Autogreffe de tissu ovarien : une nouvelle technique pour évaluer la sécurité de l’implant.

Science

Une équipe Inserm a développé un protocole permettant de dépister la présence éventuelle de cellules cancéreuses dans du tissu ovarien prélevé en amont d’un traitement anti-cancéreux toxique pour les ovaires. Ce dépistage est crucial car le tissu est destiné à être réimplanté ultérieurement, en cas de projet de grossesse.

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© Inserm, P. Latron Cryoconservation au département "Animalerie" de l'Institut clinique de la souris (ICS), Illkirch.

S’assurer de l’absence de cellules cancéreuses dans le greffon de tissu ovarien : voilà un défi majeur pour les équipes médicales chargées de la préservation de la fertilité chez des femmes qui présentent un cancer et doivent subir un traitement stérilisant (chimiothérapie agressive, radiothérapie ou encore chirurgie dans la région pelvienne). Ces équipes prélèvent en effet un ovaire ou des fragments d’ovaire encore intact(s) et le(s) congèle(nt) en vue d’une réimplantation ultérieure, après guérison et en cas de désir d’enfant.

Cette technique a fait ses preuves, avec plus de 20 naissances dans le monde publiées depuis 2004 dans la littérature médicale. Mais le risque de congeler du tissu ovarien contaminé par des cellules cancéreuses existe toujours. La réimplantation fait alors courir à la femme le risque de rechute. "En cas de cancer, presque 50 % des indications d’autoconservation de tissu ovarien sont les maladies hématologiques malignes. Et parmi ces maladies, les leucémies aiguës représentent 38 % des cas. Or la leucémie est une maladie du sang et de la moelle. Les cellules cancéreuses peuvent donc être présentes dans la circulation sanguine et se retrouver dans l’ovaire. D’où le risque de transférer des cellules malades lors de l’autogreffe", explique le Dr Clotilde Amiot qui travaille dans l’unité de biologie de la reproduction du CHRU de Besançon et au sein d’une équipe de recherche Inserm*.

Repérer les cellules malignes

Pour écarter ce risque, son équipe propose une nouvelle technique : "Nous avions déjà mis au point un moyen de repérer des cellules issues de leucémies aiguës lymphoïdes. Cette fois, nous avons adapté le procédé aux leucémies aiguës myéloïdes", précise le Dr Clotilde Amiot. La technique consiste à extraire des cellules de l’ovaire et à repérer ‘les brebis galeuses’ à l’aide de marqueurs. "Ces marqueurs se fixent spécifiquement à la surface des cellules leucémiques et permettent d’identifier les cellules cancéreuses vivantes présentes dans le tissu ovarien", poursuit le médecin-chercheur. Son équipe a développé les marqueurs en question à partir de cellules leucémiques prélevées chez des patientes. Leur efficacité a été validée sur des suspensions de cellules ovariennes saines dans lesquelles des concentrations contrôlées de cellules cancéreuses avaient été ajoutées.

Des alternatives à l’autogreffe en cas de leucémie aiguë ?

Les chercheurs ont ensuite testé leur technique en situation réelle, sur des fragments d’ovaire de quatre patientes atteintes d’une leucémie aiguë myéloïde. Des cellules cancéreuses ont été retrouvées dans les tissus ovariens prélevés chez 2 de ces 4 patientes, à des concentrations très faibles. Cette présence de cellules cancéreuses dans l’ovaire contre-indique l’autogreffe.

D’autres techniques de réutilisation de l’ovaire congelé sont à l’étude pour parvenir à contourner ce problème. Ainsi, la culture in vitro des follicules présents dans le tissu ovarien pourrait permettre d’obtenir des gamètes matures (à utiliser dans le cadre d’une technique assistance médicale à la procréation), sans avoir à regreffer le tissu ovarien.

Actuellement, le CHRU de Besançon propose l’analyse des échantillons de tissu ovarien congelés en cas de leucémie aiguë et provenant d’autres centres de préservation de la fertilité.

 

 

Note

*unité 1098 Inserm/Université de Franche-Comté/EFS, Centre d’investigation clinique 1431, Besançon

Source

T. Zver et coll., Minimal residual disease detection in cryopreserved ovarian tissue by multicolor flow cytometry in acute myeloid leukemia. Haematologica, édition en ligne du 19 septembre 2014