Cancer du sein : une nouvelle piste pour lutter contre les métastases

26 novembre 2014

En cas de cancer du sein, l’apparition de métastases osseuses passe par l’activation de plaquettes sanguines par des cellules cancéreuses qui ont rejoint la circulation. Cette étape clé qui entraine la prolifération des cellules malignes vient d’être caractérisée par des chercheurs de l’Inserm. Sa compréhension ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques.

Prolifération osseuse anormale et exubérante dans une métastase osseuse, mise en évidence par un marquage par les tétracyclines. Le colorant fluorescent jaune - vert se dépose là où du tissu néoformé est en train d'apparaître, le tissu osseux ancien est en vert. microscopie optique en fluorescence, grossissement original x100. © Inserm, D. Chappard

Prolifération osseuse anormale et exubérante dans une métastase osseuse, mise en évidence par un marquage par les tétracyclines. Le colorant fluorescent jaune - vert se dépose là où du tissu néoformé est en train d'apparaître, le tissu osseux ancien est en vert. microscopie optique en fluorescence, grossissement original x100.

Une équipe Inserm vient de franchir un pas supplémentaire dans la compréhension des mécanismes associés à l’apparition de métastases en cas de cancer du sein : il apparaît que les plaquettes sanguines et l’autotaxine, une protéine circulant dans le sang, y jouent un rôle majeur.

Les chercheurs avaient déjà observé que l’interaction des cellules cancéreuses avec des plaquettes sanguines entraînaient la production d’une molécule qui favorise la prolifération et la mobilité cellulaire. Cette molécule est l’acide lysophosphatidique (LPA). Cependant cette observation avait été réalisée uniquement au niveau de sites métastasiques (notamment au niveau de l’os), et les chercheurs ne savaient pas si le phénomène pouvait se produire dans la circulation sanguine. C’est ce qu’ils ont voulu vérifier au travers d’une batterie d’expériences conduites in vitro puis in vivo.

Lors d’une première expérience, les chercheurs ont mis en présence des cellules cancéreuses et des plaquettes. Ils ont constaté que les deux types de cellules entrent en contact, entrainant l’activation plaquettaire et le relargage de plusieurs molécules dont l’autotaxine, une protéine qui synthétise le LPA. "Les plaquettes sanguines ont une faible capacité d’adhésion avec d’autres cellules dans le sang. Mais les cellules cancéreuses parviennent à s’y agréger : c’est vraisemblablement pour elles une façon de se protéger du système immunitaire", explique Olivier Peyruchaud*, coauteur des travaux. Les chercheurs ont ensuite montré que l’autotaxine relarguée se fixe sur une protéine présente à la surface des cellules tumorales (une intégrine). Cela déclenche la production de LPA, qui entraine à son tour la prolifération des cellules tumorales.

Une piste thérapeutique pour freiner l’évolution métastasique

Les chercheurs ont poursuivi leur travail in vivo, chez des rongeurs. "Après avoir injecté des cellules cancéreuses dans la circulation sanguine des animaux, nous pouvons évaluer la capacité de ces cellules à se loger dans la moelle osseuse ainsi leur potentiel de dissémination", explique le chercheur. Dans un premier temps, des cellules cancéreuses incapables de produire spontanément de l’autotaxine ont été utilisées. Cette expérience a permis de vérifier l’hypothèse selon laquelle cette substance était bien produite par les plaquettes. Dans un second temps, les chercheurs ont administré aux animaux une forme mutante d’autotaxine, incapable de conduire à la production de LPA. Dans ce cas, la dissémination des cellules cancéreuses semble bloquée !

"Certains de ces mécanismes étaient déjà connus, mais c’est la première fois que nous attestons de la prolifération des cellules cancéreuses dans la circulation, via la libération d’autotaxine et la production locale de LPA au moment de l’interaction entre les cellules cancéreuses et les plaquettes sanguines", explique le chercheur. "Par ailleurs, nos expériences montrent qu’une autotaxine mutée qui entre en compétition avec l’autotaxine ‘normale’ permet de freiner le processus métastasique. Il s’agit d’une piste thérapeutique que nous souhaitons maintenant développer", conclut le chercheur.

Note
*unité 1033 Inserm/Université Claude Bernard, Lyon  

Source
R Leblanc et coll. Interaction of Platelet-derived Autotaxin with Tumor Integrin αVβ3 
Controls Metastasis of Breast Cancer Cells to Bone. Blood, édition en ligne du 2 octobre 2014

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