Pour Xavier Leverve, directeur scientifique à l’Inra pour toutes les questions concernant la nutrition humaine et la sécurité alimentaire, "on a aujourd’hui de bonnes raisons de penser que l’environnement, notamment l’alimentation, joue un rôle important dans la genèse de ces maladies complexes. Mais la nature exacte de ce lien est particulièrement difficile à étudier scientifiquement."
Quand une maladie est multifactorielle, c’est-à-dire résultant de l’interaction de plusieurs facteurs innés et acquis, le casse-tête des chercheurs consiste à isoler les paramètres pertinents parmi un grand nombre de candidats possibles. "Comprendre le rôle de l’environnement dans le cancer suppose deux types de recherche, rappelle Xavier Leverve : des travaux épidémiologiques sur de grandes cohortes, recherchant un lien et si possible sa causalité entre la prévalence du cancer et l’exposition à tel ou tel agent du milieu et du mode de vie ; mais aussi des recherches physiopathologiques, pour comprendre au plan moléculaire et cellulaire l’apparition et la progression de la tumeur sous l’effet de l’agent identifié, dans sa complexité, pour développer ensuite des modèles animaux et in vivo."
Une telle recherche est nécessairement intégrative et multidisciplinaire. "L’approche unique ne résout jamais les questions complexes, martèle Xavier Leverve. Tout le monde se souvient par exemple de la mode des produits allégés censés apporter la solution miracle au surpoids : ce fut un échec. Un des enjeux de la recherche translationnelle est d’affronter le défi de la biocomplexité."
Les rapports entre alimentation, activité physique et cancer offrent une illustration de cette complexité. Toutes les études convergent pour montrer que le surpoids est un facteur de risque de certains cancers (sein, côlon, appareil digestif). Et à l’inverse, on a récemment montré que les personnes obèses traitées par chirurgie bariatrique (chirurgie de l’obésité) voient diminuer la probabilité de survenue d’un cancer. "Quand il s’agit de comprendre en détail ce lien, explique Xavier Leverve, les chercheurs doivent se pencher sur les mécanismes communs au syndrome métabolique et au cancer, comme l’insulinorésistance suivie, ou précédée, d’une réponse inflammatoire et donc immunitaire de l’organisme."
Ce lien entre obésité et cancer est d’autant plus important à établir avec précision que, du point de vue de la santé publique, ce sont souvent les mêmes populations défavorisées qui se trouvent le plus exposées aux deux pathologies.
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