Combadière C., et al. J Clin Invest 2007, 117: 2920-8
Les personnes atteintes de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) se plaignent d’une tache sombre au centre de leu champ de vision, qui les gêne dans la perception des couleurs et des détails. Environ 15 % des personnes âgées de 80 ans sont actuellement atteintes de la DMLA. Avec une évolution plus ou moins rapide vers la cécité, cette pathologie liée au vieillissement de la population est un problème majeur de santé publique. Les symptômes de la DMLA proviennent d’une dégénérescence de la partie centrale de la rétine, la macula, aggravée par la formation de nouveaux vaisseaux sanguins (néovascularisation) au niveau de l’œil, qui peuvent déclencher des hémorragies sous-rétiniennes et accélérer l’évolution vers la cécité. Les recherches et les traitements actuels, qui s’efforcent d’inhiber cette néovascularisation, ont tendance à négliger l’aspect dégénératif de la maladie. Les causes de cette maladie sont encore peu connues, mais l’âge et l’histoire familiale sont les principaux facteurs de prédisposition à la DMLA. À ce jour, quelques gènes de susceptibilité ont été identifiés, notamment des variations dans le gène codant pour le facteur H (FCH) qui pourraient rendre compte de 20 % à 50 % des cas de DMLA. L’identification de ces gènes devrait permettre d’améliorer le dépistage des personnes à risque et de proposer de nouveaux axes thérapeutiques.
Dans ce contexte, l’équipe de Christophe Combadière, de l’unité Inserm 543 (Paris), a démontré, en collaboration avec Florian Sennlaub (unité Inserm 872, Paris), qu’un polymorphisme du gène codant pour un récepteur de chimiokine, le CX3CR1(CX3C chemokine receptor 1), est associé au développement de la maladie. Ce récepteur participe au recrutement de certaines cellules immunitaires, venant de la circulation sanguine, vers un tissu agressé. Chez les individus porteurs des allèles variants de CX3CR1, le recrutement est altéré, et leur susceptibilité à certains phénomènes inflammatoires périphériques est modifiée, comme cela a précédemment été décrit dans le cas de l’athérosclérose.
Cependant, contrairement à ce qui est observé pour l’inflammation extérieure à l’œil, des cellules immunitaires spécifiques, les cellules microgliales, s’accumulent dans la rétine externe, qui abrite les photorécepteurs. Ce dysfonctionnement a été simulé chez l’animal, grâce à des souris portant une invalidation du gène codant pour CX3CR1. Comme chez les malades, une accumulation de cellules microgliales a été observée dans la couche des photorécepteurs au cours du vieillissement et dans des conditions de stress. Après une phagocytose excessive des photorécepteurs, les cellules microgliales gonflent, s’agrègent et finalement, lors d’examen du fond d’œil, apparaissent comme des taches blanches très similaires aux drusens observés chez les patients. Plus étonnant encore, ces cellules microgliales détruisent la rétine externe et mènent alors à une véritable dégénérescence. De plus, leur présence augmente significativement le développement des néovascularisations. Cette découverte du rôle central des cellules microgliales rétiniennes dans le développement de la DMLA ouvre de nouvelles possibilités thérapeutiques, reposant sur l’inhibition de l’accumulation de cellules microgliales, pour ce qui reste la principale maladie cécitante en France.
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