L’environnement social associé à la masse corporelle des enfants

21 juin 2016

Grandir dans un environnement social favorable est propice à un rapport poids-taille équilibré, et ce indépendamment de la masse corporelle des parents qui est pourtant prédictive de celle de leur progéniture. C’est ce que montre une équipe Inserm dont les travaux incitent à une modification rapide de certains facteurs environnementaux.

La masse corporelle est "transmissible" aux enfants, et pas uniquement sur le plan biologique : les conditions de vie jouent aussi ! C’est ce que montre une équipe Inserm* qui a étudié des données relatives à 8 774 enfants, pour mieux comprendre les déterminants de leur indice de masse corporelle (IMC).

Cet indice, qui correspond au rapport entre le poids d’un individu et le carré de sa taille (exprimé en kg/m2), n’a cessé de croître au cours des dernières années : + 1.2kg/m2 pour les garçons de 11 ans entre 1946 et 2001 et + 1.7kg/m2 pour les filles entre 1957 et 2012. Plusieurs facteurs sont évoqués pour expliquer cette augmentation : la sédentarité, les modifications alimentaires... Les chercheurs tentent d’en connaître plus précisément les déterminants, afin de proposer aux pouvoirs publics des actions permettant de freiner cette hausse et de préserver la santé des plus jeunes.

C’est exactement l’état d’esprit que des chercheurs de l’unité Inserm 1027 (Toulouse) ont voulu clarifier les liens entre trajectoires d’IMC chez les enfants, environnement et IMC des parents. Pour cela, ils ont analysé les données de la cohorte Millenium. Cette cohorte anglaise inclue 18 818 enfants nés entre 2000 et 2002 en population générale, recrutés dès la naissance. Il s’agit d’un outil formidable pour suivre le devenir des nourrissons en termes d’éducation, de croissance ou encore de santé. Les chercheurs ont eu accès à leur IMC aux âges de 3, 5, 7 et 11 ans, ainsi qu’à l’IMC de leurs parents et à de nombreux paramètres caractérisant leur milieu de vie : catégorie socio-professionnelle, tabagisme maternel pendant la grossesse, heure du coucher, sédentarité...

Le poids de l’environnement

En confrontant les IMC des enfants à ceux des parents, les chercheurs ont constaté une association significative entre les deux, tout au long de la vie, et ce même après ajustement sur les facteurs environnementaux. Cette observation semble confirmer leur association indéfectible, indépendamment des conditions de vie. "Cela pourrait s’expliquer par des facteurs biologiques comme le milieu prénatal, le déroulement de la grossesse ou encore la génétique", clarifie Michelle Kelly-Irving, responsable de ces travaux.

En effectuant le même travail avec les IMC des enfants et cette fois-ci les facteurs environnementaux, les chercheurs n’ont pas constaté de lien chez les enfants âgés de 3 ans. En revanche, au-delà de cet âge, un environnement défavorable est associé à une masse corporelle plus élevée. Ce lien se renforce au cours des années jusqu’à 11 ans. Il devient alors très fort, "à tel point que si tous les enfants de 11 ans vivaient dans un environnement favorable, l’IMC moyen serait réduit de 0,91 chez les garçons et de 1,65 chez les filles, permettant pratiquement de revenir aux niveaux d’IMC plus raisonnables des années 50 !", explique Romain Fantin, premier auteur des travaux.

Mais qu’entendent les chercheurs par environnement favorable ? "Nous avons choisi plusieurs facteurs associés au risque de surpoids et d’obésité dans de précédents travaux, en particulier la catégorie socio-professionnelle des parents, le tabagisme maternel pendant la grossesse, l’heure de coucher, le fait de sauter le petit déjeuner et le temps passé devant la télévision. Pris séparément, aucun de ces facteurs ne peut être tenu pour responsable d’un IMC élevé. Mais l’ensemble de ces facteurs renseignent sur la qualité de vie de l’enfant : quantité de sommeil, attention des parents, niveau d’éducation, activité physique... En les compilant, il est ainsi possible de distinguer des environnements peu favorables, d’autres qui sont au contraire très favorables", clarifie Michelle Kelly-Irving. Selon la chercheuse, corriger au moins quelques uns de ces facteurs contribuerait à lutter contre la hausse de la masse corporelle des enfants.

Note

* Unité 1027 Inserm/université de Toulouse

Source

R. Fantin et coll. Disentangling the respective roles of the early environment and parental BMI on BMI change across childhood: A counterfactual analysis using the Millennium Cohort Study. Prev Med, édition en ligne du 27 mai 2016

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