La motivation au sevrage alcoolique n’est pas qu’une question de volonté

30 août 2013

Une atrophie cérébrale jouerait un rôle dans le manque de motivation au sevrage observé chez certains alcoolo-dépendants. Cette découverte atteste d’un trouble cognitif et non d’un simple déni. Ainsi, elle modifie en profondeur le regard que les cliniciens portent sur leurs patients les plus réfractaires.

Informations complémentaires

Pour en savoir plus sur l’alcoolo-dépendance, consulter notre dossier sur les addictions

Les personnes alcoolo-dépendantes qui ne souhaitent pas se soigner présentent une atrophie cérébrale qui pourrait bien être à l’origine, au moins en partie, de ce comportement. C’est ce que vient de montrer une équipe Inserm en étudiant le cerveau de sujets alcooliques et de témoins non dépendants.

Les chercheurs ont demandé à des patients alcoolo-dépendants, hospitalisés lors d’un épisode aigu, de remplir un questionnaire de motivation au sevrage. Ils ont ainsi classé ces personnes en deux catégories : les motivés et les non motivés. Ces derniers subissent le sevrage sous la contrainte ou le refusent, voire nient leur problème d’alcoolisme. Après sept jours d’hospitalisation, les chercheurs ont réalisé une IRM du cerveau de tous ces patients ainsi que de celui de personnes non dépendantes à l’alcool.

Un problème cognitif

« Les IRM montrent clairement une atrophie cérébrale chez les personnes manquant de motivation. Le volume de la matière grise dans la région frontale ou encore au niveau du cervelet est nettement inférieur au volume retrouvé chez les personnes très motivées pour le sevrage et chez les témoins », explique Hélène Beaunieux*, coauteur des travaux. Or, ces régions sont impliquées dans les fonctions cognitives telles que les prises de décisions ou encore l’évaluation des conséquences des actes. Une atrophie dans ces aires entrainerait donc un trouble cognitif expliquant en partie l’absence de motivation à se soigner.

« Ces observations marquent un tournant pour les cliniciens, selon la chercheuse. Jusque-là, ils considéraient le manque de motivation comme du déni et avaient souvent une vision péjorative de ces patients. Le fait de savoir qu’il s’agit, entre autres, d’un trouble cognitif modifie notre approche par rapport à ces personnes. Rien ne sert de les brusquer. En revanche, les laisser se reconstruire sur le plan cognitif et physique au cours d’une cure dans un établissement spécialisé semble bénéfique pour modifier en douceur leur comportement », illustre-t-elle.

Les chercheurs veulent maintenant vérifier si cette atrophie cérébrale n’est pas la cause même de l’alcoolisme chez ces patients. Pour cela, ils lancent une nouvelle étude qui inclura à terme une cinquantaine de sujets. Ils étudieront le cerveau de personnes alcoolo-dépendante par IRM et renouvelleront l’examen après un an d’abstinence, pour voir s’il y a ou non récupération du volume cérébral. Si ce phénomène est réversible, il faudra alors chercher ailleurs la cause de l’alcoolisme…

 

Note :
* Unité 1077 Inserm/ Université de Caen Basse-Normandie/ Ecole pratique des hautes études, Caen

Source :
Le Berre et coll. Readiness to change and brain damage in patients with chronic alcoholism. Psychiatry Res., édition en ligne du 6 juillet 2013

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