Chaque pore de la peau présente une petite ouverture appelée le follicule pilosébacé d’où s’écoule le sébum provenant de la glande sébacée. Celle-ci est appendue au follicule pileux, qui est atrophié sur le visage où se développe souvent l’acnéeux. Le sébum lubrifie le poil et protège l’épiderme en formant une mince couche grasse (lipidique) à sa surface.
L’acné survient quand la glande sébacée produit trop de sébum et qu’en même temps l’orifice du follicule pilosébacé se ferme, par anomalie de l’élimination des cellules qui constituent sa paroi (kératinocytes). Les acides gras contenus dans le sébum associé à une bactérie présente dans le follicule (Propionibacterium acnes) entraînent ensuite l’inflammation du follicule. Il en résulte, lors de la fermeture de l’orifice du canal, une lésion appelée comédon (point noir ou point blanc). Celui-ci peut ensuite s’enflammer sous l’effet du sébum et de la bactérie qui prolifère et donner des papules (bouton rouge sans pus), des pustules (apparition du pus), voire des nodules (bosse douloureuse, sans rougeur) si l’inflammation diffuse en profondeur.
Épidémiologie : ados et adultes concernés
La première enquête épidémiologique sur l’acné a été produite par Bloch en 1931, et les chiffres sont assez constants depuis cette date. On considère que 80 à 90 % des adolescents sont concernés par l’acné. Les filles sont touchées un peu plus tôt que les garçons (11 ans versus 12 ans), les toutes premières lésions apparaissant même quelques années plus tôt. On a découvert tardivement que l’acné concerne aussi les adultes (Dréno et Poli 2003). Il peut s’agir d’une acné persistante, née à l’adolescence, d’une rechute de l’acné adolescente ou d’une acné débutant à l’âge adulte. Un questionnaire administré à 3 394 patientes âgées de 25 à 40 ans a montré que la prévalence totale de l’acné est de 41 % chez la femme adulte. Dans 78 % des cas, la crise d’acné est associée au syndrome prémenstruel et dans 50 % des cas au stress. Deux femmes sur cinq souffrent d’acné à l’âge adulte sans antécédent particulier dans l’adolescence (Poli et al 2002).
Le visage et les épaules sont les régions les plus souvent touchées par les lésions de l’acné. Les cas les plus sévères peuvent produire des inflammations des follicules pilosébacés sur le dos, les bras, les jambes ou les fesses.
L’acné donne lieu à de nombreuses complications. La plus fréquente et la plus redoutée est la formation de cicatrices. Les manipulations de la peau peuvent entraîner une infection par staphylocoque doré ou autres agents infectieux plus virulents. Dans la forme nodulokystique, des kystes permanents se forment, pouvant exiger une intervention chirurgicale. L’acné conglobata est une forme très diffuse, agressive et prolongée de la pathologie. Outre des abcès et des fistules, elle entraîne l’apparition de cicatrices en forme de cratères.
La dimension sociale et psychologique
Parce qu’il touche l’image et donc l’estime de soi, l’acné est une pathologie ayant des répercussions importantes sur la psychologie du malade. Et cela d’autant plus que l’adolescence est une période de changement et d’instabilité. Une enquête menée sur 1 566 jeunes (12-25 ans) a montré que les personnes souffrant d’acné sévère ont une probabilité trois fois plus forte d’éprouver de la honte, de l’agressivité ou de la tristesse. Parmi les répondants souffrant d’acné, 48 % estiment que leur vie sociale a subi des conséquences, chiffre grimpant à 67 % si l’acné est sévère. Dans ce dernier cas, les relations avec les amis (29 %) et avec les partenaires potentiels du sexe opposé (41 %) souffrent d’une mauvaise image de soi. Près de 44 % des jeunes souffrant d’acné sévère reconnaissent que cela peut devenir une obsession (22 % pour l’acné normale, 11 % pour l’acné modérée). (Pawin et al 2007)
L’acné est une maladie complexe, dite « multifactorielle » car plusieurs facteurs déterminent l’apparition, l’évolution et la gravité du trouble. L’acné donne souvent lieu à des idées reçues : ainsi, la propreté de la peau n’est pas fondamentalement en cause (sauf pour des surinfections) ; les adultes sont aussi touchés, et pas seulement les adolescents ; le régime alimentaire semble sans effet particulier.
Le rôle de l’hérédité semble avéré dans les formes sévères d’acné, et probablement dans la réponse aux traitements. Mais aucun mécanisme moléculaire et héritable n’est aujourd’hui connu. Les personnes dont la famille présente des antécédents d’acné sévère ont elles-mêmes un risque plus important de souffrir du trouble précocement, de présenter des lésions rétentionnelles étendues et d’être réfractaires aux traitements.
Les changements hormonaux jouent un rôle dans les crises d’acné, qu’ils soient dus à l’adolescence, à la grossesse, aux règles ou au stress. Certains médicaments peuvent provoquer ou aggraver le mal : cortisone, produits comprenant de la testostérone ou des estrogènes, phénytoïne… La transpiration, la chaleur humide, les produits cosmétiques gras sont considérés comme des facteurs aggravants.
Le lait maternel contre l’acné ?
Selon certains travaux récents, le lait maternel pourrait être efficace contre l’acné. Plus exactement, la substance active serait l’acide laurique ou n-dodécanoïque, un acide gras saturé également contenu dans l’huile de coprah, extraite du cocotier. Cette molécule présente d’intéressantes propriétés bactéricides, susceptibles de lutter contre la prolifération de Propionibacterium acnes sans effet toxique sur les sébocytes (Nakatsuji 2009). Ces travaux préliminaires demandent cependant confirmation.
Le traitement de l’acné varie selon sa sévérité – les formes purement comédoniennes (modérées) sont moins problématiques, mais elles peuvent évoluer vers les formes inflammatoires dont le risque majeur est l’apparition de cicatrices en l’absence de traitement précoce. On distingue quatre stades ou grades, la forme la plus sévère (IV) étant nodulokystique. Le traitement comprend des médicaments topiques (lotion, gel, crème) et par voie systémique (gélules, comprimés). Les médicaments topiques comprennent :
Ces derniers doivent être utilisés en association avec l’un des deux autres pour éviter l’apparition de bactéries résistantes sur la peau. Des traitements associant deux médicaments topiques sont apparus récemment rendant l’observance meilleure : PBO + rétinoïde ou rétinoïde + antibiotique.
Pour les formes résistantes ou sévères, une antibiothérapie par voie orale peut être envisagée en première ligne de traitement (doxycycline, ou lymécyclines de première intention. Compte tenu des effets secondaires rares mais sévères, la minocycline doit être réservé aux échecs des autres cyclines. L’érythromycine est utilisée en cas de contre-indication des cyclines, donc essentiellement chez la femme enceinte. L’isotrétinoïne par voie orale est le traitement de l’acné sévère. C’est le seul traitement curatif de l’acné, les autres étant souvent suspensifs. Le gluconate de zinc semble présenter une efficacité limitée aux lésions inflammatoires, il peut être utilisé chez la femme enceinte et au soleil.
Pour les jeunes femmes, certains contraceptifs oraux de nouvelle génération ont souvent un effet bénéfique sur l’acné en raison de leurs propriétés hormono-régulatrices. Des traitements esthétiques contribuent à restaurer une bonne image de soi et diminuer la charge psychologique de l’acné. Les soins d’hygiène doivent être adaptés, sinon ils aggravent l’acné.
Des essais cliniques sont en cours pour évaluer l’efficacité de nouveaux agents thérapeutiques comme le gel de dapsone aux Etats-Unis.
Jean Revuz et al. (2010), Acné : Données nouvelles et prise en charge, Springer
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