La flore intestinale est impliquée dans la genèse du syndrome métabolique

Cani P.D., et al. Diabetes 2007, 56: 1761-72

Plus de 6 millions de personnes diabétiques sont diagnostiquées chaque année dans lemonde. Si des facteurs nutritionnels, sociaux et génétiques sont clairement impliqués dans l’évolution de cette « pandémie », ils ne peuvent, à eux seuls, l’expliquer. Il est une composante essentielle de l’organisme impliquée dans le maintien de l’homéostasie, et avec laquelle la physiologie de l’espèce humaine évolue depuis des millions d’années : la flore bactérienne. Parmi les quelque mille milliards de bactéries peuplant l’intestin, certaines sont étroitement impliquées dans la digestion, c’est le cas ,notamment, des bactéries transformant les aliments indigestibles, telles que les fibres alimentaires, en composés absorbés par l’intestin (travaux de J.I. Gordon, aux États-Unis).
L’équipe de Rémy Burcellin, de l’unité Inserm 858 (Toulouse), a, quant à elle, suggéré,en collaboration avec Jacques Amar (unité Inserm 558, Toulouse), que les lipopolysaccharides (LPS) de la paroi des bactéries digestives passeraient dans le courant sanguin en proportion de la quantité de graisse ingérée, et déclencheraient alors une réaction inflammatoire, elle-même responsable de troubles métaboliques. Cette hypothèse a émergé de l’analyse des relations, décrites au sein de la population MONICA-Toulouse, entre le principal récepteur du LPS, le récepteur CD14, et l’un des éléments du syndrome métabolique,la rigidité artérielle. Expérimentalement, la concentration en LPS augmente effectivement dans le sang de souris après un repas riche en graisse, un phénomène également observé chez l’homme lors de l’analyse récente de la population MONICA-Toulouse. De plus, la perfusion de faibles doses de LPS induit une hyperglycémie, une augmentation du poids du tissu adipeux et une insulinorésistance. Ces effets sont spécifiques, puisque les animaux dépourvus du gène codant pour CD14 ne présentent ni trouble du métabolisme, ni inflammation. Le LPS devient ainsi le premier facteur ,issu de la flore bactérienne intestinale identifié comme responsable d’une prédisposition au développement du diabète et de l’obésité. L’équipe de Rémy Burcelin s’efforce désormais d’identifier les groupes bactériens responsables de la sensibilité ou de la résistance au développement des désordres métaboliques, ainsi que les régulations endocriniennes et moléculaires impliquées dans l’action délétère du LPS. Avec, à terme, l’ambition de déterminer comment la manipulation de la flore intestinale, par des approches nutritionnelles ou directement probiotiques, pourrait réduire l’impact d’une alimentation riche en graisse sur les désordres métaboliques.

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