Cancers et environnement

Avril 2009

La recherche est très active pour tenter de clarifier les liens entre cancer et environnement et protéger la population. Toutefois le chemin est encore long en raison des difficultés liées aux expositions combinées de durée variable ou encore pour établir des seuils de toxicité. Le Plan cancer 2009-2013 et le Plan Santé Environnement 2009-2013 se sont approprié cette problématique et ont fixé notamment des objectifs de recherche, de prévention et de réduction de l’exposition à certaines substances à risque.

L’impact de l’environnement sur la survenue de cancers est difficile à évaluer et à étudier mais ne fait plus de doute. Certains agents, chimiques, physiques ou biologiques sont classés comme cancérigènes avérés et certains types de cancers leur sont imputables. Un cancer peut résulter d’expositions simultanées, successives ou cumulées à plusieurs facteurs de risques et il peut s’écouler plusieurs dizaines d’années entre l’exposition à l’agent cancérogène et l’apparition de la maladie. La susceptibilité génétique individuelle peut également moduler les effets de l’environnement.

L’environnement suspecté dans au moins neuf types de cancers

En 2011, le nombre de nouveaux cas de cancer en France a été estimé à environ 365 500 pour les deux sexes confondus (1). Entre 1995 et 2005, les taux d’incidence (2) tous cancers confondus ont augmenté de 14 % chez l’homme et de 17 % chez la femme.

L’augmentation de l’espérance de vie et l’amélioration du dépistage ne suffisent pas à eux seuls à expliquer ces chiffres. Les modifications de l’environnement sont, entre autres, largement suspectées de contribuer à cette augmentation.

Les facteurs impliqués sont mal connus et leur imputabilité est difficile à établir en raison de la variabilité des expositions au cours de la vie d’un individu et également des facteurs de susceptibilité génétique individuels. Plus de 400 substances retrouvées dans l’environnement sont déjà classées comme cancérigènes sûrs ou probables. Certaines pourraient être mises en cause dans les cancers du sein, du poumon, de la thyroïde, du testicule, dans les hémopathies malignes, le mésothéliome, les tumeurs cérébrales et les cancers de l’enfant.

À l’échelle mondiale et selon l’OMS, 19 % de tous les cancers peuvent être attribués à l’environnement, y compris au milieu professionnel, et sont à l’origine de 1,3 million de décès chaque année.

Des facteurs subis et des facteurs de risque comportementaux

Fibre d'amiante, roche naturelle possédant une excellente résistance au feu et à la chaleur.

Fibre d'amiante

Les facteurs environnementaux sont les agents physiques (rayonnements, ondes, etc.), chimiques (métaux et leurs formes chimiques, composés organométalliques et organiques, nanomatériaux, résidus de médicaments) ou biologiques (toxines, virus) présents dans l’atmosphère, l’eau, les sols ou l’alimentation, dont l’exposition est subie. Ils peuvent être générés par la nature elle-même, la société ou encore le climat. Le tabagisme passif est par exemple un facteur subi mais pas le tabagisme actif, qui est un facteur de risque comportemental.

Les substances sont classées en trois catégories selon leur niveau de dangerosité : cancérogène avéré, probable ou possible (classification CIRC). Parmi les premiers, figurent des facteurs de risque professionnels (amiante, certains métaux, hydrocarbures polycycliques aromatiques, benzène, radiations ionisantes dont le radon...), mais également d’autres facteurs présents dans l'environnement général comme le tabagisme passif, l'arsenic, les UV ou le radon.

Quelques exemples d’agents cancérigènes

Le radon est à l'origine de décès par cancer du poumon chez les mineurs, en particulier dans les mines d'uranium. Cependant, il représente également un risque à l’échelle domestique dans certaines régions granitiques notamment. Les campagnes de mesures du radon conduites par l’IRSN ont permis d’estimer le niveau moyen annuel de radon dans l’habitat en France à 65 Bq/m3. Ainsi, 2 % des habitations nécessiteraient des actions correctrices.

La réglementation actuelle considère comme prioritaires tous les départements présentant une valeur moyenne supérieure à 100 Bq/³. Selon les estimations, le risque de cancer du poumon s’accroît de 4 % pour une augmentation de l’exposition au radon de 100 Bq/m3 au cours de la période considérée(3). Le radon pourrait également être impliqué dans les leucémies chez l'adulte et chez l'enfant.

Plusieurs études ont montré une association entre les particules fines et ultrafines présentes dans l’atmosphère et le cancer du poumon. Celles-ci forment un mélange complexe qui varie en fonction du lieu, de la taille des particules, de leur composition chimique et de la période de l'année. Elles proviennent essentiellement du trafic automobile, du chauffage et des activités industrielles. Des chercheurs estiment que 10 % des cancers du poumon dans les agglomérations françaises de Paris, Grenoble, Rouen et Strasbourg sont attribuables aux particules de diamètre inférieur à 2,5 µm.

Les rayonnements ionisants sont également à mettre en cause. Plusieurs études ont montré ou suggéré une augmentation du risque de plusieurs types de cancer (cancer du poumon, de la thyroïde, du sein, leucémie, tumeurs cérébrales) avec l'exposition aux rayons X et gamma. Les examens radiologiques répétés, dans l'enfance ou à l'âge adulte, augmentent notamment le risque de cancer du sein, et peut-être celui d'autres cancers.

Enfin, le cas des pesticides est souvent repris. Plusieurs molécules sont classées comme cancérigènes probables. Des études en populations agricoles suggèrent leur implication dans les tumeurs cérébrales et dans les cancers hormono-dépendants (cancers de la prostate, du sein, des testicules, de l'ovaire). En outre, l'utilisation domestique de pesticides, notamment d'insecticides, par la mère pendant la grossesse et pendant l'enfance a été suspectée dans les leucémies et, à un moindre degré, les tumeurs cérébrales. Toutefois, aucun pesticide en particulier n’a été incriminé dans ces études.

La population générale peut être également exposée par les aliments, l'eau de boisson, l'air intérieur et extérieur et les poussières de la maison.

Ces facteurs cancérigènes peuvent soit déclencher la maladie en provoquant des mutations sur le génome de l’hôte, soit contribuer à la prolifération de cellules tumorales dans l’organisme. La prise en compte de facteurs génétiques dans l’étude des associations cancers-environnement permet de plus en plus d’identifier des niveaux de risques différents selon les sous-groupes d’individus exposés.

Sources :
INCA : http://www.e-cancer.fr/prevention/environnement-et-cancers

Déterminer les niveaux de risque et les populations concernées

Observation au microscope de cancer du poumon humain

Observation au microscope de cancer du poumon humain

Sous l’impulsion du Plan cancer 2009-2013, plusieurs appels à projet ont vu le jour au cours des dernières années afin de caractériser les risques de cancer environnementaux et comportementaux. Le dernier en date a été lancé en 2012 par l’ITMO Cancer (Aviesan) en partenariat avec l’INCa. Le développement de ces nouveaux projets doit permettre d’examiner la part de risques environnementaux et leurs interactions avec les facteurs biologiques et socio-comportementaux. L’objectif est évidemment de mieux connaître les facteurs de risques de cancers liés à l’environnement, leur mode d’action, de limiter l’exposition à ces agents cancérigènes et de protéger la population notamment par des mesures de prévention.

Les objectifs de recherche sont nombreux :
- découvrir de nouveaux agents cancérigènes,
- mieux comprendre les mécanismes toxiques de ces substances,
- déterminer les modes d’exposition (voie orale/dermique ou inhalation),
- travailler sur les expositions combinées, les périodes critiques d’exposition et la durée d’exposition,
- détecter des populations vulnérables en fonction de leur environnement ou de leurs caractéristiques individuelles,
- ou encore développer des outils de mesure d’exposition pour évaluer des niveaux de risque intégrés sur la vie entière.

Des études de population permettent d’évaluer l’incidence de certains cancers en fonction de l’historique des expositions et des agents présents dans l’environnement (agriculteurs, enfants, femmes atteintes d’un cancer du sein). C’est le cas des cohortes E3N et NHS (voir encadré) ou du programme Geocap (voir encadré). Certains points restent cependant très difficiles à étudier, par exemple les expositions chroniques à faible doses ou encore les effets combinés de différents agents. Pour cela, la formation de grandes cohortes à l’échelle européenne, voire internationale, est indispensable pour obtenir des données fiables et détecter des risques faibles ou des cancers rares.
En outre, des travaux à l’échelle internationale sont destinés à harmoniser les niveaux de risque, en tenant compte des très nombreuses incertitudes qui interfèrent avec les données, et aboutir à une gestion des risques pertinente d’un pays à l’autre. Le programme international sur la sécurité chimique de l’OMS travaille par exemple sur une méthode permettant d’évaluer l’impact des expositions combinées à plusieurs produits chimiques.

Par ailleurs, il existe une variabilité individuelle face à ces agents cancérigènes liée en partie au patrimoine génétique de chacun. A ce titre, dans le cadre des études d’exposition, les chercheurs tentent souvent de travailler sur les interactions gène-environnement. Ceci est désormais possible grâce à l'analyse simultanée de plusieurs centaines de milliers de gènes dans les études épidémiologiques.

L’exemple des cohortes E3N et NHS
Ces études sont destinées à identifier les facteurs de risque contribuant à la survenue d’un cancer du sein. La première cohorte est française et composée depuis 1990 de femmes travaillant pour l’Éducation nationale. Les auteurs ont constaté que le risque de cancer augmente avec une exposition aux radiations ionisantes et un travail qui entraîne la perturbation des rythmes circadiens. Le rôle des composés chimiques ayant des effets œstrogéniques tels que les organochlorés et les polychlorobiphényles reste controversé.
La cohorte NHS est composée d’infirmières américaines, c’est la Nurses’ Health Study. Elle évalue l’impact des polluants organiques persistants comme les dioxines qui pourraient également présenter des propriétés œstrogéniques ou de perturbation endocrinienne. Les résultats montrent que les effets sont variables en fonction du stade de développement des glandes mammaires ou du stade hormonal.
Source : Colloque Cancer et environnement, ANSES 2011

 

L’exemple du programme Geocap
Les informations géo-référencées permettent d’évaluer l’exposition des personnes à des facteurs spécifiques en fonction des lieux d’habitation. Le programme Geocap dirigé par une équipe de l’Inserm permet notamment d’établir un lien systématique entre les lieux de vie d’enfants atteints d’un cancer et les diverses sources d’expositions présentes, notamment le radon, le trafic routier, la pollution atmosphérique, les lignes à haute tension et les centrales nucléaires. Depuis 2002, cette étude inclut tous les cas de cancers infantiles (1 700 cas par an) ainsi qu’un groupe témoin (5 000 enfants par an) représentatif de l’ensemble de la population.


Sources :
Cancer. Approche méthodologique du lien avec l'environnement (2005)
Reproduction et environnement (2011), Expertises collectives Inserm
Avis cancers et environnement, Afsset 2009
Colloque Cancers et environnement, ANSES 2011
Incidence et mortalité des cancers en France métropolitaine (Francim/Hospices civils de Lyon/INCa/Inserm/InVs), 2011


Notes :
(1) Source : Francim/Hospices civils de Lyon/INCa/Inserm/InVs 2011
(2) Taux d’incidence des cancers standardisés à la population mondiale (TSM)
(3) Fiche-repère radon et cancer 2011(INCa)

Pour en savoir plus

Actualités

Expertises collectives Inserm

Sites de référence

Revues scientifiques

Science & Santé

Notre environnement, une menace pour notre santé ? Science & Santé, N°8 Mai-Juin 2012 (PDF)

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