Spondyloarthrite : les traitements anti-inflammatoires protègent aussi les os

Science

Les anti-TNF alpha et les anti-inflammatoires stéroïdiens soulagent les symptômes en cas de spondyloarthrite et protègent également les os. Cette maladie inflammatoire affectant principalement la colonne vertébrale et des articulations du bassin est associée à une perte de la densité osseuse dès les stades précoces. Celle-ci semble pouvoir être ralentie, voire évitée par les traitements anti-inflammatoires.

Si les traitements anti-inflammatoires indiqués en cas de spondyloarthrite soulagent les symptômes, notamment la douleur, ils préviennent également la perte osseuse liée à la maladie. C’est ce que vient de montrer une équipe Inserm*, en collaboration les départements de rhumatologie de l’Hôpital Cochin (Paris) et de l’Hôpital Bicêtre (Kremlin-Bicêtre).

La spondyloarthrite, longtemps appelée spondylarthrite ankylosante, est une maladie inflammatoire chronique touchant préférentiellement la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaques du bassin. De précédents travaux ont montré que cette inflammation entraine une détérioration des os et une perte de leur densité. Pour en savoir plus sur cette évolution et ses déterminants, les chercheurs ont mesuré à plusieurs reprises les densités minérales osseuses de patients présentant des spondyloarthrites débutantes.

Un suivi de densité minérale osseuse sur cinq ans

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© Inserm, E. Dehausse Densitométrie osseuse

Ces personnes font partie de la cohorte DESIR (pour DEvenir des Spondylarthropathies Indifférenciées Récentes). Au moment de leur inclusion entre 2007 et 2010, elles présentaient des lombalgies inflammatoires évoluant depuis trois mois à trois ans, évoquant une forme très précoce de spondyloarthrites. Au final, plus de 700 personnes âgées de 34 ans en moyenne ont été recrutées, pour un suivi de dix ans. Parmi elles, les auteurs savaient qu’au moins trois quarts développeraient la maladie. Les chercheurs ont réalisé des mesures de leur densité minérale osseuse (DMO) au niveau de la colonne vertébrale et de la hanche au moment de l’inclusion dans la cohorte, puis à un, deux et cinq ans. La colonne vertébrale et la hanche sont en effet les régions les plus souvent impliquées dans les fractures ostéoporotiques après 50 ans. En parallèle, les chercheurs ont analysé les déterminants de la densité osseuse et de ses variations au sein de la cohorte.

Des facteurs favorables et défavorables pour la densité osseuse

Leurs résultats montrent qu’au cours des deux premières années de suivi, une perte de DMO (de 2,8% en moyenne) est observée chez 42,3% des patients, alors que la perte est normalement nulle chez des sujets de cet âge. En outre, 14,7% des individus présentaient déjà une DMO basse aux différents points de contrôle au moment de l’inclusion, contre seulement 2,5% des personnes du même âge dans la population générale. Les auteurs ont constaté que l’âge, le sexe masculin ou encore un accroissement de la masse grasse favorisaient la perte osseuse.

Leurs résultats montent aussi que la prise de médicaments anti-inflammatoires suspend cette perte. Les anti-TNF-alpha améliorent la densité osseuse au niveau des lombaires et stabilisent celle de la hanche, même quand ils sont pris pendant une courte période. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens préviennent quant à eux la perte osseuse au niveau de la hanche quand ils étaient pris dès l’inclusion, quelle que soit la dose. « Cet effet peut s’expliquer par la diminution de l’inflammation mais également par le maintien d’une activité physique favorable à l’os grâce au contrôle de la douleur, ou encore par d’autres mécanismes jouant sur la formation de l’os », explique le Dr Karine Briot, coauteur des travaux.

Les mesures de DMO à cinq ans viennent de s’achever et leur analyse permettra d’en savoir plus sur l’évolution de ce facteur chez les malades. En attendant, ces premiers éléments indiquent que le traitement anti-inflammatoire de la spondyloarthrite peut non seulement soulager les symptômes, mais aussi empêcher les possibles complications ostéoporotiques à plus long terme.

 

 

Note

*unité 1153 Inserm/Université Paris-Descartes, Paris

Source

K. Briot et coll. Bone loss in patients with early inflammatory back pain suggestive of spondyloarthritis: results from the prospective DESIR cohort. Rheumatology, édition en ligne du 11 septembre 2015