L’encéphalite herpétique mieux comprise

08 novembre 2012

Les travaux récompensés début octobre par le prix Nobel de médecine pourraient conduire à l’amélioration de la prise en charge d’une maladie infectieuse dévastatrice qui touche plus particulièrement les enfants : l’encéphalite herpétique.

Particules herpétiques dans le noyau de la cellule. Virus herpès simplex. Copyright Inserm, JG Fournier

Particules herpétiques dans le noyau de la cellule. Virus herpès simplex.

L’utilisation des désormais célèbres « cellules souches pluripotentes induites » (ou iPS) vient de permettre à une équipe de recherche franco-américaine de mieux comprendre comment surviennent les encéphalites herpétiques. Mieux encore, ces travaux ouvrent la voie vers la mise au point de traitements complémentaires à ceux qui sont aujourd’hui disponibles.

L’encéphalite herpétique est une complication rare de l’infection par le virus Herpes simplex de type 1 (HSV-1). Ce virus extrêmement répandu est habituellement plutôt inoffensif, ne provoquant aucun symptôme ou conduisant uniquement à l’apparition de boutons de fièvre. Toutefois, chez un petit nombre de personnes qui le rencontrent pour la première fois - souvent des enfants - le virus HSV-1 peut entraîner une infection cérébrale très grave. Les patients atteints d’encéphalite herpétique bénéficient depuis une trentaine d’années de traitements antiviraux assez efficaces, mais la maladie entraîne malgré tout de graves séquelles neurologiques chez beaucoup d’entre eux.

Des mutations qui augmentent la susceptibilité à la maladie

Quelques années en arrière, Jean-Laurent Casanova (1) et ses collègues ont mis en évidence des défauts génétiques associés à cette maladie : leurs travaux ont montré que certaines mutations (2) augmentent le risque de développer une encéphalite herpétique. Ces mutations entraînent un déficit dans la production par l’organisme de molécules anti-infectieuses nommées « interférons ». Restait à comprendre pourquoi ces mutations favorisent de manière spécifique l’infection du système nerveux central.

Les chercheurs ont fait l’hypothèse que les dysfonctionnements associés à ces altérations génétiques devaient spécifiquement s’exprimer dans les cellules du système nerveux central. Pour tester cette hypothèse, ils ont eu recours à la technique de reprogrammation cellulaire récemment nobélisée: Les chercheurs ont utilisé des cellules de peau prélevées à des patients présentant des défauts génétiques associés au risque d’encéphalite herpétique. Ils les ont reprogrammées en cellules souchespluripotentes induites, c’est-à-dire en cellules semblables à des cellules embryonnaires. Ils les ont ensuite conduites à se transformer en cellules matures du système nerveux central. Cette stratégie leur a permis d’obtenir un panel des différents types de cellules qui constituent le système nerveux central, présentant toutes un défaut génétique associé au risque d’encéphalite herpétique.

Une fois ces cellules obtenues, les chercheurs ont pu étudier leur susceptibilité à l’infection par le virus HSV-1 et comparé leur comportement à celui de cellules du même type ne comportant pas de défaut génétique.

Des cellules mutées du système nerveux central plus vulnérables à l’infection

Ces travaux indiquent que les neurones et les oligodendrocytes (3) mutés sont beaucoup plus vulnérables vis-à-vis du virus HSV-1 que des neurones ou des oligodendrocytes « normaux ». Toutefois, il est apparu que cette susceptibilité au virus peut être contrée à l’aide de certains types d’interféron.

Les mutations augmentant le risque d’encéphalite herpétique sont donc bien associées à un défaut d’immunité anti-HSV-1 affectant certaines cellules du système nerveux central. Mais la bonne nouvelle est qu’il semble envisageable de compenser ce défaut grâce à un traitement à base d’interféron-α. La sécurité et l’efficacité de ce traitement devront toutefois faire l’objet d’études complémentaires.


Notes :
(1) Laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses, unité Inserm 980, faculté de médecine Necker, Paris.
(2) Il s’agit de mutations affectant les gènes codant pour une famille de protéines nommée TLR3, UNC-93B, TRIF, TRAF3 et TBK1.
(3) Les oligodendrocytes sont des cellules du système nerveux central qui entourent les neurones et participent ainsi à leur bon fonctionnement.

Source :
F. Lafaille et coll. Impaired intrinsic immunity to HSV-1 in human iPSC-derived TLR3-deficient CNS cells. Nature. Edition en ligne du 28 octobre 2012.

Retour à la liste des actualités "Recherche"
^ Top of page
View Edit Create here
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes