Identifier les patients à risque de rétinopathie 10 ans à l’avance

01 mars 2011

D’évolution silencieuse, la rétinopathie est une complication possible du diabète et l’une des causes de cécité. Les patients à risque pourraient toutefois être identifiés 10 ans à l’avance à partir d’une simple analyse sanguine et faire l’objet d’un suivi médical. C’est la conclusion de l’étude DESIR, menée par des chercheurs de l’Inserm en partenariat avec le Professeur Pascale Massin de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), et publiée dans la revue Archives of Ophtalmology (1).

Informations complémentaires

Le diabète est la première cause de perte de la vision. Consulter le Dossier d'Information sur le diabète de type 2

La rétinopathie est une affection ophtalmologique due à des lésions des microvaisseaux sanguins. Cette maladie est surtout connue comme l’une des complications possibles du diabète. La rétinopathie touche en effet près de la moitié des patients diabétiques. Malheureusement, ces troubles de la vision sont souvent diagnostiqués après plusieurs années d’évolution silencieuse, lorsque la vue du patient baisse. Or, si elle n’est pas prise en charge suffisamment tôt, la rétinopathie peut conduire à une cécité. En 2007, sur 2,4 millions de Français traités pour un diabète, près de 94 000 avaient perdu la vue d’un oeil (2).

Rétinopathie : un risque accru pour des glycémies élevées à jeun

Fond d'oeil de sujet diabétique. On voit la papille optique, la macula et quelques hémorragies (hémorragie oculaire).

Fond d'oeil de sujet diabétique.

Au total, 700 français, issus de l’étude DESIR (données épidémiologiques sur le syndrome d’insulino-résistance), ont été suivis pendant 9 ans. Des examens sanguins réguliers ont permis aux chercheurs de suivre les taux de glycémie de ces participants : 235 étaient initialement diabétiques, 227 ont eu au moins une hyperglycémie à jeun (≥ 110 mg/dl) au cours de l’étude et 238 avaient une glycémie normale continue.

10 ans après, 44 des 700 personnes suivies présentaient une rétinopathie. "Après analyse, il est apparu que ces malades, y compris des non diabétiques, avaient des taux moyens de glycémie à jeun et d’hémoglobine glycosylée (HbA1c) bien plus élevés que le reste de la population", explique Beverley Balkau, directrice de recherche Inserm au Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations (Unité Inserm 1018) et coordinatrice de l’étude DESIR.

Selon l’étude, alors que le risque de développer une rétinopathie est de seulement 3,6% dans l’ensemble population, il passe à 14% chez les sujets ayant les taux de glycémie à jeun ou d’HbA1c les plus élevés. "Et ce risque augmente avec les taux de glycémie à jeun et de HbA1c", observe l’épidémiologiste Beverley Balkau.

Vers un suivi pour les patients à risque

En outre, l’équipe de chercheurs a observé que la rétinopathie est presque aussi fréquente chez les patients ayant eu au moins une hyperglycémie à jeun, que chez ceux qui sont devenus diabétiques au cours de l’étude (8 ,6% contre 6,7%). Les diabétiques ne sont donc pas les seuls patients à risque de rétinopathie. Notons que la prévalence de cette maladie reste tout de même bien plus élevée (13,9%) chez les patients qui étaient diabétiques au début de l’étude.

"Cette étude nous a permis de mesurer les valeurs seuils à partir desquelles le risque de développer une rétinopathie peut être identifié, et ce 10 ans à l’avance", explique Beverley Balkau. Les auteurs de l’étude estiment donc qu’à partir de 108 mg/dl pour la glycémie à jeun et 6% pour l’HbA1c, les patients devraient être suivis régulièrement, qu’ils soient ou non diabétiques. En effet, la glycémie et aussi l’hypertension, sont deux facteurs de risque qui doivent être étroitement contrôlés afin de prévenir l’apparition d’une rétinopathie.

Notes :
(1) Massin et coll. “Hemoglobin A1c and Fasting Plasma Glucose Levels as Predictors of Retinopathy at 10 Years: The French DESIR Study”. Archives of Ophthalmology, 2011; 129 (2): 188 lire le résumé
(2) "L’état de santé de la population en France" - Suivi des objectifs annexés à la loi de santé publique - Rapport 2009-2010 p. 240

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