Listériose

La listériose est une infection alimentaire due à la bactérie Listeria monocytogenes. Elle constitue un problème de santé publique car elle peut avoir des conséquences graves, en particulier chez des personnes aux défenses immunitaires affaiblies et les femmes enceintes. Chez ces dernières, cette infection représente en effet une menace sérieuse pour les fœtus ou les nouveau-nés.

Dossier mis à jour avec Marc Lecuit (unité Inserm 1117 /Institut Pasteur, Biologie des infections) 

Table des matières

Comprendre la Listériose

Une maladie potentiellement grave

La listériose est une infection rare mais grave, principalement causée par l’ingestion d’aliments contaminés par la bactérie Listeria monocytogenes

Cette bactérie est fréquemment retrouvée dans l’environnement et dans les aliments : son ingestion est dès lors fréquente. Une personne en bonne santé qui consomme des aliments contaminés par L. monocytogenes ne développera généralement pas de symptômes. En cas d’ingestion d’aliments massivement contaminés, une gastroentérite accompagnée de fièvre peut toutefois survenir. 

En revanche, l’infection est souvent grave, voire fatale, pour plusieurs populations à risque :

  • les personnes âgées de plus de 70 ans
  • les personnes dont l’immunité est diminuée en raison d’une maladie (cancer, diabète, alcoolisme...) ou d’un traitement (immunosuppresseurs, corticothérapie, chimiothérapie…) 
  • les fœtus et les nouveau-nés contaminés in utero

La maladie survient le plus souvent de façon sporadique (cas isolé), mais peut aussi concerner des groupes de quelques à plusieurs dizaines de personnes. Toutefois, les épidémies deviennent rares en France grâce à une surveillance active et à la déclaration obligatoire des cas depuis 1998.

Différentes formes d’infection invasive

Chez les personnes à risque, Listeria monocytogenes peut traverser la paroi intestinale, atteindre la circulation sanguine et se disséminer dans l’organisme. L’infection se manifeste alors quelques jours à deux semaines après l’ingestion de l’aliment contaminé. Elle peut se présenter sous différentes formes :

  • La forme neuroméningée est caractérisée par une atteinte neurologique : principalement une méningo-encéphalite, avec des maux de tête, de la fièvre, des nausées et des vomissements, parfois des troubles du comportement.
  • La forme septicémique, liée à la présence des bactéries dans l’ensemble de la circulation sanguine, se traduit le plus souvent par de la fièvre, des douleurs musculaires et des maux de tête.
  • La forme materno-néonatale correspond à une infection pendant la grossesse. Pour la femme enceinte, l’infection est généralement sans gravité, avec parfois des symptômes pseudogrippaux (fièvre, frissons, maux de tête, fatigue, courbatures). Mais la bactérie traverse le placenta et infecte le fœtus avec des conséquences souvent graves pour celui-ci. Au cours du premier semestre, l’infection peut provoquer l’interruption de la grossesse. En cas d’infection lors du dernier trimestre, la listériose peut entraîner un accouchement prématuré, parfois une mort fœtale in utero ou une infection néonatale. Dans ce cas, le nouveau-né présente une détresse respiratoire ainsi que des symptômes neurologiques et, plus rarement, cutanés. Malgré les traitements antibiotiques administrés aux mères concernées, l’infection du fœtus ou du nouveau-né reste très grave.

D’autres formes de la maladie existent, mais elles sont beaucoup plus rares : listérioses péritonéales, endovasculaires, pleuropulmonaires, biliaires, cutanées, lymphatiques, urinaires et oculaires.

Les formes invasives de la listériose requièrent presque toujours une hospitalisation, souvent prolongée et en soins intensifs. Le taux de mortalité dans les trois mois suivant le diagnostic atteint 30 % à 45 %.

Des cas en augmentation

Depuis 2015, le nombre annuel de cas de listériose est en augmentation continue en France, avec une accélération ces cinq dernières années. En 2024, 619 cas ont été notifiés alors qu’entre 2006 et 2020, le nombre de cas annuels fluctuait entre 276 et 414. Cette tendance à la hausse est observée dans tous les pays européens. Elle n’est pas liée à des épidémies plus fréquentes ou de plus grande ampleur, mais semble associée au vieillissement de la population et à l’augmentation des maladies chroniques liées à l’âge et leur traitement.

Diagnostic et surveillance

La listériose est diagnostiquée à partir de prélèvements biologiques cultivés en laboratoire d’analyses médicales : échantillons de sang, de placenta, de liquide céphalo-rachidien ou, plus rarement de liquide d’ascite, de ponction articulaire ou de prélèvement périnatal. L’analyse de la culture confirme la présence de Listeria monocytogenes dans le prélèvement.

La souche incriminée est systématiquement adressée au Centre national de référence (CNR) Listeria où le séquençage de son génome permet de la caractériser. L’objectif est de détecter les cas groupés et l’origine alimentaire des infections. La sensibilité aux antibiotiques est également évaluée. Cette surveillance est réalisée en lien avec Santé publique France et la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Le CNR Listeria collabore en outre avec l’European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC). C’est également un centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (CC-OMS), qui contribue à la surveillance et à la maîtrise internationale de l’infection.

Les cas groupés

Les « cas groupés » (ou « clusters ») correspondent à au moins deux personnes infectées par une même souche. Le CNR Listeria signale toute nouvelle souche d’origine humaine ou alimentaire similaire à ce cluster, tandis que Santé publique France conduit les questionnaires alimentaires et les enquêtes épidémiologiques appropriées. Santé publique France, la DGAL et le CNR, en accord avec la Direction générale de la Santé, décident des actions à mettre en œuvre : identification des marques commercialisant les produits contaminés, prélèvements dans les magasins où s’approvisionnent les patients, enquêtes dans des établissements de production...

Une surveillance régulière des denrées alimentaires a lieu. La production, la transformation et la distribution des aliments sont contrôlées par la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Les professionnels, qui doivent répondre aux normes françaises et européennes, mettent en place un autocontrôle de la contamination. En cas de dépassement d’un seuil de contamination, voire en cas de simple présence pour certains aliments, les ingrédients ou les aliments sont retirés de la chaine de production ou de la vente. 

La présence de Listeria monocytogenes est la principale cause des rappels de produits alimentaires (33 % de l’ensemble des rappels).

Prévention : hygiène sanitaire et alimentaire

La bactérie Listeria monocytogenes n’altère ni l’aspect, ni l’odeur, ni le goût des aliments. Les denrées les plus fréquemment contaminées sont des produits crus ou peu cuits, en particulier les produits laitiers, et tout particulièrement les fromages au lait cru, ainsi que les charcuteries et les poissons marinés ou fumés

La prévention des contaminations passe par le respect de bonnes pratiques chez les éleveurs, au sein de l’industrie agroalimentaire, puis chez soi.

  • Veiller à la propreté de la cuisine et en particulier du réfrigérateur qui doit être réglé à 3–4°C et régulièrement nettoyé
  • Respecter les dates limites de consommation
  • Cuire soigneusement les restes (qui ne doivent pas être conservés plus de trois jours)
  • Laver les légumes et herbes aromatiques avant utilisation

Pour les personnes vulnérables, il est en outre recommandé d’éviter certains aliments à risque :

  • fromages au lait cru (surtout les pâtes molles), croûte des fromages, fromages vendus râpés
  • charcuterie cuite (rillettes, pâtés, foie gras, produits en gelée...), éviter les aliments servis à la coupe
  • poissons fumés, coquillages crus, surimi, tarama…
  • graines germées crues (soja…)
  • viande hachée

Une bactérie qui survit aux stress environnementaux.

Listeria monocytogenes est une bactérie saprophyte, c’est-à-dire un microorganisme qui se nourrit en absorbant de la matière organique en décomposition. Très résistante aux conditions extérieures, elle vit dans les sols, les eaux ou sur les végétaux. C’est aussi une bactérie zoonotique : une proportion importante des animaux d’élevage l’héberge naturellement dans leur intestin, et leurs excréments contaminent l’environnement. Elle se multiplie entre 0°C et 45°C, avec un optimum entre 30°C et 37°C. Listeria monocytogenes peut donc croître dans les ateliers de transformation de la filière agroalimentaire ainsi que dans nos réfrigérateurs. La bactérie survit à la congélation et supporte les milieux salés (saumures) et acides. Elle est en revanche détruite par la cuisson et absente des conserves. Toutefois, une contamination peut encore survenir après la cuisson.

Traitement : l’antibiothérapie

Chez l’adulte et le nouveau-né, le traitement de la listériose repose sur l’administration d’une combinaison d’antibiotiques qui, en l’absence d’allergie, associe au départ l’amoxicilline et un aminoside (en général la gentamicine). Ces traitements sont administrés par voie intraveineuse. L’amoxicilline est poursuivie durant trois à quatre semaines. Le même traitement est utilisé chez les femmes enceintes atteintes d’un syndrome pseudo-grippal, que la listériose soit diagnostiquée ou simplement suspectée.

À ce jour, la totalité des souches rencontrées en France sont sensibles au traitement antibiotique de référence. Il n’a pas été constaté d’apparition de résistance aux antibiotiques couramment utilisés.

Si une personne a mangé un aliment reconnu comme contaminé mais ne présente pas de symptôme, aucun test biologique ni traitement n’est nécessaire. Il faut en revanche surveiller l’apparition de fièvre ou de maux de tête durant deux mois, et consulter immédiatement en signalant au médecin la consommation de cet aliment si un symptôme apparaît. 

Les enjeux de la recherche

Décrire les cas

Les chercheurs étudient les causes de la recrudescence des cas de listériose observée ces dernières années. Ils utilisent notamment les données d’une vaste cohorte, MONALISA (Multicentric Observational National Analysis for Listeriosis), lancée par l’unité Biologie des infections (unité Inserm 1117) à l’Institut Pasteur. Depuis 2009, 2 000 patients atteints de listériose ont été inclus et le recrutement se poursuit. Cette cohorte permet de rechercher des facteurs de risque de sévérité de l’infection, des facteurs pronostiques et des biomarqueurs de l’infection.

Comprendre les interactions bactérie-hôte

Des travaux fondamentaux visent à mieux décrire les mécanismes moléculaires et cellulaires impliqués dans l’infection et la survenue des cas graves. Les chercheurs disposent pour cela d’un modèle de souris « humanisée » dans lequel Listeria monocytogenes traverse la barrière intestinale (ce qu’elle ne fait pas normalement chez la souris) et la barrière placentaire. Plusieurs avancées ont récemment été réalisées : description des mécanismes d’échappement de la bactérie au système immunitaire inné et adaptatif, identification de mécanismes qui permettent le passage de la bactérie à travers les parois de l’organisme. Il a en particulier été montré qu’au sein de cellules immunitaires – des monocytes – infectées par L. monocytogenes, la protéine bactérienne InlB interagit avec un récepteur de la cellule hôte, c‑Met. Cette interaction bloque le processus de mort cellulaire induit par les lymphocytes T cytotoxiques ciblant les cellules infectées. Par conséquent, ces dernières survivent et le nombre de monocytes infectés dans le sang augmente, favorisant la propagation de la bactérie dans les tissus de l’hôte, notamment dans le cerveau. 

Documenter les conséquences de l’infection à long terme

L’étude MONALISA Baby a permis d’évaluer les conséquences à long-terme d’une infection contractée in utéro ou à la naissance. Un suivi sur cinq ans des enfants survivants a mis en évidence des séquelles neurocognitives chez 66 % d’entre eux, en partie liées à la prématurité provoquée par l’infection .

L’étude MONALISA a également permis de constater la persistance de céphalées un an après une méningite due à Listeria monocytogenes chez un tiers des patients qui ont survécu à cette infection. Ces manifestations s’accompagnent d’une altération de l’état physique et de la santé mentale, avec notamment des troubles dépressifs plus fréquents.

Surveiller la sensibilité aux antibiotiques

Une étude portant sur plus de 5 000 souches prélevées entre 2012 et 2019 en France – chez des patients, des animaux ou dans des aliments lors de contrôles de routine – a montré que toutes ces souches sont sensibles aux antibiotiques de référence. L’ensemble des souches reçues par le centre national de référence Listeria sont néanmoins testées afin de surveiller l’apparition éventuelle d’antibiorésistance.

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