Ces lymphocytes qui contrôlent l’évolution du neuroblastome de l’enfant

29 mai 2015

Une équipe Inserm vient de comprendre comment des cellules du système immunitaire, les lymphocytes natural killers, contrôlent l’évolution du neuroblastome chez les enfants, après une première chimiothérapie. Les chercheurs proposent d’utiliser ces nouvelles données pour évaluer le risque de rechute.

Cellule de neuroblastome © Inserm, J. Mauchamp

Cellule de neuroblastome

Il est établi que le système immunitaire joue un rôle crucial dans l’évolution des cancers. Dans le cas du neuroblastome, un cancer des cellules nerveuses extérieures au système nerveux central, des chercheurs de l’Inserm* ont non seulement identifié les cellules qui contrôlent l’évolution de la maladie, mais aussi la façon dont elles exercent leur activité. Ils proposent de se servir de ces nouvelles données comme biomarqueur pronostique de l’évolution de ce cancer.

Le neuroblastome est la tumeur solide extracranienne la plus fréquente chez l’enfant, souvent détectée au stade métastasique. Malgré l’efficacité de la chimiothérapie et l’arsenal thérapeutique aujourd’hui disponible, seulement 30% des sujets atteints survivent à long terme sans récidive. "Les patients répondent le plus souvent très bien à la chimiothérapie. Mais par la suite, certains rechutent et d’autres non, sans que l’on sache pourquoi. Nous soupçonnons que le système immunitaire joue un rôle majeur dans ces événements", explique Michaela Semeraro, coauteur de l’étude. Or, de précédents travaux avaient montré que les lymphocytes dits natural killer (NK), des cellules immunitaires circulant dans le sang, peuvent tuer les cellules cancéreuses. Ils reconnaissent les cellules à détruire grâce à  des récepteurs présents à leur surface, notamment grâce aux récepteurs NKp30. Les chercheurs ont donc décidé d’étudier ces cellules pour tenter de comprendre comment le système immunitaire intervient dans le contrôle de l’évolution des neuroblastomes.

Prédire l’évolution

Des lymphocytes NK pourvus de récepteurs NKp30 ont été isolés à partir du sang et de la moelle osseuse de jeunes patients à haut risque de rechute, après une première chimiothérapie. La concentration de ces cellules dans la moelle osseuse s’est avérée très faible chez les patients présentant une maladie métastatiques par rapport à celle mesurée chez les patients atteints d’un neuroblastome localisé (moelle osseuse non envahie). En outre, en observant de plus près ces récepteurs NKp30, les auteurs ont constaté une variabilité fonctionnelle : certains activent les cellules NK alors que d’autres les inhibent.

Les chercheurs ont découvert que les sujets vulnérables qui ont rechuté possèdent des récepteurs NKp30 inhibiteurs de la réponse antitumorale : ces récepteurs rendent les cellules NK inefficaces et tolérantes vis-à-vis des cellules cancéreuses via la libération d’interleukine 10. Le cancer peut progresser tranquillement. En revanche, les individus qui ont le mieux résisté à la maladie possèdent l’autre forme de récepteurs NKp30, dits activateurs. Inversement, ces récepteurs augmentent l’efficacité des cellules NK grâce à la libération de facteurs TNF-alpha/interféron-gamma, cytotoxiques et anti-angiogéniques, permettant de lutter contre le cancer.

"Ces différentes formes de récepteur NKp30, appelées isoformes, étaient déjà connues mais ces travaux révèlent qu’elles sont prédictives de l’évolution de ce type de cancer, résume Michaela Semeraro. Or, ces isoformes peuvent facilement être caractérisées en routine. Cette donnée serait utile pour évaluer le pronostic du patient et adapter la stratégie thérapeutique. Les individus présentant des NKp30 activateurs pourraient bénéficier d’un traitement renforçant encore le système immunitaire. Pour ceux qui présentent des NKp30 inhibiteurs d’autres alternatives thérapeutiques devront être mise en œuvre", entrevoit Michaela Semeraro.

Note

* Unité 1138 Inserm/Université Pierre et Marie Curie, Centre de recherche des Cordeliers, Paris et unité 1015 Inserm/Institut Gustave Roussy, Villejuif

Source

M. Semeraro et coll. Clinical impact of the NKp30/B7-H6 axis in high-risk neuroblastoma patients. Science Translational Medicine, 15 avril 2015

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