, donc d’exclusion du diagnostic de paludisme. La valeur prédictive positive, c'est-à-dire d’inclusion, reste quant à elle relativement faible et dépend des contextes épidémiologiques locaux », précise-il.

 

Note :
* CIC-EC Antilles Guyane CIE 802 Inserm, Centre Hospitalier Andrée Rosemon, Cayenne, Guyanne Française

Source :
L. Epelboin et coll. Discriminating Malaria from Dengue Fever in Endemic Areas: Clinical and Biological Criteria, Prognostic Score and Utility of the C-Reactive Protein: A Retrospective Matched-Pair Study in French Guiana. PloS Negl Trop Dis du 12 septembre 2013, 7(9): e2420. doi:10.1371/journal.pntd.0002420