Le stroma tumoral : cible potentielle dans le cancer tête/cou

23 février 2017

Pour la première fois, une équipe Inserm de l’Institut de biologie Valrose (Nice) et ses collaborateurs ont décrit la composition moléculaire de la matrice qui entoure les cellules tumorales en cas de cancer de la tête et du cou. Les chercheurs soulignent le rôle clé de protéines qui pourraient devenir des cibles thérapeutiques.

Lutter efficacement contre les cancers de la tête ou du cou passe par une meilleure connaissance du microenvironnement qui contribue à leur croissance. C’est l’objectif du consortium* réunissant différentes compétences en biologie, histologie, immunologie ou encore épigénétique, dont fait partie l’équipe Inserm dirigée par Ellen Van Obberghen-Schilling**. En collaboration avec les laboratoires de pathologie du CHU de Nice et du Centre Antoine Lacassagne, la plateforme protéomique du CRCM à Marseille et une entreprise de biotechnologie américaine, cette équipe est parvenue à décrire la composition du stroma de tumeurs primaires. Elle montre en outre que la fibronectine, ainsi qu’au moins deux protéines de la famille des intégrines, jouent un rôle majeur dans les migrations cellulaires.

Vers un stroma procancéreux

Les cancers des voies aérodigestives supérieures (fosses nasales et sinus, bouche, langue, amygdales, pharynx et larynx) sont à plus de 90% des carcinomes épidermoïdes associés à une espérance de vie à cinq ans inférieure à 50%. Dans environ 70% des cas, ils sont induits par des produits carcinogènes, comme l’alcool et le tabac. Des papillomavirus (HPV) à haut risque sont également impliqués dans la survenue d’un certain nombre de cas.

Ces facteurs provoquent des anomalies génétiques dans les cellules tumorales, entrainant des modifications des fibroblastes du tissu environnant. Ces modifications affectent notamment leur production de matrice extracellulaire. Cette matrice, un maillage de fibres et de protéines associées, représente non seulement un support structural pour les cellules dans la tumeur, mais aussi un réservoir de plusieurs facteurs, dont des facteurs favorisant les divisions cellulaires (facteurs mitogéniques), des facteurs immunosuppresseurs et des facteurs angiogéniques qui favorisent la croissance de vaisseaux sanguins nécessaires à l’alimentation de la tumeur.

Fibronectine et intégrines

En étudiant cette matrice, les chercheurs ont constaté que la fibronectine est nécessaire et essentielle pour la progression de la tumeur. Dans une cohorte de 435 patients, sa présence est en outre associée à un mauvais pronostic. "Cette protéine fibreuse est très présente au cours du développement embryonnaire, en raison de nombreuses migrations cellulaire. Ensuite, son expression s’éteint. Elle n’est réexprimée que de façon transitoire, en cas de besoin par l’organisme (cicatrisation, inflammation). Mais en cas de cancer, elle reste exprimée de façon prolongée sous une forme particulière appelée fibronectine oncofœtale", explique Ellen Van Obberghen-Schilling.

La matrice extracellulaire joue un rôle clé dans la progression des cancers. Plus qu’un support adhésif qui guide la migration des cellules tumorales, elle constitue une véritable plateforme de signalisation cellulaire. Cette photo montre les fibres de fibronectine (en vert) produites par les fibroblastes issus d’une tumeur ORL (noyaux cellulaires en bleu). © E. Van Obberghen-Schilling

La matrice extracellulaire joue un rôle clé dans la progression des cancers. Plus qu’un support adhésif qui guide la migration des cellules tumorales, elle constitue une véritable plateforme de signalisation cellulaire. Cette photo montre les fibres de fibronectine (en vert) produites par les fibroblastes issus d’une tumeur ORL (noyaux cellulaires en bleu).

Les chercheurs ont par ailleurs mis le doigt sur deux autres protéines clés dans le processus tumoral. Il s’agit d’intégrines exprimées uniquement à la surface des cellules cancéreuses. Elles s’accrochent à la fibronectine pour favoriser la migration des cellules en groupe. "L’intégrine αvβ6 active par ailleurs une autre molécule importante pour la production de la matrice et la progression tumorale : la cytokine TGFβ. Cette dernière favorise l’angiogenèse et inhibe le système immunitaire", précise Ellen Van Obberghen-Schilling.

Ces découvertes permettent d’ores et déjà d’envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant le stroma pro-cancéreux. Un anticorps dirigé contre l’intégrine αvβ6 est en cours de développement pour le traitement de la fibrose pulmonaire : il mériterait d’être testé dans cette indication cancéreuse.

Note

* Programme d’actions intégrées de recherche consacré aux cancers des voies aéro-digestives supérieures (INCa/La Ligue/Fondation ARC)

* Unité 1091 Inserm/CNRS/Université Nice Sophia Antipolis, Institut de Biologie Valrose, Nice

Source

S. Gopal et coll. Fibronectin-guided migration of carcinoma collectives. Nature Communications, édition du 19 janvier 2017

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