Kim DW, et al. Proc Natl Acad Sci 2006 ; 102 : 14046-51; Arbibe L, et al. Nat Immunol 2006 ; 8 : 47-56
La shigellose, ou dysenterie bacillaire, est une des maladies diarrhéiques les plus sévères, à l’origine de 600 000 à un million de décès par an.Les bactéries responsables de cette maladie, les shigelles, envahissent les cellules épithéliales intestinales, puis le tissu constituant la muqueuse recto-colique, ce qui aboutit à une recto-colite aiguë marquée par une destruction tissulaire inflammatoire sévère.
L’équipe de Philippe Sansonetti (unité Inserm 786, Paris) a démontré que les shigelles pouvaient manipuler le profil de la réponse inflammatoire intervenant en première ligne de défense de l’hôte, afin de survivre dans l’épithélium intestinal. L’activation des gènes pro-inflammatoires dans la cellule de l’hôte dépend en grande partie d’une activation de la signalisation impliquant NFκB, une voie que les shigelles sont capables de bloquer à deux niveaux. D’une part, les bactéries injectent dans les cellules cibles, par le biais d’une "seringue moléculaire", la protéine OspG, qui maintient le facteur NFκB inactif au sein d’un complexe cytoplasmique. D’autre part, une seconde protéine injectée par la bactérie, OspF, agit au niveau du noyau en empêchant une des modifications épigénétiques (phosphorylation de l’histone H3) favorisant l’accès de NFκB à ses promoteurs cibles, et donc l’activation de gènes pro-inflammatoires essentiels à la réponse innée.
Il est alors tentant de transposer ces découvertes au traitement des maladies inflammatoires de l’intestin, comme la recto-colite hémorragique ou la maladie de Crohn, en mimant les stratégies mises au point par les shigelles pour déjouer les défenses de son hôte humain.
Haut de page