Allergie cutanée sans allergène

Briot A, et al. J Exp Med 2009 206 : 1135-47

Le syndrome de Netherton est une maladie génétique rare et sévère, caractérisée par une desquamation excessive et des allergies multiples. Une équipe de chercheurs dirigée par Alain Hovnanian (unité Inserm 563, Université Paul-Sabatier, Toulouse) avait déjà montré que cette maladie était due à des mutations du gène SPINK5, codant pour la protéine LEKTI (lympho-epithelial Kazal-type related inhibitor), un inhibiteur de protéases. L’absence de LEKTI entraîne le détachement prématuré de la dernière couche de l’épiderme, la couche cornée, par perte de contrôle de l’activité des protéases impliquées dans la desquamation. Les patients se retrouvent privés de leur barrière cutanée, ce qui les expose à une déshydratation rapide en période néonatale et à la pénétration de bactéries et d’allergènes. L’équipe vient de démontrer que l’initiation des réactions allergiques cutanées chez les patients est en fait indépendante de la perte de la fonction barrière. Une des protéases incontrôlées de la desquamation, la kallikréine 5 (KLK5), joue un double jeu et induit la production d’une cytokine spécifique de l’allergie, TSLP (thymic stromal lymphopoietin). Cette dernière active le système immunitaire de la même façon que le ferait l’entrée d’un allergène à travers la peau, mais en l’absence de tout stimulus exogène. Ces travaux démontrent ainsi pour la première fois qu’un défaut de contrôle de l’activité d’une protéase peut entraîner à lui seul la réaction allergique cutanée observée chez les patients. Ils établissent aussi un lien direct entre le déséquilibre protéase-inhibiteur et l’initiation des phénomènes allergiques, indépendamment de la perte de la fonction de barrière cutanée.

Détection par immunofluorescence de la cytokine TSLP dans l’épiderme d’un patient atteint du syndrome de Netherton ;

Détection par immunofluorescence de la cytokine TSLP dans l’épiderme d’un patient atteint du syndrome de Netherton

Cascade aboutissant aux phénomènes allergiques dans le syndrome de Netherton ; La KLK5 active une cascade de signalisation pro-inflammatoire et proallergique, indépendamment des stimuli environnementaux. En l’absence de LEKTI, la KLK5 hyperactive clive le récepteur PAR2 à la surface des kératinocytes, induisant la production de TSLP, d’IL8 et de TNFα. En parallèle, la KLK5 dérégulée dégrade les desmosomes à l’interface entre la couche granuleuse et la couche cornée, entraînant le détachement de cette dernière et la sécrétion d’IL1β, d’IL8 et de TNFα par les kératinocytes stressés mécaniquement. Ces cytokines pourraient induire la production des chimiokines TARC et MDC qui recrutent les lymphocytes spécifiques des réactions allergiques. La sécrétion de ces médiateurs conduit au recrutement et à l’activation de cellules du système immunitaire inné, les polynucléaires éosinophiles et les mastocytes. TSLP est capable d’activer les cellules de Langerhans résidant dans l’épiderme. Celles-ci migrent alors vers les organes lymphoïdes drainant la peau, dans lesquels elles vont promouvoir la différenciation des lymphocytes T naïfs en lymphocytes T de type Th2. Les kératinocytes activés, les polynucléaires éosinophiles et les mastocytes créent ainsi un microenvironnement cutané de type allergique, favorisant le développement de lésions de type dermatite atopique chez les patients atteints du syndrome de Netherton.

Cascade aboutissant aux phénomènes allergiques dans le syndrome de Netherton

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