Suicide : autopsie psychologique et prévention

Janvier 2010

Le suicide constitue un problème majeur de santé publique. Ce comportement autodestructeur est l’aboutissement d’une situation de crise, souvent insuffisamment perçue par l’entourage et le corps médical. Il concerne toutes les catégories d’âge et les deux sexes. Les tentatives de suicide sont 10 fois plus fréquentes que les suicides aboutis, et elles souvent réitérées.

Le suicide en France et dans le monde

Adolescent surmené

En 2010, on estime à 10 334 le nombre de décès par suicide en France (CepiDc-Inserm). Ce chiffre est en très légère diminution depuis vingt ans. Les hommes sont plus concernés que les femmes (73 % contre 27 %). Le pic de suicide se situe dans la tranche d’âge 45-64 ans (40 %), mais tous les âges sont concernés : 5 % des décès par suicide concernent des individus de moins de 25 ans, 27 % entre 25 et 44 ans, 28 % après 64 ans. Les suicides représentent environ 2 % de la mortalité générale. Mais il s’agit de la première cause de mortalité entre 25 et 34 ans (20 % du nombre total de décès) et de la deuxième entre 15 et 24 ans (16 %) ainsi qu’entre 35 et 44 ans (16 %). Il est à noter que ces chiffres peuvent être sous-estimés (absence de mention explicite dans le certificat de décès).
Le premier mode suicidaire chez les hommes comme chez les femmes est la pendaison (54 et 32 %). Les hommes ont plus souvent recours aux armes à feu (18 % contre 3 %), les femmes aux médicaments (31 % contre 10 %).
Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, environ un million de personnes meurent par suicide chaque année dans le monde et le phénomène ne cesse globalement d’augmenter. Ce fléau touche tous les pays, à des degrés divers. Les taux de suicide varient pour les hommes de 0,5 pour 100 000 à la Jamaïque à 75,6 en Lituanie.

Comportement suicidaire : un profil complexe

On entend par "comportement suicidaire" toute une variété de comportements qualifiés soit de tentative de suicide (définie comme un geste intentionnel dans le but de se donner la mort), soit de suicide proprement dit.

Les comportements suicidaires peuvent être classés en fonction de plusieurs critères :

  • l’intentionnalité du sujet (désir de fuite, de vengeance, suicide altruiste, prise de risque, comportement ordalique de "jeu avec la mort", autosacrificiel),
  • l’idéation suicidaire (justification de l’acte),
  • le moyen utilisé (violent ou non),
  • le degré de létalité (nécessité ou non d’une hospitalisation en soins intensifs),
  • l’importance des altérations du fonctionnement cognitif (agressivité, impulsivité),
  • les circonstances aggravantes ou précipitantes (confusion mentale, intoxication, contexte sociodémographique particulier),
  • la présence de comorbidités psychiatriques ou autres.

Facteurs génétiques et neurobiologiques
Au cours des dernières années, de nombreux travaux se sont orientés vers l’exploration de facteurs biologiques associés au geste suicidaire. Ils convergent pour montrer que des déterminants neurobiologiques et des facteurs génétiques, indépendants de la vulnérabilité aux pathologies psychiatriques, pourraient influencer les comportements suicidaires, notamment les conduites violentes.
On a ainsi montré un hypofonctionnement du système sérotoninergique chez certains sujets décédés par suicide, ainsi qu’une hyperactivité de l’axe hypothalamo-pituitaire-surrénalien et une activité excessive du système noradrénergique. Une baisse importante du cholestérol sanguin et une élévation du cortisol ont été observées chez des patients ayant effectué une tentative de suicide, principalement violent. Des études portant sur différents gènes candidats ont mis en évidence des facteurs héritables de vulnérabilité au suicide.

Autopsie psychologique : un outil de prévention

La prédictibilité de l’acte suicidaire est très incertaine : de nombreux chercheurs s’accordent à dire qu’il est impossible d’établir un portrait précis du sujet suicidaire. Cependant, différents facteurs de risque ont été identifiés au fil du temps, notamment par le biais de la technique d’autopsie psychologique.
Pratiquée dans plusieurs pays (Canada, Grande-Bretagne, Finlande), mais encore très confidentielle en France, cette méthode peut être utilisée pour affiner la connaissance des facteurs de risque du comportement suicidaire et ainsi contribuer à la prévention.
L’autopsie psychologique collecte des informations sur un grand nombre de paramètres : les détails de la mort, le paysage familial, le contexte social, le parcours de vie, le monde relationnel, les conditions de travail, la santé physique et mentale et les antécédents, les éventuelles conduites suicidaires antérieures, les événements de vie négatifs, l’éventualité de contact avec des services d’aide avant le passage à l’acte et la réaction des proches au suicide.

Le suicide est souvent associé à des troubles mentaux

Suicide

Les travaux faisant appel à l’autopsie psychologique révèlent la prévalenceimportante des troubles mentaux dans le comportement suicidaire : au moins 90 % des cas, quel que soit l’âge ou le sexe, par rapport aux 10-30 % rencontrés dans la population témoin. Tous les troubles sont représentés, mais la dépression majeure semble jouer un rôle de premier plan.
Les études portant sur les personnes âgées montrent qu’après 60 ans, les facteurs de risque chez les hommes et les femmes convergent. Les problèmes matériels (financiers, ruptures) tiennent moins de place que chez les plus jeunes. En revanche, la sensation de perte d’un être cher ou d’une idée, telle que celle que la famille sera toujours là pour les soutenir, de pair avec un antécédent de comportement suicidaire et un faible support social, peuvent engendrer des épisodes dépressifs majeurs susceptibles de conduire au suicide.

Outre les troubles mentaux, les recherches de facteurs de risque dans la population générale s’orientent plus spécifiquement vers les paramètres suivants : antécédents de comportement suicidaire ; facteurs psychosociaux et/ou environnementaux (histoire familiale de maladie psychiatrique ou de suicide, problèmes relationnels, violence) ; contacts avec le système de soins (consultations, hospitalisations, prise en compte de la dépression) ; impact de l’annonce d’une maladie grave ou très invalidante.

Les plus jeunes sont aussi vulnérables
Les études sur les jeunes suicidés (enfants et adolescents) montrent une forte prévalence de troubles mentaux. Les comportements antisociaux (difficulté à se plier à une discipline et/ou non-respect de la loi) ainsi que les événements de vie néfastes sont très présents. Une forte corrélation a été rapportée avec la dépression, les troubles bipolaires, la consommation excessive d’alcool et de diverses substances psychoactives.

Prévenir le suicide : une priorité de santé publique

Œuvrer à la prévention du suicide est capital en santé publique : cela suppose de décrypter des facteurs de risque et des facteurs précipitants dans les différentes populations concernées. L’autopsie psychologique permet de mieux appréhender les interactions complexes entre les paramètres biologiques, médicaux, familiaux et sociaux susceptibles d’être impliqués dans le geste suicidaire.

Pour aller plus loin

Expertises collectives

Communiqués de presse

Les associations de malades

Inserm-Associations - la base Inserm Associations

Sites

Revue

Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 13/12/2011 - Numéro thématique - Suicide et tentatives de suicide : état des lieux en France

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