Hémorragies après l’accouchement : quel rôle pour l’ocytocine ?

13 février 2012

Les femmes ayant reçu de l’ocytocine pour déclencher leur accouchement ou accélérer le travail sont plus à risque d’hémorragie grave selon une étude menée par une équipe de l’Inserm et publiée dans BMJ Open. Si le risque absolu reste faible, ces résultats incitent à davantage de modération dans l’utilisation de cette hormone pendant cette phase de travail. Le Dr Catherine Deneux-Tharaux (Unité Inserm 953) revient sur les points clés de ces travaux.

Vous avez travaillé sur le risque d’hémorragie post-partum, c’est à dire après l’accouchement. Celui-ci est-il important et peut-on le prévenir ?

L’hémorragie post partum survient après 5 à 10 % des accouchements et les formes graves après environ 1% des accouchements. C’est l’une des complications les plus fréquentes de cet événement et elle tend à augmenter dans les pays développés pour des raisons que nous ignorons. Elle est le plus souvent due à l’absence de contraction de l’utérus après la naissance de l’enfant qui empêche l’obstruction des vaisseaux sanguins. A ce titre tous les facteurs qui contribuent à une atonie de cet organe ou à sa distension augmentent le risque hémorragique : un gros bébé, une grossesse gémellaire ou encore un travail trop long. Cependant, chez la moitié des femmes, cette complication survient sans facteur de risque et est tout à fait imprévisible.

L’ocytocine est une hormone naturelle qui permet de contracter l’utérus et est couramment utilisée en obstétrique. Pourtant, vos travaux indiquent que son administration augmenterait le risque d’hémorragie. Qu’en est-il exactement ?

Attention, il faut bien distinguer l’administration d’ocytocine après la naissance du bébé ou pendant le travail. La première, après la naissance, est recommandée par les experts en France et au niveau mondial pour limiter le risque d’hémorragie. Son bénéfice dans cette indication est prouvé et n’est certainement pas à remettre en cause. Aujourd’hui environ 85 % des femmes en bénéficient en France et c’est une très bonne chose.

En revanche, l’utilisation de l’ocytocine pendant le travail est moins bien encadrée. Elle permet de déclencher le travail ou de l’accélérer si celui-ci est laborieux pour éviter une césarienne mais aucune recommandation ne définit les indications ou les doses exactes à respecter. Or, il semble qu’elle soit trop largement utilisée. D’après la dernière enquête nationale périnatale 2010, 64 % des femmes en reçoivent alors que 23 % des accouchements sont déclenchés. Cela voudrait dire qu’environ 40 % des femmes ont un travail très laborieux ? Cela paraît excessif.

Et par rapport au risque d’hémorragie ?

Nos travaux montrent effectivement que l’administration d’ocytocine pendant le travail augmente le risque d’hémorragie grave. Pour cela nous avons extrait les données de 106 maternités en France représentant 20 % des accouchements sur le territoire et avons comparé un groupe de 1483 femmes ayant présenté cette complication et 1758 femmes dites contrôles pour qui l’accouchement s’est bien déroulé. Parmi les premières, 73 % ont reçu de l’ocytocine pendant le travail et 61 % dans le second groupe. Après avoir tenu compte des différents facteurs de risque connus, nous avons constaté que la prise d’ocytocine multipliait par 1,8 le risque d’hémorragie grave et que ce sur-risque augmentait avec la dose d’hormone.

Ces résultats étaient-ils prévisibles et quelles conséquences en tirer ?

Nous suspections cet effet car des études expérimentales sur des tissus utérins montrent que l’hormone à forte dose finit par désensibiliser ses récepteurs. A ce titre, on pouvait faire l’hypothèse que les femmes ayant reçu des quantités importantes pendant le travail n’y sont plus sensibles après l’accouchement et l’ocytocine ne peut plus provoquer la contraction de l’utérus. Cela devrait inciter à une réévaluation des pratiques pour mieux encadrer l’administration de cette hormone pendant le travail: la réserver à des indications précises et en contrôler davantage les doses. Beaucoup de médecins ont commencé ce travail de modération dans leur pratique.

Propos recueillis par Aude Rambaud


Source

Belghiti et coll.“Oxytocin during labour and risk of severe postpartum haemorrhage: a population-based, cohort-nested case–control study”BMJ Open 2011

Lire l’article (http://bmjopen.bmj.com/content/1/2/e000514)

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