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Et si l’on pouvait contrôler la peur ?

19 novembre 2010

Mécanisme essentiel à la survie de nombreuses espèces, la peur est une adaptation comportementale innée ou la conséquence d'un apprentissage. Elle peut pourtant devenir parfois « irraisonnée » par anticipation d’un événement désagréable. Plusieurs équipes de recherche dont l’Unité Inserm 862 à Bordeaux "Neurocentre Magendie" viennent d’identifier trois groupes de neurones impliqués dans ces réactions d’anticipation. Prendre le contrôle des seuls neurones déclenchant une peur inconsidérée présente à leurs yeux un intérêt médical certain dans le traitement du syndrome de stress post traumatique ou des troubles anxieux sévères. Ces travaux sont publiés dans la revue Science.

Pour étudier les mécanismes mis en jeu au niveau du cerveau dans une situation de peur, des souris ont été soumises à une sonnerie suivie d’un léger choc électrique délivré au niveau de leurs pattes. Après quelques essais, les souris s’immobilisent au son émis, par crainte du choc. C’est ce que les chercheurs appellent une "peur apprise", c’est-à-dire une peur survenant par anticipation d’un événement désagréable connu.

Trois groupes de neurones responsables de la peur "apprise"

Grâce à deux techniques pointues, l’électrophysiologie qui permet d’enregistrer l’activité des neurones du cerveau au cours du comportement et l’optogénétique, sorte d’interrupteur des neurones, les chercheurs ont réussi à observer précisément les neurones impliqués dans l’apprentissage de cette peur et ont décrit les connexions existantes entre eux.

Ils ont ainsi caractérisé trois groupes de neurones jouant un rôle fondamental dans la "peur apprise". Ils sont tous situés dans l’amygdale du cerveau (voir encadré). Deux d’entre eux sont indispensables à la mémorisation du signal et sa reconnaissance. Ils émettent des signaux à un troisième groupe de neurones nécessaire et suffisant à déclencher la réaction d’immobilisation des souris.

Une étape vers des traitements contre la peur et l’anxiété

La peur « apprise » est un état naturel, un signal d’alarme qui permet d’identifier un danger et de s’y soustraire suite à une expérience désagréable rencontrée au cours de l’existence. Elle devient pathologique si elle est disproportionnée et incontrôlée. C’est le cas chez les personnes souffrant de troubles anxieux sévères ou de syndrome de stress post traumatique. Un simple stimulus évoquant un traumatisme ancien peut alors engendrer une terreur.

A ce titre, ces travaux ont une portée médicale évidente ; "ils permettent d’envisager de prendre le contrôle sur les neurones qui déclenchent des réactions de peur inconsidérées" explique Cyril Herry, l’un des auteurs de l’étude. "En outre, l’identification de ces neurones permet déjà de caractériser des marqueurs moléculaires et ainsi d’envisager le développement de nouvelles molécules pour traiter ces différentes pathologies".

L’amygdale, siège de la "peur apprise"
L’amygdale n’est pas seulement la formation lymphoïde située au fond de la gorge et qui déclenche des angines à répétition. Il s’agit également d’une zone importante du cerveau. Elle est située dans le lobe temporal impliqué dans des fonctions cognitives, dont l’audition, la mémoire, la vision et le langage. Elle présente de nombreuses afférences avec d’autres zones du cerveau (hypothalamus, lobe olfactif...). Son rôle dans la peur « apprise » est connu depuis plusieurs années.

Source

“Encoding of conditioned fear in central amygdala inhibitory circuits”
Ciocchi et coll. Science, 11 Novembre 2010

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