Santé des seniors : se lever et bouger davantage pour diminuer le risque cardiovasculaire

Chez les personnes âgées très sédentaires, l’augmentation du temps passé à pratiquer une activité physique modérée à vigoureuse (vélo, marche rapide ou natation) est bénéfique pour la prévention du risque cardiovasculaire, mais seulement si elle s’accompagne d’une réduction du temps passé assis. C’est ce que révèle une étude menée par des chercheurs Inserm qui ont exploré la dépendance entre les niveaux d’activité, de sédentarité et le risque cardiovasculaire chez plus de 3 000 personnes.

Le manque d’activité physique est un facteur de risque cardiovasculaire important : pratiquer 150 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par semaine réduit de 17 à 25 % le risque de maladies cardiovasculaires. Or peu de seniors suivent ces recommandations, et la plupart passent environ 80 % de leur journée assis. Une équipe Inserm* s’est donc intéressée à l’impact des différents niveaux d’activité physique sur la survenue de maladies cardiovasculaires chez les personnes âgées de 60 ans et plus, à partir des données d’une cohorte anglaise, Whitehall II.

Dans le cadre de cette étude de cohorte, plus de 4 000 personnes ont accepté de porter un accéléromètre à leur poignet pendant une semaine habituelle, week-end inclus. Cet appareil a permis de mesurer le nombre d’heures quotidiennes qu’elles passent assises (sédentaires) et en mouvement, lent ou rapide : un bon moyen de contourner le biais des études antérieures fondées sur l’auto-évaluation par les participants de leur nombre d’heures d’exercice par semaine, toutes intensités confondues. Les personnes qui présentaient des antécédents cardiovasculaires ont été exclues de l’analyse, qui a finalement porté sur les données de 3 319 personnes, âgées de 69 ans en moyenne et en majorité de sexe masculin (73,3 %). Au cours du suivi de la cohorte (réalisé sur plus de six ans en moyenne), 299 d’entre elles ont reçu un diagnostic de maladie cardiovasculaire : maladie coronarienne, accident vasculaire cérébral ou encore insuffisance cardiaque.

Les auteurs ont en premier lieu analysé la durée quotidienne des activités sédentaires, légères et modérées à vigoureuses réalisées par les participants. Ils ont ensuite évalué l’impact sur le risque cardiovasculaire d’une augmentation de 10, 20 ou 30 minutes d’une de ces trois formes d’activité au détriment d’une autre, tout en gardant la troisième constante.

L’importance de l’activité modérée à vigoureuse

Les résultats sont très en faveur d’une augmentation de la durée d’activité modérée à vigoureuse pour prévenir le risque cardiovasculaire, par rapport au fait de réduire la sédentarité ou d’augmenter le temps d’activité légère. Quand l’un de ces deux derniers paramètres est fixe, l’augmentation du niveau d’activité modérée à vigoureuse, même de seulement 10 minutes par jour, réduit le risque cardiovasculaire.

Concrètement, chez les seniors les plus sédentaires (pendant au moins 14 heures par jour) qui ont un temps d’activité légère d’environ 1 h 50 et une activité modérée à vigoureuse quotidienne de 10 minutes, 10 minutes supplémentaires d’activité modérée à vigoureuse permet de réduire le risque cardiovasculaire de 13 %. Mais cet effet s’observe seulement si l’augmentation de l’activité est associée à une réduction équivalente du temps passé assis. Parmi les personnes les moins sédentaires, l’augmentation de la durée d’activité modérée à vigoureuse s’accompagne de la même réduction de risque et, dans ce cas, peu importe que le temps consacré à cette augmentation soit imputé aux activités sédentaires ou légères. À l’inverse, la réaffectation d’une fraction du temps d’activité modérée à vigoureuse aux activités sédentaires ou légères est associée à un plus grand risque de maladie cardiovasculaire.

« À ma connaissance, c’est la première fois qu’une étude explore l’activité physique et le niveau de sédentarité de cette manière, en vases communicants, pour comprendre quelle modification de comportement a un impact sur le risque cardiovasculaire. Clairement, c’est le fait d’augmenter son niveau d’activité modérée à vigoureuse qui est bénéfique, avec toutefois un plateau au-delà des recommandations de 150 minutes par semaine », explique Manasa S. Yerramalla*, premier auteur de ces travaux. « Cette étude renforce l’idée selon laquelle il est important de maintenir son niveau d’activité physique, même s’il reste en deçà des recommandations, car toute diminution s’accompagne d’une augmentation du risque cardiovasculaire », conclut Séverine Sabia*, principale investigatrice de l’étude.

Note :
* unité 1153 Inserm/Université de Paris/INRAE, Centre de recherche en épidémiologie et statistiques – CRESS

Source : M S Yerramalla et coll. Association of daily composition of physical activity and sedentary behaviour with incidence of cardiovascular disease in older adults. Int J Behav Nutr Phys Act du 12 juillet 2021. Doi : 10.1186/s12966-021–01157‑0

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