Le diabète pèse sur l’emploi

14 juin 2011

Les personnes diabétiques sortent plus tôt de la vie professionnelle : c’est la conclusion de l’étude menée sur une cohorte française de salariés EDF-GDF entre 1989 et 2007. Les diabétiques ont en effet 60 à 70 % de risque supplémentaire de passer en invalidité ou en retraite anticipée avant 60 ans, avec un risque de décès prématuré multiplié par 7.

Informations complémentaires

Voir la vidéo LCI santé/Inserm

Un coût socioéconomique en hausse

Le diabète de type 2 touche plus de 4 % de la population française, soit environ 2,9 millions de personnes traitées. Une augmentation de 40 % depuis 2001 ! Cette épidémie a un coût socioéconomique important en termes de prise en charge médicale et d’accompagnement mais qui pourrait encore s’alourdir à en croire les travaux de l’équipe dirigée par Rosemary Dray-Spira. Ils montrent que la maladie est un facteur de sortie anticipée de la vie professionnelle. Une personne diabétique travaille en moyenne 1,1 an de moins qu’une personne non diabétique entre les âges de 35 et 60 ans.

Un suivi de carrière sur le long terme

Certaines données suggéraient déjà que le taux d’emploi des personnes atteintes de diabète est inférieur à la moyenne mais ne permettaient pas de dire si le diabète en était effectivement la cause. Une étude américaine avait également montré que les personnes diabétiques ont une fin de carrière plus précoce mais ne tenait pas compte des facteurs socioprofessionnels antérieurs à la maladie pouvant expliquer cette différence. « Dans notre étude, l’effet du diabète a pu être estimé indépendamment de ces facteurs car nous avons tenu compte des caractéristiques socioprofessionnelles des participants dès leur entrée dans l’entreprise », explique Rosemary Dray-Spira, Inserm Unité 1018. L’équipe a ainsi suivi la carrière de salariés EDF-GDF occupant tous types de postes, cadres, intermédiaires, employés ou ouvriers, entre 1989 et 2007. Toutes ces personnes étaient en emploi, exemptes de diabète et âgées de 35 à 50 ans au moment de l’inclusion. Au final, l’équipe a étudié le parcours professionnel de 506 diabétiques déclarés (en moyenne à l’âge de 51 ans) et l’a comparé à celui de 2530 autres salariés non diabétiques.

Retraites anticipées et passage en invalidité fréquents

Les résultats montrent que les personnes diabétiques ont effectivement une carrière plus courte que les autres, quel que soit le type d’emploi. A 55 ans, seulement 51,9 % des diabétiques sont toujours en poste contre 66,5 % pour les non diabétiques et ce chiffre chute à 10 % contre 13,4 % à 60 ans. Ces différences s’expliquent par unpassage en retraite anticipée plus fréquent : 39,5 % des diabétiques à 55 ans contre 28,2 % des non diabétiques et par une mise en invalidité accrue : 5 % des diabétiques à 60 ans contre 1,4 % des non diabétiques. En outre, le taux de décès avant la sortie d’emploi était multiplié par 7 chez les diabétiques dans cette cohorte.

Une maladie à complications fréquentes

La sortie précoce d’emploi peut s’expliquer de différentes façons. Le diabète entraîne des lésions irréversibles qui affectent entre autres le système nerveux, l’œil ou encore le pied. Elle peut entraîner ainsi des limitations de mobilité, une baisse de vision ou des amputations. Mais elle peut également s’accompagner d’autres pathologies associées, notamment les maladies cardiovasculaires, l’obésité ou encore la dépression, qui peuvent elles-mêmes peser sur les chances de maintien dans l’emploi. L’obésité est par exemple très fréquente. Dans cette cohorte, un tiers des personnes diabétiques étaient obèses contre seulement 5.7 % des non diabétiques.

Le diabète, une épidémie à prévoir
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le nombre de personnes diabétiques dans le monde était de 135 millions en 1995 et prévoit que cet effectif atteindra 299 millions en 2025. En France, 4.35 % de la population est traitée pour un diabète et la fréquence de la maladie est en forte augmentation depuis plusieurs années : + 6 % par an. La maladie touche davantage les personnes de niveau socio-économique moins favorisé et celles originaires du Maghreb. Le vieillissement de la population, l’augmentation de l’obésité et le manque d’activité physique favorisent le développement du diabète de type 2. Ces facteurs, en forte augmentation dans de nombreux pays, font craindre une épidémie mondiale.

Source

Herquelot E, Gueguen A, Bonenfant S, Dray-Spira R
Impact of Diabetes on Work Cessation - Data from the GAZEL cohort Study
Diabetes Care 2011, 34(6):1344-9

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