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Mai 1968 : à tous les coins de rue, la contestation mobilise, nourrit les conversations et tapisse les murs. Dans la communauté scientifique aussi on se met à rêver, à protester et à réinventer ses pratiques. 50 ans après, la série de courts-métrages Mai 68, la science s’affiche revient sur ces évènements qui ont révolutionné le monde universitaire et hospitalier. Mathilde Raczymow et Guillaume Darras, respectivement productrice et réalisateur, nous présentent la genèse et le propos de ce projet.

Pourquoi aborder les luttes de Mai 68 sous l’angle de la science ?

Mathilde Raczymow : Notre idée était d’y apporter un nouvel éclairage à travers le prisme des thématiques scientifiques et d’interroger plus globalement la place des sciences dans la société et la position des chercheurs à l’époque. Claire Lissalde, responsable du service Audiovisuel de l’Inserm, s’est ainsi impliquée dans le projet dès son lancement.

Guillaume Darras : Et non sans raison ! Le domaine biomédical est le champ scientifique dans lequel les questions soulevées par Mai 68 ont été les plus présentes, notamment à travers les changements de pratiques dans la relation médecin/patient.

M. R. : Schuch Productions a été ensuite rejoint par Universcience et CNRS Images.

G. D. : L’idée étant de trouver une forme adaptée aux formats courts, nous avons choisi les affiches de Mai 68 comme point de départ de l’écriture visuelle de la série.

#1 Ce n'est qu'un début...

L’arrivée de mai 68 marque pour certains étudiants ou jeunes chercheurs, le début de la vie politique. Pour d’autres, déjà engagés, c’est une formidable surprise ! Les protagonistes nous replongent dans ce joli mois de mai : l’occupation de la Sorbonne, les barricades sur le boulevard Saint-Michel et partout la parole qui se libère. La faculté de médecine est l’un des théâtres des évènements. Dans les amphithéâtres occupés, les étudiants remettent en cause l’élitisme et le conservatisme de leur apprentissage.

Voir la série complète

Mai 68, la science s’affiche est une série écrite et réalisée par Guillaume Darras, Cédric Piktoroff et Baudouin Koenig, sur une idée originale de Jacquie Chavance.

Avec : Ségolène Aymé, Jacqueline Feldman, Alfred Spira, Pierre Clément, Jean-Paul Malrieu, Jean-Jacques Dupin.

Production : Mathilde Raczymow et Anne Schuchman-Kune / Schuch Productions, avec le soutien de l’Inserm, en coproduction avec CNRS Images, en association avec Universcience et avec la participation du Centre national du cinéma et de l’image animée.

Outre des images d’archives, les films font la part belle aux interviews...

G. D. : Oui ! Nous voulions interroger des témoins des évènements (Boris Cyrulnik, Jean-Marc Lévy-Leblond...), alors étudiants ou jeunes chercheurs, mais surtout faire parler des médecins et des chercheurs pour qui ce mouvement a été le point de départ de réflexions globales sur leurs pratiques, qui les habitent encore 50 ans plus tard…

M. R. : À ce titre, le parcours de Ségolène Aymé, médecin généticienne, épidémiologiste et directrice de recherche Inserm émérite, que l’on retrouve tout au long de la série, est emblématique. Mai 68 marque pour elle l’entrée dans la vie politique et c’est de là que lui vient l’idée qui la guide encore aujourd’hui : la « bonne science » ne peut se faire qu’avec un regard pluridisciplinaire !

Comment avez-vous choisi les thématiques ?

M. R. : Certaines se sont imposées dès le départ, comme celle de la remise en cause de la hiérarchie à l’hôpital et dans les laboratoires abordée dans l’épisode Merde aux mandarins !, ou encore celle sur l’avortement (Les Enfants que nous voulons !).

G. D. : D’autres sont nées au fil des rencontres avec les intervenants, comme Réparer les travailleurs !, quand nous avons découvert l’engagement de certains praticiens de l’époque pour mettre en place une médecine au service des travailleurs et des laissés pour compte.

Le thème de l’égalité hommes/femmes est toujours d’actualité ?

M. R. : Oui, même si les enjeux ont évolué depuis. Jacqueline Feldman, qui intervient dans le quatrième épisode, le dit très bien. Le combat s’est fait par étapes : accès aux droits de vote en 1944, émergence du Mouvement de libération des femmes et des revendications des femmes à disposer librement de leur corps, et remise en question de la société patriarcale en mai 1968, avant une troisième étape que nous vivons en ce moment.

Quelle est selon vous la place des universitaires et des chercheurs dans la société ?

G. D. : Ce que nous retenons des intervenants de la série, c’est que la science ne peut pas être neutre. C’est l’objet du fameux discours prononcé par Jean-Marc Lévy-Leblond en 1969 et évoqué dans l’épisode À bas le scientisme ! : « L’activité scientifique n’est pas séparable du système social où elle se pratique. »

 

Un article à retrouver dans le prochain numéro du magazine de l’Inserm