Ischémie critique des membres inférieurs : la thérapie cellulaire en bonne voie

Science

Il semble désormais possible d’obtenir in vitro des cellules endothéliales capables de restaurer des vaisseaux sanguins à partir de cellules totalement immatures de la moelle osseuse. Une prouesse qui ouvre la voie au développement d'un "médicament biologique", une thérapie cellulaire, pour traiter l’ischémie critique des membres inférieurs.

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© Inserm, T. Battle Images des cellules endothéliales de bovin en culture.

Pourra-t-on bientôt soigner l’ischémie critique des membres inférieurs par thérapie cellulaire ? Le chemin à parcourir est encore long, mais une équipe Inserm* vient de franchir une étape décisive pour continuer dans cette direction : les chercheurs ont en effet réussi à obtenir, pour la première fois, des cellules endothéliales (celles qui tapissent la paroi interne des vaisseaux sanguins) à partir de cellules présentes dans la moelle osseuse de patients atteints d'ischémie critique des membres inférieurs. Avec ces cellules, ils sont parvenus à reconstituer des vaisseaux humains chez des souris.

Les personnes souffrant d’ischémie critique des membres inférieurs présentent des vaisseaux altérés et une réduction du débit sanguin entrainant un manque d’oxygène dans les tissus en aval. Cette pathologie provoque des difficultés à marcher et des ulcères. Dans les cas les plus graves, une amputation peut être nécessaire. A l’heure actuelle, les patients peuvent bénéficier d’une revascularisation chirurgicale : les vaisseaux lésés sont substitués par de nouveaux vaisseaux pour restaurer la circulation. Mais plusieurs équipes à travers le monde étudient la possibilité d’avoir recours à la thérapie cellulaire. Avec cette technique, les vaisseaux pourraient être réparés en remplaçant les cellules endothéliales endommagées par des cellules « neuves ».

Identifier les bonnes cellules souches

Des chercheurs ont déjà obtenu une revascularisation partielle en injectant un mélange de cellules souches prélevées dans la moelle osseuse. Dans cette nouvelle étude, les auteurs voulaient identifier la nature précise des cellules de la moelle qui avait permis ce résultat, parvenir à les différencier en cellules vasculaires in vitro et observer leur comportement in vivo. Triplé gagnant pour l’équipe ! Différentes expériences leur ont en effet permis de constater que les cellules thérapeutiques sont les VSEL (pour Very Small Embryonic-Like stem cells), des cellules proches des cellules souches embryonnaires, capable de se différencier en tout type de cellule. Présentes en très petit nombre dans la moelle, ces cellules passent dans le sang lorsque c’est nécessaire, pour régénérer les vaisseaux. Les chercheurs ont pu les isoler malgré leur faible nombre et obtenir leur différenciation en cellules endothéliales en les cultivant en présence de facteurs de croissance spécifiques, "en condition vasculaire" selon les termes de David Smadja, auteur de ces travaux. Les chercheurs ont ensuite injecté les cellules ainsi obtenues à des souris et ont observé la formation de vaisseaux humains.

"C’est la première fois que nous parvenons à produire des vaisseaux avec de cellules souches isolées à partir de la moelle osseuse de patients présentant une maladie artérielle, se réjouit David Smadja. L’objectif à terme est de proposer un médicament de thérapie cellulaire obtenu en isolant les cellules souches VSEL de la moelle du patient. Une fois amplifiées et différenciées en cellules endothéliales matures fonctionnelles, elles lui seront réinjectées dans la région à réparer. Ainsi nous restons en situation autologue, contournant tout problème d’immuno-compatibilité entre un donneur et un receveur", précise le chercheur. Il reste bien évidemment beaucoup de travail pour atteindre cet objectif. En premier lieu, l’équipe doit notamment vérifier qu’elle peut amplifier ces cellules VSEL en grandes quantités tout en gardant leurs caractéristiques de cellules immatures. Une condition nécessaire à l’obtention d’un nombre suffisant de cellules à injecter.

 

 

Note

*unité 1140 Inserm/Université Paris Descartes, Hôpital européen Georges-Pompidou, Paris

Source

C. Guérin et coll. Bone-marrow-derived very small embryonic-like stem cells in patients with critical leg ischemia: evidence of vasculogenic potential. Thrombosis and Haemostasis édition en ligne du 22 janvier 2015

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