Hépatite C chronique et cirrhose : l’intérêt de lutter contre le diabète

20 juin 2014

Le diabète réduit les chances de survie des sujets atteints d’une cirrhose associée à une hépatite C chronique : il semble en effet accroitre le risque de complications fatales. Mis en évidence par une équipe Inserm, ce phénomène incite à une meilleure prise en charge du diabète chez ces patients.

Informations complémentaires

Pour en savoir plus sur la cirrhose et ses complications, consultez notre dossier d’information.

Et si lutter contre le diabète améliorait le pronostic des personnes atteintes d’une cirrhose associée à une hépatite C chronique ? C’est ce que suggèrent les conclusions d’une étude menée à l’hôpital de Beaujon de Clichy (92). Ses auteurs ont étudié l’impact de différents facteurs de vulnérabilité sur la survie de ces patients. Les résultats obtenus montrent que, parmi les facteurs étudiés, le diabète est associé à une diminution de leur espérance de vie, elle-même liée à un risque accru de complications fatales de la cirrhose : ascite, dysfonctionnement rénal, infection ou encore carcinome hépatocellulaire.

Les auteurs ont suivi 348 patients hospitalisés entre 2006 et 2008 dans le service d’hépatologie de l’hôpital Beaujon, tous atteints d’une cirrhose associée à une hépatite C chronique. Au moment de leur inclusion dans l’étude, les auteurs ont relevé pour chacun de ces patients leur statut vis-à-vis de différents facteurs de vulnérabilité, associés à l’apparition et à l’évolution d’une cirrhose : sexe, âge, diabète, consommation d’alcool, co-infections par le VIH et/ou le VHB et, enfin, degré de sévérité de la cirrhose. Ils ont ensuite mesuré le taux de survie sans recours à la transplantation de ces personnes, et noté la survenue de complications associées à la cirrhose, notamment les ascites, les dysfonctionnements rénaux, les infections bactériennes, les encéphalopathies hépatiques, les saignements gastro-intestinaux et les carcinomes hépatocellulaires.

Marquages sur foie de souris humanisée: ce sont des souris imunodéficientes et hépatodéficientes auxquelles on a gréffé des hépatocytes, cellules de foie, humain. 4 à 8 semaines plus tard, elles sont infectées par le virus de l'hépatite C. Marquage de la cytokératine 18 humaine, marqueur des hépatocytes humains, en immunofluorescence en rouge et contre-coloration des noyaux en bleu. Cette image montre qu'il y a un remplacement d'environ 50% du foie de souris par du foie humain. Grossissement x20. © Inserm/Institut Clinique de la Souris/Robinet, Eric

Une association certaine

"La cirrhose est une complication qui reste heureusement assez rare chez les patients atteints d’hépatite C chronique : environ 20 % des patients sont concernés après 20 ans d’évolution de l’hépatite C. Mais ces patients décèdent souvent d’une complication fatale ou d’un carcinome hépatocellulaire concomitant. L’apparition de leur cirrhose résulte de la conjonction de plusieurs facteurs tels que la consommation d’alcool, le surpoids ou encore une co-infection avec les virus du sida ou de l’hépatite B. Dans cette étude, nous ne cherchions pas à vérifier le rôle de ces facteurs de risque, mais à identifier ceux qui aggravent la maladie et dégradent le pronostic vital des malades", clarifie Dominique Valla*, coauteur de l’étude.

Parmi les patients recrutés, près de 30 % présentaient un diabète et la moitié sont décédés des suites de leur cirrhose. Les données montrent que la présence d’un diabète antérieur à la cirrhose (il existe des diabètes qui résultent de la cirrhose) était significativement associée au risque de décès, en raison d’un sur-risque de survenue de plusieurs complications fatales. "Si la cirrhose n’est pas encore trop grave mais que le patient est diabétique, ses chances de survie sont réduites par rapport à un non diabétique, résume Dominique Valla. Les mécanismes de cette association restent à clarifier, mais il n’est pas illogique que la conjonction de ces deux états, cirrhose et diabète, contribue à augmenter certaines complications rénales, par exemple", estime-t-il.

Pour ses auteurs, ces travaux incitent à une prise en charge accrue du diabète chez les personnes atteintes d’une cirrhose associée à une hépatite C chronique. Reste à prouver si une telle intervention permettra réellement d’améliorer le pronostic des patients.

Note

*unité 1149 Inserm/université Paris-Diderot, Centre de recherche sur l'inflammation, hôpital Bichat-Beaujon, Paris

Source

L. Elkrief et coll. Diabetes mellitus is an independent prognostic factor for major liver-related outcomes in patients with cirrhosis and chronic hepatitis C. Hepatology, édition en ligne du 20 mai 2014

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