Les cellules souches embryonnaires (ES) humaines

Ces dernières décennies ont vu les recherches sur les cellules souches embryonnaires (ES) humaines se développer considérablement. En effet, ces cellules ne cessent de susciter l’intérêt des chercheurs, notamment pour leur immense potentiel thérapeutique. L’Inserm et les chercheurs français ne font pas exception à la règle et tentent de se faire une place dans ce domaine.

© Inserm, Y. Laâbi/AbCys - Colonie de cellules souches embryonnaires

Colonie de cellules souches embryonnaires

Il y a tout juste dix ans, une lignée de cellules souches embryonnaires (ES) humaines était réalisée pour la première fois au monde par une équipe américaine (1). Depuis lors, les recherches menées sur les cellules ES humaines n’ont cessé de se développer, en raison notamment des enjeux thérapeutiques considérables qu’elles suscitent. Néanmoins, l’épanouissement de ce domaine de recherche a dû faire face à un obstacle majeur sur son parcours : la législation, qui interdisait, dans de nombreux pays, l’accès aux cellules d’embryons humains dits "surnuméraires", issus de la fécondation in vitro et voués à la destruction. En France, les chercheurs ont dû attendre fin 2004 pour obtenir les dérogations nécessaires pour pouvoir travailler sur les cellules embryonnaires humaines. Depuis, plusieurs équipes se sont formées et ont développé différents projets, avec l’envie de rattraper le retard accumulé par la France ces dernières années.

Pourquoi travailler sur des cellules ES ?

Les cellules souches embryonnaires proviennent de l’embryon humain aux tout premiers stades de son développement, quelques jours seulement après la fécondation. Ces cellules sont dites "pluripotentes" : elles peuvent se répliquer indéfiniment (autorenouvellement), proliférer en culture et se différencier en plus de 200 types de tissus. Au cours du développement, elles ont vocation à former tous les tissus de l’organisme. C’est notamment sur cette capacité que reposent les espoirs actuels en termes d’applications biologiques et médicales. Elles pourraient en effet constituer un réservoir permanent de cellules pour réparer les organes malades ou endommagés. Dans certains cas, elles pourraient même remplacer la greffe d’organes.

© Inserm, L. Audinet - I−Stem, unité Inserm 861

I−Stem, unité Inserm 861

Mais qu’en est-il des cellules souches adultes ? N’ont-elles pas autant de potentiel que les cellules ES ? L’interdiction législative et les nombreux débats éthiques sur les cellules ES ont poussé les chercheurs à travailler intensément sur les cellules souches adultes. Présentes dans la plupart de nos tissus, ces cellules sont dites "multipotentes". Elles sont également capables de s’autorenouveler et de se différencier en plusieurs autres types de tissus, mais elles sont déjà engagées dans une certaine direction. Elles sont déjà déterminées. Par exemple, les cellules hématopoïétiques des mammifères donnent des globules rouges, des plaquettes, des lymphocytes T ou B, des macrophages, mais elles ne peuvent pas donner des cellules musculaires. Les cellules souches adultes offrent donc un potentiel plus restreint que les cellules ES.

Les chercheurs plaçaient cependant beaucoup d’espoir dans les cellules souches adultes, d’autant que leur utilisation ne pose aucun problème éthique. Mais, au cours des dix dernières années, les travaux menés ont montré leurs limites. Dans les essais de thérapie cellulaire, leur efficacité s’est révélée faible, voire nulle. Tout d’abord, les cellules souches adultes sont peu accessibles et donc peu disponibles. Elles ne se remettent pas en fonction lorsque l’organe est altéré, sauf dans le cas de certains tissus gardant une bonne capacité de prolifération, comme les muscles ou le foie. Et surtout, elles ne sont pas aussi multipotentes qu’on l’espérait initialement, leur capacité de différenciation n’est pas aussi bonne qu’on le pensait.

Pour toutes ces raisons, les scientifiques reviennent aujourd’hui vers les cellules ES.

Des applications porteuses d’espoirs

© Inserm, L. Audinet - I−Stem, unité Inserm 861

I−Stem, unité Inserm 861

La thérapie cellulaire est certainement le champ d’application le plus attrayant, avec des enjeux médicaux considérables. Quel médecin n’a jamais espéré pouvoir réparer entièrement les tissus endommagés de ses patients ? Cette médecine régénérative pourrait se substituer à terme aux traditionnelles greffes d’organes.

Mais la recherche sur les cellules ES humaines permet également de progresser dans la connaissance du développement humain. Grâce au criblage de génomique fonctionnelle et au criblage pharmacologique, les chercheurs espèrent notamment mieux comprendre le développement de certaines maladies génétiques et identifier les molécules susceptibles de restaurer un développement normal. Par ailleurs, l’étude des mécanismes altérant l’autorenouvellement des cellules ES pourraient à terme permettre d’élucider certains mécanismes moléculaires à l’origine de la formation des tumeurs.

Enfin, il existe un autre champ d’application émergeant des cellules ES humaines : la toxicologie prédictive. L’objectif est de développer des lignées de cellules ES afin de les utiliser pour des tests cellulaires in vitro. Elles permettraient alors de prédire les éventuels effets délétères de substances chimiques et d’identifier les risques pour la santé humaine, mais aussi d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de molécules à visée thérapeutique. Avec un objectif : limiter l’expérimentation animale.

Plusieurs équipes de l’Inserm s’intéressent à ces différents champs d’application. Dans ce dossier, certaines d’entre elles nous présentent leurs travaux, afin d’illustrer et de mieux saisir tous les enjeux et les espoirs placés dans les cellules ES humaines.

Pour terminer, un retour est nécessaire sur la loi de bioéthique votée en 2004, et encadrant les recherches sur les cellules embryonnaires, afin de mieux comprendre le cadre très strict dans lequel sont menés ces travaux en France. Une réforme de la législation étant prévue, on peut également se demander ce que les chercheurs peuvent espérer pour l’avenir.

Note :
(1) : Thomson JA, et al. Embryonic stem cells lines derived from human blastocysts. Science 1998 ; 282 : 1145-7.

Pour aller plus loin

Les associations de malades

Inserm-Associations - la base Inserm Associations

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Marc Pechanski - Cellules souches : des organes en kit ?
Conférence du 2 mars 2004 à la Cité des Sciences (Paris)

Mars 2012

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