Enquête nationale périnatale : en savoir plus sur les mères et leurs nouveau-nés

L’Enquête nationale périnatale (ENP) est périodiquement menée en France depuis 1995. Elle offre un reflet fidèle de l’état de santé des mères et des nouveau-nés, ainsi que des pratiques médicales pendant la grossesse et l’accouchement. Elle permet aussi de suivre l’évolution de ces données au cours du temps. Sa prochaine vague sera conduite durant le mois de mars prochain, pendant 7 jours, dans tous les établissements qui pratiquent des accouchements.

Depuis 1995, l’Enquête nationale périnatale (ENP) permet de décrire l’évolution de l’environnement des naissances en France. Menée tous les 5 à 6 ans, sa prochaine édition se tiendra du 15 au 21 mars 2021, dans tous les établissements (publics, privés, maisons de naissance) qui pratiquent les accouchements en métropole et dans les outre-mer. Au décours de leur accouchement, les mères seront interrogées par des sages-femmes enquêtrices au sujet de leur état de santé, de celui de l’enfant, du déroulement de la grossesse ou encore des soins périnataux. Au total, 14 000 à 15 000 naissances (y compris les morts fœtales in utero et les interruptions médicales de grossesse) devraient avoir lieu lors de cette période, un nombre qui permettra de constituer un reflet fidèle de la périnatalité en France. 

Hélène Cinelli*, coordinatrice de l’étude au niveau national, précise : « Dans ce domaine, les pratiques évoluent au gré de l’amélioration des connaissances, des modifications de l’organisation des soins, de la politique de santé ou des caractéristiques des femmes. L’ENP est donc un outil très précieux pour apprécier quelles en sont les répercussions sur l’état de santé des mères et celui de leurs nouveau-nés, ou encore sur les pratiques médicales pendant la grossesse et l’accouchement. » Exemple avec la pratique de l’épisiotomie : selon l’enquête de 1995, l’incision du périnée lors de l’accouchement était pratiquée chez 57% des femmes. Depuis, des recommandations ont été émises par les sociétés savantes se prononçant contre sa pratique systématique. Les enquêtes menées depuis montrent que ces recommandations ont bien été suivies : le taux de femmes qui ont eu une épisiotomie a régulièrement diminué, pour passer sous la barre des 20% lors de la dernière enquête, en 2016. « De façon réciproque, l’évolution de certains indicateurs peut motiver l’adaptation de recommandations ou de pratiques médicales », explique la coordinatrice. Ainsi, si la vaccination contre la grippe est recommandée chez les femmes enceintes, l’enquête de 2016 a montré que seules 7% d’entre elles avaient reçu ce vaccin, 70% de celles à qui il avait été proposé l’ayant refusé. « Cette observation a motivé la mise en place de campagnes de sensibilisation ciblées. L’ENP 2021 permettra d’évaluer si elles ont permis de faire évoluer ce constat. »

Focus sur la santé mentale et les douleurs de l’accouchement

Cette enquête épidémiologique nationale est réalisée sous la responsabilité de l’Inserm, en collaboration avec la Direction générale de la santé (DGS), la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et Santé Publique France. Elle est mise en œuvre par l’équipe de recherche en épidémiologie obstétricale, périnatale et pédiatrique (EPOPé) de l’Inserm. Ses orientations sont établies par son comité de pilotage et le comité d’orientation dans lesquels siègent des représentants des sociétés savantes et des associations de femmes impliquées dans la santé périnatale. Cette année, les questionnaires élaborés vont notamment permettre de faire un focus important sur la santé mentale des femmes au cours de la grossesse et sur les douleurs ressenties durant l’accouchement.

Deux nouveautés vont en outre être introduites pour l’ENP 2021 : les femmes qui ont accepté de participer à la première partie de l’enquête pourront, si elles le souhaitent, répondre à un second questionnaire (en ligne ou par téléphone) deux mois après l’accouchement. L’objectif est de recueillir des éléments nouveaux, propres au retour à la maison : mode de vie, addictions, climat conjugal, ressenti de la grossesse et de l’accouchement, allaitement, état de santé de l’enfant, son mode de couchage… 

Par ailleurs, les données recueillies lors de l’enquête seront appariées avec celles de l’Assurance maladie (prescriptions, consultations, actes médicaux…), ce qui permettra d’analyser des informations variées, comme la prise de médicaments pendant la grossesse, le recours à des psychotropes, le suivi échographique de la grossesse, et leur lien avec l’état de santé de l’enfant à la naissance ou pendant la première année de vie. « Au-delà des analyses réalisées avec nos partenaires, les bases de données ainsi constituées seront accessibles à l’ensemble de la communauté scientifique, sur autorisation. Toutes les équipes intéressées pourront conduire des travaux sur les thématiques qui leur sont propres », précise la coordinatrice. Une mine précieuse d’information, qui permet la publication d’une cinquantaine d’articles scientifiques à la suite de chaque enquête. 

Note :
*unité Inserm 1153, équipe de recherche en épidémiologie obstétricale, périnatale et pédiatrique (EPOPé), maternité Port-Royal, université Paris-Descartes, Paris