Eloge de l’artisanat : Comment la recherche avance sur les syndromes myéloprolifératifs

Expression de deux gènes dans des cellules cancéreuses - © Inserm, J. Vallaudeau

Expression de deux gènes dans des cellules cancéreuses

La moelle osseuse produit en permanence l’ensemble des cellules du sang, globules rouges, globules blancs et plaquettes. Ce processus, appelé hématopoïèse, peut néanmoins être déréglé dans certaines pathologies chroniques ou tumorales. C’est dans le cas des syndromes myéloprolifératifs, qui rassemblent la polyglobulie de Vaquez, la thrombocytémie essentielle et la myélofibrose idiopathique. Les cellules sanguines prolifèrent, et ces syndromes débouchent parfois sur une leucémie aiguë.

 

Une découverte décisive sur la maladie de Vaquez

William Vainchenker, directeur de l’unité mixte de recherche 790 à l’Institut de cancérologie Gustave-Roussy, est un spécialiste internationalement reconnu de cette hématopoïèse normale et pathologique. En 2005, le travail de son équipe a permis de montrer que la maladie de Vaquez, dont la cause était vainement recherchée depuis vingt ans, résulte de la mutation récurrente d’un gène codant pour une protéine kinase (JAK2). Cette même mutation est impliquée dans la moitié des thrombocytémies et myélofibroses.
"Il s’agissait d’un travail de recherche fondamentale, fondé sur une réflexion en amont sur l’hypersensibilité aux facteurs de croissance. Pour identifier la mutation de JAK2, nous sommes partis de trois patients seulement. Cette démarche paraît ‘artisanale’ par rapport aux travaux fondés sur des grandes séries et un usage massif de la bio-informatique. Mais… nous avons montré que l’artisanat peut encore faire progresser la recherche !", commente William Vainchenker.

En six mois, une application clinique de routine

La recherche, mais aussi la santé : il a fallu à peine six mois pour que la découverte des profils alléliques de JAK2, brevetée et valorisée par la société Ipsogen, se traduise par un test désormais utilisé en routine clinique. "Il fallait auparavant réunir un faisceau d’arguments pour diagnostiquer ces pathologies. Désormais, une numération et un test génétique suffisent. Non seulement le diagnostic est simplifié, mais le pourcentage de cellules présentant la mutation aide au pronostic sur l’évolution de la pathologie", explique W. Vainchenker.
Deux essais cliniques, en phase 1 et 2-3, sont actuellement en cours pour évaluer des traitements de la maladie de Vaquez. Et voici quelques mois, l’équipe de William Vainchenker et celle d’Olivier Bernard ont fait une nouvelle avancée sur les myélodysplasies, syndromes myéloprolifératifs et leucémies myéloïdes en montrant qu’une mutation du gène TET2 est impliquée dans le développement des tumeurs malignes.
"Par rapport au monde anglo-saxon, la France accuse un net retard dans le domaine du séquençage et du traitement des données qui en résultent. Ce désavantage sera peut-être comblé, mais il peut néanmoins être une opportunité : il oblige les laboratoires académiques à travailler autrement, par une réflexion plus fondamentale sur la physiopathologie", conclut William Vainchenker.

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