Les Français inégaux face au cancer

Pour la première fois en 2004, le cancer est devenu la première cause de décès en France. Même si la mortalité par cancer a diminué, le nombre de nouveaux cas, tous cancers confondus, a considérablement augmenté ces trente dernières années. De plus, la France est fortement marquée par des disparités, notamment géographiques. La lutte contre ces inégalités est une des priorités du nouveau Plan cancer 2009-2013.

"Taux standardisés de mortalité par cancer à l’échelle départementale en France métropolitaine". Atlas de la mortalité par cancer en France métropolitaine (Evolution 1970-2004). Institut National du Cancer (INCa), décembre 2008.

"Taux standardisés de mortalité par cancer à l’échelle départementale en France métropolitaine". Atlas de la mortalité par cancer en France métropolitaine (Evolution 1970-2004). Institut National du Cancer (INCa), décembre 2008.

Selon le rapport La situation du cancer en France en 2009, édité en octobre dernier par l’Institut national du cancer (INCa), le nombre de nouveaux cas de cancers a été estimé à près de 320 000 en 2005 (280 000 en 2000), dont 180 000 (56 %) chez les hommes et 140 000 (44 %) chez les femmes. Un nombre en croissance de 89 % entre 1980 (170 000 cas) et 2005. Cette augmentation considérable est principalement due à l’augmentation et au vieillissement de la population, ainsi qu’à la multiplication des facteurs de risque (alcool, tabac, alimentation, environnement, etc.). En revanche, le nombre de décès par cancer n’a augmenté "que" de 13 % (130 000 en 1980 et 146 000 en 2005).

L’incidence augmente, mais la mortalité diminue

Selon l’Atlas de la mortalité par cancer en France métropolitaine (Evolution 1970–2004), publié en décembre 2008 par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) de l’Inserm et l’INCa, après une phase d’augmentation de 1970 à la fin des années 80, tous les indicateurs montrent une diminution de la mortalité par cancer depuis le début des années 90. Cette baisse est observée quel que soit le sexe, sur l’ensemble du territoire et dans la plupart des cancers. Elle traduit, selon les cas, une diminution de l’incidence ou une amélioration de la survie. En effet, malgré l’augmentation croissante de la prévalence des cancers, le risque de mourir d’un cancer diminue depuis une dizaine d’années, notamment grâce aux progrès réalisés en matière de prévention, de dépistage précoce, de traitement et de prise en charge. Néanmoins, pour certains cancers tels que ceux de la peau et du foie, les mésothéliomes et les cancers bronchopulmonaires pour les femmes, le risque de décès continue d’augmenter.

Cette baisse de la mortalité par cancer au niveau national n’a en revanche pas atténué les écarts de mortalité enregistrés entre les régions françaises. En effet, les disparités géographiques des taux de mortalité par cancer sont très marquées en France ; sauf, il convient de le noter, dans le cas des cancers bronchopulmonaires, de la prostate, de la vessie et des tissus lymphatiques pour les hommes, les cancers du sein, des ovaires et des tissus lymphatiques pour les femmes. La composante régionale reste donc une caractéristique majeure de la distribution spatiale de la mortalité par cancer en France. De vastes ensembles régionaux homogènes s’opposent et varient selon chaque cancer. Ainsi, à un ensemble nord-ouest de la France caractérisé par des taux de mortalité élevés pour les cancers de l’appareil digestif s’oppose un ensemble nord-est marqué par des taux de mortalité élevés pour les cancers de l’appareil respiratoire ou de la vessie. Le centre-ouest et le sud-ouest sont des régions de plus faible mortalité. Cette structuration régionale persistante traduit l’importance des comportements régionaux, passés, dans les manières de boire ou de manger, et les rapports au corps et à la médecine…

Les inégalités géographiques persistent, mais évoluent

Toutefois, ces compositions régionales ont évolué, faisant apparaître de nouvelles oppositions régionales ou locales. L’Alsace, les villes de Bretagne ou encore les vallées alpines enregistrent ainsi les améliorations les plus nettes au niveau national, tandis que les zones rurales enclavées du centre de la France et le pourtour méditerranéen enregistrent des progrès beaucoup plus lents que le reste du territoire. Pour le Nord et la Picardie, la situation reste stable. A ces disparités interrégionales s’ajoutent des disparités intrarégionales qui ont tendance à ce renforcer. Les écarts ne cessent de se creuser entre les centres urbains et leur périphérie, tout comme les disparités intra-urbaines, notamment au sein du bassin parisien. Ces évolutions sont le reflet des mutations socio-économiques du territoire français et soulignent la nécessité de politiques sociales dans tous les domaines (logement, éducation, emploi, santé, etc.) pour réduire ces inégalités.

Enfin, pour la plupart des cancers, les disparités régionales sont plus marquées pour les hommes que pour les femmes. Cette différence peut s’expliquer par une attitude plus variable, chez les hommes, en termes de comportements à risque, de comportements préventifs ou face aux soins, les rapports au corps et à la maladie, mais aussi refléter la variabilité des expositions professionnelles. Cette spécificité masculine a toutefois tendance à s’atténuer avec le temps.

Ces données ouvrent de nombreuses pistes de recherche dans le champ de l'analyse des inégalités de santé, notamment sur leurs mécanismes sociaux et territoriaux de constitution et d’évolution. Elles donnent des indications sur les conditions sociales, économiques, culturelles à réunir pour l'amélioration des niveaux de mortalité. Elles apportent ainsi aux décideurs en santé publique des pistes de réflexion en matière de politique sanitaire et de lutte contre les inégalités de santé.

Les inégalités sociales face au cancer

Le 7 octobre dernier, se sont déroulées les Premières rencontres annuelles de l’INCa autour du thème des "Nouveaux enjeux de Plan cancer 2009-2013". Plusieurs tables rondes ont eu lieu sur les différents aspects de la politique de santé publique menée face au cancer. La première était destinée à "Mieux comprendre les inégalités sociales de santé pour mieux les combattre". En voici un extrait.

Retrouvez le compte-rendu de ces Premières rencontres annuelles de l’Inca.

Pour aller plus loin

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