Cancer : la médecine personnalisée est possible

02 juin 2014

L’analyse moléculaire de n’importe quelle tumeur peut être réalisée en routine et en moins de quatre semaines. Tel est le premier bilan de l’essai SHIVA, conduit par l’Institut Curie, visant à évaluer la faisabilité et l’efficacité de la médecine personnalisée en cancérologie. L’objectif de cette approche est de traiter chaque cancer en fonction de son profil moléculaire, et non plus uniquement en fonction de sa localisation et de son analyse histologique.

Image obtenue par microscopie à fluorescence au Centre Léon Bérard de Lyon : détection d'anomalies chromosomiques tumorales permettant l'établissement d'un diagnostic de précision. Technique d'hybridation fluorescente in situ (FISH) permettant la détection des anomalies du nombre de copies du gène MDM2. La présence d'une amplification du gène MDM2 dans une tumeur permet d'établir le diagnostic de liposarcome bien différencié ou dédifférencié. Les signaux verts représentent le gène MDM2, les signaux rouges représentent les centromères des chromosomes 12, et les noyaux des cellules tumorales sont contre-colorés en bleu. Ici, on note la présence d'une amplification du gène MDM2. © Inserm, D. Pissaloux

Détection d'anomalies chromosomiques tumorale

Traiter un cancer en fonction de son profil moléculaire, indépendamment de sa localisation et son analyse histologique : tel est l’objectif de la médecine personnalisée en cancérologie. Depuis l’arrivée des premières thérapies ciblées, capables de détruire spécifiquement des cellules tumorales présentant un défaut moléculaire particulier, l’idée est de pouvoir analyser la tumeur de chaque patient pour savoir s’il est éligible à l’un de ces traitements ou s’il doit bénéficier d’une chimiothérapie classique. Aujourd’hui, les premiers résultats de l’essai SHIVA montrent que cette stratégie est réalisable.

Une approche réalisable

Dans le cadre de cet essai, les chercheurs ont recruté des patients souffrant de cancers de tous types, réfractaires aux traitements classiques. Ils ont effectué une biopsie de leur tumeur et analysé le profil moléculaire et génétique des cellules cancéreuses ainsi récoltées. L’objectif de cette analyse est d’identifier des anomalies moléculaires (mutations, amplifications de gènes ou encore surexpression de récepteurs hormonaux) pouvant être ciblées par les traitements actuellement disponibles.

Le bilan montre que, sur les cents premiers patients recrutés, la biopsie a pu être effectuée avec succès chez 95 % d’entre eux. Concernant la recherche de mutations, d’amplifications de gène et le dosage des récepteurs hormonaux, un résultat a pu être obtenu dans respectivement 66 %, 68 % et 92 % des cas. Au final, une thérapie ciblée a pu être administré dans 38 % des cas et le délai entre la biopsie et la décision thérapeutique a été de 26 jours en moyenne, soit moins de quatre semaines.

Bénéfice pour le patient à prouver

Ces résultats montrent que l’analyse du profil moléculaire de chaque tumeur est envisageable en routine dans des délais acceptables. Reste à savoir si cette stratégie est bénéfique pour les patients par rapport au schéma thérapeutique classique. Pour cela, les chercheurs souhaitent recruter 900 patients au total, afin d’en traiter au moins 200. "Nous regarderons si les traitements administrés en fonction de l’anomalie moléculaire font mieux que les traitements de référence par chimiothérapie pour stopper l’évolution des cancers", explique Dr Christophe Le Tourneau*, oncologue à l’Institut Curie et coordinateur de l’essai SHIVA. Pour cela, les chercheurs vont inclure toutes les localisations de cancers (sein, colon, pancréas…), sachant qu’aucune ne pourra représenter plus de 20 % des cas de la cohorte. « Pour valider ce concept de médecine personnalisée, il faut le vérifier sur une grande hétérogénéité de tumeurs", clarifie-t-il.

Environ 700 patients ont déjà été recrutés dans sept centres de lutte contre le cancer français et les résultats d’efficacité sont attendus pour 2016. D’ici là, "il faudrait réfléchir à des moyens de ramener la période d’analyse de quatre à deux semaines, pour permettre une plus grande réactivité vis-à-vis des patients, notamment pour ceux dont les cancers évoluent rapidement", conclut le chercheur.

Note

*unité 900 Inserm/Institut Curie/École des Mines, Paris

Source

C. Le Tourneau et coll. Randomised proof-of-concept phase II trial comparing targeted therapy based on tumour molecular profiling vs conventional therapy in patients with refractory cancer: results of the feasibility part of the SHIVA trial. Br J Cancer, édition en ligne du 24 avril 2014

 

Informations complémentaires
Pour en savoir plus sur la médecine personnalisée du cancer, consulter notre dossier d’information et télécharger le dossier du magazine Science&Santé

Retour à la liste des actualités "Recherche"
^ Haut de page
View Edit Create here
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes