Diabète de type 2 (DNID)

Dossier réalisé en collaboration avec le Pr Christian Boitard, directeur de recherche à l’Inserm et diabétologue à l’hôpital Cochin, Paris – Avril 2014.

Le diabète correspond à une élévation prolongée de la concentration de glucose dans le sang (hyperglycémie). Dans le cas du diabète de type 2, ce phénomène provoqué par une perturbation du métabolisme glucidique apparaît progressivement et insidieusement. Les chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes impliqués pour prévenir et traiter efficacement la maladie.

L’incidence du diabète de type 2 augmente de façon globale, et en particulier avec l’âge. La maladie se manifeste généralement après 40 ans et elle est diagnostiquée à un âge moyen proche de 65 ans. L’incidence est maximale entre 75 et 79 ans avec 20 % des hommes et 14 % des femmes traités pour cette maladie. Cependant, le diabète de type 2 touche aussi des sujets plus jeunes, y compris des adolescents, voire des enfants.

Marquage en immunofluorescence pour GLUT2 (en vert) et l'insuline (en rouge) sur une coupe de pancréas de rat. GLUT2 est un des transporteurs du glucose : cet isoforme majeur des cellules des îlots de Langerhans du pancréas permet une synthèse et une sécrétion d'insuline adaptée à la glycémie. Les transporteurs du glucose de la famille GLUT sont des protéines présentes dans la membrane des cellules. Leur bon fonctionnement est essentiel à la régulation de la prise alimentaire, qui vise à adapter les besoins et les dépenses énergétiques de notre organisme. Le système nerveux et le système endocrinien jouent un rôle-clé dans ce processus. Image réalisée au Centre de Recherche des Cordeliers, Paris. © Inserm U872

Îlot de Langerhans pancréatique, sécréteur d'insuline.

En France, la prévalence globale du diabète était estimée à 4,6 % de la population en 2011 et le diabète de type 2 correspond à 90 % des cas. Mais ce chiffre est largement sous-estimé puisqu’il ne tient pas compte des personnes non traitées ou non diagnostiquées. Or, compte tenu du caractère silencieux de la maladie, environ 20 % des personnes diabétiques âgées de 18 à 74 ans ne sont pas diagnostiquées. Un chiffre qui diminue fortement avec l’âge passant de 30 % chez les 30-54 ans à 13 % chez les 55-74 ans.

La prévalence de la maladie est par ailleurs en augmentation continue depuis plusieurs années, avec une hausse de 5,4 % par an entre 2000 et 2011. La tendance est plus marquée dans certaines populations, notamment dans les départements d’Outre-mer et les départements les moins favorisés d’un point de vue socio-économique. Cette augmentation est liée au vieillissement de la population, à l’augmentation de l’espérance de vie des diabétiques ou encore à une hygiène de vie plus délétère.

Une évolution lente et silencieuse

Le diabète de type 2 se développe silencieusement pendant de nombreuses années. L’hyperglycémie est longtemps asymptomatique et la maladie est souvent découverte de façon fortuite à l’occasion d’une prise de sang, ou en cas de complication.

La maladie est favorisée par une baisse de sensibilité des cellules à l’insuline (on parle d’insulino-résistance), notamment sous l’effet de l’obésité ou de la sédentarité. Pour répondre à la demande accrue en insuline qui en découle, les cellules insulino-sécrétrices du pancréas produisent davantage d’insuline (hyperinsulinisme) jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus répondre ou finissent par s’épuiser. La production d’insuline devient alors insuffisante conduisant à une accumulation de glucose dans le sang (hyperglycémie). Autrement dit, l’insuline est produite en quantité insuffisante face à une demande accrue.

Quand les cellules deviennent résistantes à l’insuline, en particulier les cellules du foie, du muscle et du tissu adipeux, l’hormone ne parvient plus à générer un signal efficace pour assurer l’entrée du glucose dans celles-ci. Le glucose étant le principal "carburant" des cellules, il en résulte des dysfonctionnements. En outre, la concentration de sucre dans le sang augmentant, cela entraîne d’autres complications.

Risques de complications après 10 à 20 ans d’évolution

L’endothélium d’une artère de résistance contrôle son diamètre artériel en synthétisant des agents chimiques et pharmacologiques sur le muscle lisse. Le diabète induit la modification des enzymes ce qui empêche ainsi l’artère de s’adapter au débit sanguin. Il s'agit des composés AGEs, fruits de l'alliance d'un sucre et d'une protéine. Image réalisée au laboratoire de Biologie neuro vasculaire et mitochondriale intégrée U1083. © Inserm/U1083 BNM

Le diabète de type 2 lèse les artères.

Une hyperglycémie prolongée (concentration élevée de glucose dans le sang) entraîne des complications graves à long terme. Elle est d’autant plus insidieuse qu’elle est le plus souvent asymptomatique. Ces complications peuvent survenir après plusieurs années de déséquilibre glycémique (souvent après 10 à 20 ans). Elles concernent principalement les artères et les microvaisseaux du cœur, des reins, des nerfs périphériques et de la rétine, qui sont lésés par la concentration excessive et permanente de glucose dans le sang. Ainsi le diabète entraine des lésions vasculaires qui accélèrent l’athérosclérose, à l’origine d’infarctus du myocarde, d’AVC ou encore d’artérite des membres inférieurs. En altérant également les microvaisseaux, le diabète est en outre à l’origine de rétinopathies, avec un risque de déficience visuelle voir de cécité, de neuropathies périphériques ou de néphropathies diabétiques.

 

Les risques du diabète
En pratique, le diabète multiplie par trois à cinq le risque d’infarctus du myocarde. En 2006 en France, 12 639 personnes diabétiques ont été hospitalisées pour un infarctus du myocarde et 9 % en sont décédées. La maladie augmente aussi le risque d’insuffisance rénale, d’amputation d’un membre inférieur ou encore de cécité. Toujours en 2006, 2 900 personnes diabétiques ont débuté un traitement pour insuffisance rénale terminale (dialyse ou greffe) en France et 9 000 ont dû subir une amputation d’un membre inférieur en 2007.

Le mode de vie, principal facteur de risque

Il existe une prédisposition génétique au diabète de type 2. L’analyse de vastes cohortes de patients a permis d’identifier des gènes associés à un risque accru de développer la maladie. La plupart d’entre eux sont impliqués dans le fonctionnement des cellules bêta pancréatiques. Mais ces gènes sont très hétérogènes, et aucun d’entre eux ne permet de prédire l’apparition de la maladie.

La composante génétique ne saurait donc expliquer à elle seule la survenue d’un diabète de type 2, ni l’augmentation spectaculaire de son incidence. L’apparition de la maladie semble davantage corrélée à l’âge et à l’interaction entre le génome et les conditions de vie. L’incidence de la maladie augmente avec l’âge du fait de l’usure des cellules et des organes. Par ailleurs, la sédentarité, l’hypercholestérolémie, le surpoids et l’obésité ou encore l’hypertension, augmentent le risque de développer la maladie, sans que les raisons soient clairement identifiées. Des mécanismes inflammatoires sont néanmoins montrés du doigt, en particulier en cas d’obésité.

Il existe probablement d’autres facteurs environnementaux qui, en interagissant avec les gènes, pourraient expliquer l’augmentation du nombre de cas de diabète de type 2 dans le monde. Les chercheurs s’intéressent notamment aux modifications de la flore intestinale, aux conditions du développement fœtal...

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L’hygiène de vie, traitement prioritaire

Le traitement de référence du diabète de type 2 est la modification des habitudes de vie : une perte de poids quand elle est nécessaire, une activité physique régulière et une alimentation équilibrée peuvent être suffisants pour contrôler la glycémie. Mais ces changements sont souvent difficiles à mettre en œuvre et à accepter par le patient.

En seconde intention, des antidiabétiques oraux aident à contrôler la glycémie. Il existe plusieurs classes thérapeutiques fondées sur des mécanismes d’action différents, administrés seuls ou associés entre eux. Les biguanides (dont la metformine) favorisent l’action de l’insuline. Les sulfamides hypoglycémiants et les glinides stimulent la production d’insuline au niveau du pancréas. Les inhibiteurs des alpha-glucosidases retardent l’absorption des glucides après les repas. Enfin, les analogues du GLP1 administrés par injection, ou des médicaments bloquant la dégradation du GLP1 (inhibiteurs DDP-4), agissent en ralentissant la vidange gastrique, en limitant l’appétit et en stimulant la sécrétion d’insuline, mais uniquement en cas d’élévation de la glycémie. Ils limitent donc le risque d’hypoglycémie. Encore une fois, l’amélioration de l’hygiène de vie contribue à l’efficacité de ces traitements.

La glycémie des patients restent souvent mal contrôlée malgré ces traitements, en particulier en l’absence d’amaigrissement, en cas d’impossibilité d’introduire une vraie activité physique, ou lorsque la capacité des cellules du pancréas à sécréter de l’insuline s’épuise de façon incontrôlable au fil des années. Ces personnes ont alors recours à une insulinothérapie. Ce traitement consiste à s’injecter de l’insuline plusieurs fois par jour, en fonction de sa glycémie mesurée en temps réel, comme dans le diabète de type 1.

 

La HAS vous parle du diabète de type II

Prévention, enjeu de recherche numéro 1

De nombreux travaux, conduits notamment à l’Inserm, portent sur l’identification des facteurs de risque et des populations à risque de diabète de type 2. L’objectif est de tenter d’enrayer l’augmentation de l’incidence de cette maladie. La prévention est en effet le seul moyen de retarder l’apparition de la maladie. Des études de cohortes en population générale (E3N, NutriNet-santé…) sont par exemple menées pour permettre de mieux comprendre les liens entre alimentation, poids corporel, mode de vie et diabète.

Les chercheurs s’intéressent par ailleurs aux mécanismes biologiques impliqués dans l’apparition du diabète de type 2, afin de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques.

Une équipe Inserm a récemment réussi à produire des lignées de cellules bêta pancréatiques humaines, productrices et sécrétrices d'insuline. Il s’agit d’un outil précieux pour étudier les mécanismes de la maladie et tester de nouveaux médicaments in vitro. Les chercheurs ont même créé une start-up, EndoCells, pour commercialiser ces lignées.

De nombreux travaux portent par ailleurs sur les processus inflammatoires associés à l’obésité et qui concourent à l’apparition du diabète. Il a récemment été montré que les cellules adipeuses des patients obèses produisent des cytokines, des molécules inflammatoires qui favorisent la résistance à l’insuline. Ainsi, chez ces personnes, les anti-inflammatoires constituent une piste de traitement contre le diabète. Les chercheurs s’interrogent par ailleurs sur une éventuelle réversibilité de ces mécanismes : des études ont en effet montré que des pertes de poids importantes chez des patients obèses améliorent l’équilibre glycémique.

Adipocytes en culture. Sensibilité à l'insuline. Les enfants obèses sont hypersensibles à l'insuline. L'insuline joue un rôle clé dans la régulation, non seulement des sucres et des protéines, mais également des graisses. Elle constitue un frein à la lipolyse (hydrolyse des graisses entraînant une fonte des tissus adipeux). © Inserm/U342

Adipocytes en culture.

D’autres équipes s’intéressent à la modification de la flore intestinale, particulière chez les sujets atteints de diabète de type 2. Des travaux ont en effet montré que sa composition change avec un régime gras, et que le système nerveux entérique (localisé au niveau du tube digestif) joue un rôle dans la régulation du métabolisme.

En parallèle, des travaux sont menés pour évaluer l’état de santé des patients atteints de diabète et l’efficacité des traitements. Les études Entred ont apporté de nombreuses informations sur les diabétiques en France, leur prise en charge médicale, leur qualité de vie, les besoins en démarche éducative grâce au suivi de cohortes nationales de patients. La nouvelle cohorte française Gérodiab s’inscrit dans un contexte proche. Elle permettra d’évaluer le bénéfice du contrôle glycémique chez les sujets de plus de 70 ans.

 

Pour aller plus loin

Actualités  

Communiqués de presse

Expertises collectives

· Activité physique - Contextes et effets sur la santé (2008)

Les associations de malades

· Inserm-Associations - la base Inserm Associations

A lire aussi sur inserm.fr

A lire sur d’autres sites

  • Le diabète – dossier du Ministère de la santé
  • Diabète - dossier « La santé pour tous » (site d'information de l'Inpes et du Ministère de la santé)
  • Vivre avec un diabète de type 2 - guide patient ALD, Haute autorité de santé (2007)
  • Diabète – dossier l’Organisation mondiale de la santé
  • Diabète - dossier de l’Institut de veille sanitaire (InVS)
  • Le diabète – dossier de l’hôpital européen Georges-Pompidou
  • Le diabète de type 2 - dossier de l’Assurance maladie (Ameli-santé)
  • Sophia, le service d'accompagnement de l'Assurance maladie pour mieux vivre avec un diabète
  • Diabète – dossier de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm)

Multimédias

  • Rêves de recherche, rêve de chercheurs - Interview de Patrick Collombat

 

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