Fafi-Kremer S, et al. J Exp Med 2010 ; 207 : 2019-31
L’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est une cause majeure d’hépatite chronique dans le monde, touchant plus de 170 millions de personnes. L’infection, souvent détectée plusieurs années après la transmission, évolue silencieusement vers la cirrhose ou le cancer du foie. À ce stade, la transplantation hépatique reste le seul traitement possible. Malheureusement, le foie greffé est systématiquement réinfecté par le virus qui persiste dans l’organisme. La réinfection du greffon conduit de nouveau et rapidement à une hépatite chronique et à la cirrhose chez une proportion importante de patients.
À ce jour, il n’y a pas de traitement disponible pour prévenir la réinfection du greffon hépatique par le VHC. Le développement de nouvelles stratégies antivirales pour cette prévention reste donc un enjeu important. Une étude menée chez des patients infectés par le VHC et ayant bénéficié d’une greffe hépatique montre pour la première fois comment le virus est capable de réinfecter le greffon.
Ce travail dirigé par Thomas Baumert (unité Inserm 748, Université de Strasbourg), en collaboration avec des équipes de Glasgow (Royaume- Uni), Lyon et Gant (Belgique), apporte des éléments nouveaux sur les mécanismes moléculaires de la résistance du VHC au système immunitaire au cours de la transplantation hépatique.
Les chercheurs ont suivi six patients infectés par le VHC et admis pour une transplantation hépatique. Ils ont pu montrer que la composition de la population virale change très rapidement après la greffe et que seule une petite fraction de variants viraux circulant dans le sang réinfecte le greffon. Ces variants possèdent des mutations génétiques qui favorisent leur entrée dans les cellules hépatiques et permettent d’échapper aux anticorps du patient. Dans l’objectif de développer un traitement pour prévenir la réinfection du greffon, les auteurs ont testé deux anticorps monoclonaux, dirigés contre l’enveloppe du virus pour l’un et contre un récepteur cellulaire pour l’autre. Ils sont capables de bloquer efficacement l’infection des cellules hépatiques par les virus résistant aux anticorps du patient. Ces traitements sont appelés "inhibiteurs d’entrée".
L’unité Inserm dirigée par Thomas Baumert s’est à présent engagée dans le développement préclinique et clinique de ces anticorps destinés à prévenir la réinfection du greffon hépatique par le virus de l’hépatite C. Le travail a été cofinancé par l’Union européenne, l’Inserm, l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), l’Agence nationale de la recherche (ANR), l’Else Kröner-Fresenius Foundation et la Ligue contre le cancer.
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