Nouvelles pistes génétiques dans l’hypertension artérielle associée au syndrome de Conn

Science

Deux nouvelles pistes génétiques viennent d’être identifiées dans l’hypertension artérielle associée à une hypersécrétion d’aldostérone. Elles pourraient ouvrir la voie à de nouvelles méthodes de diagnostic et à de nouveaux traitements médicamenteux.

Avec la découverte de deux nouveaux gènes impliqués dans la pathologie, la moitié des cas d’hypertension artérielle associée au syndrome de Conn sont désormais identifiables d’un point de vue génétique. Ce syndrome est lié à la surproduction d’une hormone - l’aldostérone - par une tumeur bénigne située au niveau des glandes surrénales (adénome de Conn) ou par une hyperplasie des tissus. On parle "d’hyperaldostéronisme". L’identification des dysfonctions génétiques associées devrait accélérer la découverte de biomarqueurs en facilitant le diagnostic du syndrome de Conn, une maladie qui entraine une hypertension artérielle souvent sévère et résistante aux traitements.

Surproduction d’aldostérone et hypertension sévère

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©Inserm- Adénome de Conn ou hyperaldostéronisme primaire à rénine basse.

"Entre 4 % et 10 % des personnes hypertendues présentent un hyperaldostéronisme primaire, mais ce pourcentage augmente avec la gravité de l’hypertension. En outre, chez les patients présentant une hypertension résistante aux traitements, ce taux atteint 20 %, clarifie Maria-Christina Zennaro*, coauteur des travaux. Or, l’hyperaldostéronisme est peu connu et difficile à diagnostiquer. A ce titre, tout nouveau biomarqueur permettant de dépister simplement la maladie serait un grand progrès".

Pour identifier de nouveaux gènes impliqués dans la survenue de cette maladie, les chercheurs ont étudié l’ADN des cellules de tumeurs bénignes des glandes surrénales responsables d’hyperaldostéronisme. Ils ont bénéficié pour cela des données de la cohorte française COMETE, la plus grande au monde pour le syndrome de Conn avec 500 patients, ainsi que de celles du réseau européen d’étude des tumeurs de la surrénale ENS@T.

Près de 50% des cas expliqués par la génétique

C’est ainsi que les chercheurs ont mis le doigt sur deux gènes mutés chez respectivement 5 % et 2 % des patients présentant un adénome de Conn. Ces gènes codent pour des protéines impliquées dans le transport d’ions à travers la cellule. Leur dérèglement entraine la surproduction d’aldostérone. « Un premier gène d’intérêt expliquant 40 % des cas a déjà été identifié par le passé, ce qui permet désormais de connaître l’origine de la maladie dans près de 50 % des cas », se réjouit la chercheuse.

Ces travaux ouvrent la voie à de nombreuses recherches visant à améliorer le dépistage et la caractérisation des cas d’hyperaldostéronisme. "Nous savons déjà que les patients qui présentent ces mutations sont plus fréquemment des hommes, qui développent des formes plus sévères, avec des taux d’aldostérone plus élevés et un taux de potassium plasmatique plus faible. Nous devons maintenant évaluer si ces caractéristiques ont une influence sur la réponse aux traitements, étudier la piste de nouveaux biomarqueurs pour dépister l’hyperaldostéronisme chez les patients hypertendus et développer, si possible, de nouveaux médicaments pour soigner cette hypertension artérielle sévère", conclut la chercheuse.

 

 

Note 
* Unité 970 Inserm/Université Paris Descartes/AP-HP, Centre de recherche cardiovasculaire, Paris

Source
Beuschlein et coll. Somatic mutations in ATP1A1 and ATP2B3 lead to aldosterone-producing adenomas and secondary hypertension. 
Nature Genetics, édition en ligne du 14 février 2013