Gottenberg J.E., et al. Proc Natl Acad Sci 2006, 103: 2770-5
Le syndrome de Sjögren est une maladie auto-immune systémique, qui se caractérise principalement par une sécheresse très invalidante de la bouche et des yeux, ainsi que par des douleurs diffuses, une inflammation des articulations, une grande fatigue et l’atteinte de différents organes (peau, poumons, reins, cerveau…). Primitif ou secondaire à une autre maladie auto-immune, il est également associé dans 5 % des cas au développement d’un lymphome à cellules B non hodgkinien. Son caractère relativement commun explique le nombre important de travaux menés pour tenter d’expliquer les mécanismes physiopathologiques qui président à son apparition. Bien que cette maladie fasse clairement intervenir des facteurs génétiques et environnementaux, aucune forme familiale n’a encore pu être isolée, ce qui limite l’intérêt de cartographier le génome à la recherche de gènes particuliers.
Une équipe emmenée par Xavier Mariette (unité Inserm 802, Le Kremlin-Bicêtre) s’est attachée à élucider l’étiologie du syndrome de Sjögren en pratiquant une analyse globale, comparative entre patients et sujets contrôles, des gènes exprimés dans un de ses organes cibles, les glandes salivaires. Les résultats montrent que ce syndrome est associé à une augmentation de l’expression de 21 gènes inductibles parles interférons α ou γ, et par une diminution de l’expression de deux protéines impliquées, quant à elles,dans l’inhibition de l’inflammation. Parmi les protéines dont le niveau d’expression est augmenté, on retrouve notamment deux récepteurs Toll-like et trois membres de la famille IFITM (interferon-induced transmembrane protein), ainsi que la protéine BAFF (B-cell activating factor of the TNF family), également surexprimée dans les cellules épithéliales oculaires des sujets malades. TLR9, l’un des facteurs surexprimés, est un récepteur de l’immunité innée présent à la surface des cellules dendritiques plamacytoïdes, et le marquage par immuno-histochimie d’échantillons salivaires a effectivement permis d’identifier la présence de ces cellules chez les patients, alors qu’elles sont absentes chez les sujets contrôles.
Ces résultats indiquent que le syndrome de Sjögren pourrait résulter de l’existence d’un cercle vicieux au cours duquel interagissent immunité innée (notamment via une activation de certains TLR) et immunité adaptative (via l’activation des cellules dendritiques plamacytoïdes productrices d’interféron), aboutissant à l’installation et à la persistance d’un état inflammatoire. Dès lors, les pistes pour un traitement de cette maladie, aujourd’hui orpheline, semblent devoir s’orienter vers un blocage des effets de l’interféron, une inhibition de sa synthèse exposant en effet les patients à un risque infectieux ou cancéreux accru. Dans ce contexte, la protéine BAFF semble être un candidat prometteur, non seulement dans le traitement du syndrome de Sjögren, mais également dans celui d’autres maladies auto-immunes au cours desquelles son expression est augmentée.
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