Troubles des apprentissages : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie...

Septembre 2009

Lire, écrire, compter, ces apprentissages sont la base du cursus scolaire. Un enfant connaissant des difficultés en ces domaines court un risque accru de marginalisation, voire de stigmatisation, et une difficulté ultérieure d’insertion sociale. Les principaux troubles des apprentissages scolaires sont la dyslexie (trouble spécifique de la lecture), la dyscalculie (trouble spécifique du calcul) et la dysorthographie (trouble spécifique de l’expression écrite).

Quand le langage et le calcul posent problème

© Inserm, JF Demonet - Enregistrement de l'activité cérébrale par TEP (tomographie par émission de positons) dans un groupe de sujets normaux pendant la lecture d'une suite de mots, dans le cadre d'une étude sur la dyslexie.

Enregistrement de l'activité cérébrale par TEP (tomographie par émission de positons) dans un groupe de sujets normaux pendant la lecture d'une suite de mots, dans le cadre d'une étude sur la dyslexie.

L’acquisition de la parole et du langage entre 0 et 3 ans a une forte influence sur la future scolarité. Un trouble du langage oral est donc important à prendre en considération avant 5 ans, si possible dès 3 ans. Pour savoir lire dans une écriture alphabétique, un enfant doit être capable de maîtriser les correspondances entre graphèmes (lettres ou groupes de lettres) et les phonèmes (sons de la parole). La dyslexie se manifeste, après le début de l’apprentissage de la lecture au cours préparatoire, par une mauvaise association entre graphèmes et phonèmes. La dysorthographie, quant à elle, est essentiellement étudiée chez les enfants atteints de dyslexie et l’on ignore s’il en existe des formes indépendantes d’un trouble spécifique de la lecture. Les enfants atteints de dyscalculie ont pour leur part une mauvaise compréhension du dénombrement, socle sur lequel se construisent les habiletés arithmétiques ultérieures. Ils ont également des difficultés de mémorisation et d’apprentissage des tables d’addition et de multiplication.

D’autres troubles parfois associés

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie peuvent être associées à des troubles de la coordination (dyspraxie), des troubles du graphisme (avec ou sans lien avec une dyspraxie) ou encore au déficit de l’attention avec hyperactivité. Dans plus de la moitié des cas, la dyslexie fait suite à un trouble spécifique du langage oral appelé dysphasie. Ce constat amène les chercheurs à explorer des mécanismes sous-jacents communs impliquant de manière variable les principaux systèmes sensorimoteurs. Les troubles de l’apprentissage sont parfois associés à des troubles émotionnels (troubles anxiodépressifs) ou comportementaux.

Combien d’enfants touchés ? Une prévalence incertaine

© Inserm, JF Demonet - Enregistrement de l'activité cérébrale par TEP (tomographie par émission de positons) dans un groupe de dyslexiques pendant la lecture d'une suite de mots. Une région du lobe temporal gauche est moins active que celle d'un sujet normal.

Enregistrement de l'activité cérébrale par TEP (tomographie par émission de positons) dans un groupe de dyslexiques pendant la lecture d'une suite de mots. Une région du lobe temporal gauche est moins active que celle d'un sujet normal.

On ne dispose pas en France d’une étude représentative de la population générale sur la prévalence de la dyslexie : il faudrait donc mettre en place ce type d’étude. Différents travaux estiment cette prévalence de la dyslexie (modérée à sévère) à un peu moins de 5 % des enfants à partir du CP — mais les prévalences sont généralement établies pour les enfants de 10 ans dans les études internationales. Les enfants atteints de dyslexie représenteraient selon certains auteurs environ un quart des enfants présentant des difficultés enlecture. Il semble que la dyscalculie se rencontre plus rarement que la dyslexie, mais les données manquent sur sa prévalence.

Les hypothèses avancées par les chercheurs

Les mécanismes de la dyslexie selon la théorie phonologique (extrait de l’Expertise collective Inserm, 2007, p. 514)

Les mécanismes de la dyslexie selon la théorie phonologique (extrait de l’Expertise collective Inserm, 2007, p. 514)

Pourquoi certains enfants éprouvent-ils des difficultés pour apprendre à lire, écrire ou calculer ? Les travaux de recherche sur les troubles des apprentissages concernent essentiellement la dyslexie. La présence d’un dysfonctionnement des circuits cérébraux impliqués dans la phonologie (représentation et traitement des sons de la parole) est aujourd’hui la cause la plus couramment admise de la dyslexie. Cependant l'association fréquente de la dyslexie avec d'autres troubles du développement incite les chercheurs à explorer d'autres pistes On a ainsi souligné l’importance de la dimension visuelle (analyse spatiale de la séquence des lettres dans le mot), du traitement temporel (rapidité des informations transmises dans la parole), des déficits plus larges de coordination motrice ("hypothèse cérébelleuse").
Un parent dyslexique a un risque augmenté d'avoir un enfant également dyslexique par rapport à un parent non dyslexique. Les études de jumeaux menées au plan international ont permis d’estimer à 50 % l’héritabilité de la dyslexie. La recherche des gènes impliqués est encore récente, mais des résultats concordants pointent vers la responsabilité de gènes impliqués dans la migration pendant les étapes précoces du développement cérébral des neurones situés dans les aires cérébrales qui seront recrutées bien plus tard dans l’apprentissage de la lecture. Certains allèles augmentent le risque de développer une dyslexie en interaction avec de nombreux autres facteurs : biochimiques, traumatiques, linguistiques, socio-éducatifs, psychologiques…

Diagnostiquer au plus tôt les enfants en difficulté
Le dépistage systématique lors de l’examen obligatoire de la sixième année, réalisé par les médecins et infirmières de l’Éducation nationale, ne peut concerner la dyslexie puisque l’apprentissage de la lecture n’a pas commencé. En revanche, il permet d’identifier les enfants atteints d’un trouble du langage oral (éventuellement déjà observé à l’examen de 4 ans). Une dysphasie diagnostiquée dès la maternelle est un facteur de risque de dyslexie dans 50 % des cas. Après le signalement d’une difficulté d’apprentissage par un enseignant, l’enfant peut bénéficier d’un dépistage individuel, réalisé au sein de l’école par les médecins de l’Éducation nationale, les psychologues et enseignants spécialisés appartenant au réseau d’aide aux élèves en difficulté (Rased). Le diagnostic nécessite les compétences de plusieurs professionnels réunis au sein d’une équipe pluridisciplinaire : une quarantaine de centres de référence ont été créés au sein des centres hospitaliers universitaires.

Prise en charge et prévention : le savoir pour tous

Les régions cérébrales impliquées dans la lecture (extrait de l’Expertise collective Inserm, 2007, p. 483)

Les régions cérébrales impliquées dans la lecture (extrait de l’Expertise collective Inserm, 2007, p. 483)

Après le diagnostic d’un trouble de l’apprentissage, une prise en charge individuelle est généralement proposée. Elle cible les fonctions déficitaires, à raison de plusieurs séances par semaine et est associée à une prise en charge pédagogique. Pour la dyslexie, les méthodes les plus fréquentes sont de type orthophonique et portent sur l’entraînement des capacités phonologiques de l’enfant. D’autres rééducations ont pour objectif de permettre à l’enfant de développer des stratégies de compensation pour contourner son handicap.

La prévention est un domaine encore peu exploré. Des études récentes et rigoureuses ont évalué les effets des entraînements pédagogiques comme réponse de première intention à l’école sur des enfants à risque de dyslexie (issus de familles atteintes de dyslexie) ou sur des enfants en difficulté d’apprentissage de la lecture. Les effets positifs sont obtenus à partir d’entraînements de courte durée, mais répétés chaque jour, avec de petits groupes à besoins similaires. Les interventions précoces (dès les premières manifestations de difficultés de lecture) sont les plus efficaces.

Et la dyspraxie ?

La dyspraxie développementale est un trouble des apprentissages spécifiques. Les enfants dyspraxiques ont des difficultés à planifier, à programmer et à coordonner des gestes complexes, intentionnels et orientés vers un but, à élaborer le programme moteur qui leur permettra de réaliser un geste conscient, à prendre en compte les feedbacks internes et externes pour modifier leur mouvement. Leur cerveau n’intègre pas la séquence motrice qui sous-tend l’automatisation d’un geste. La prévalence de la dyspraxie est élevée : 5 à 7 % des enfants de 5 à 11 ans, selon le Haut Comité de santé publique. Tous les enfants sont loin d'être repérés aujourd’hui, bien que cette pathologie pourrait concerner plus de 250 000 d’entre eux en primaire (près d’un enfant par classe).

Les gestes complexes nécessitant un apprentissage, comme l’écriture, ne deviennent jamais automatiques chez les enfants dyspraxiques, qui doivent tout au long de leur existence prêter une attention importante à des gestes que les autres enfants apprennent peu à peu à réaliser de manière automatique. Dans la majeure partie des cas, ces difficultés de coordination des praxies sont associées à des troubles oculomoteurs. Cette difficulté à acquérir des stratégies de regard efficaces est extrêmement pénalisante puisqu’elle compromet l’accès aux informations présentées visuellement. Parce que ces perturbations apparaissent en l’absence de lésion cérébrale avérée, elles ont trop souvent par le passé été mises sur le compte d’une immaturité de l’enfant, d’un trouble affectif ou d’un manque de stimulations. Elles sont en fait le reflet d’un dysfonctionnement du cerveau.

Les difficultés à appréhender les perturbations induites par ce handicap invisible, à comprendre et à mettre en œuvre les adaptations nécessaires des supports scolaires qui permettraient aux élèves dyspraxiques d’accéder aux compétences de leur classe d’âge conduisent chaque année des dizaines de milliers d’enfants d’intelligence normale et même bien souvent supérieure à la moyenne vers un échec scolaire. Une coopération étroite entre l’équipe pédagogique, les intervenants médicaux et paramédicaux (ergothérapeute, psychomotricien…) et les parents est indispensable à la mise en œuvre de moyens de compensation au sein de l’école (remplacement de l’écriture manuscrite par la frappe au clavier d’ordinateur, par exemple).

Pour aller plus loin

Articles

La dyslexie pourrait être liée à un problème d’attention

Expertises collectives

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie - Bilan des données scientifiques (2007)

Communiqués de presse

Les associations de malades

Inserm-Associations - la base Inserm Associations

Revues

  • Le cerveau et le mot écrit. Interview de Stanislas Dehaene. Cerveau&Psycho, n° 40, juillet-août 2010, p. 76-79

Sites

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