Professeur de cancérologie biologique, dans l’unité d’oncologie moléculaire et de pharmacogénétique à l’hôpital européen Georges-Pompidou et directeur de l’unité Inserm UMR S775, Pierre Laurent-Puig travaille sur les anticancéreux. Son laboratoire analyse le métabolisme des xénobiotiques, c’est-à-dire des substances étrangères à l’organisme et de faible poids moléculaire, dont les médicaments. "Pour traiter les cancers digestifs et les cancers pulmonaires, sur lesquels je travaille, nous utilisons des médicaments présentant une faible marge entre efficacité et toxicité. Au sein de cette fenêtre thérapeutique étroite, l’enjeu est de connaître le médicament le plus efficace et moins toxique", explique-t-il.
La biomédecine du cancer doit désormais prendre en compte le génome du patient, et les caractéristiques de la tumeur elle-même. L’équipe du Pr Laurent-Puig a ainsi été la première a montré que les mutations d’un gène (KRAS) dans les tumeurs digestives sont prédictives de la réponse aux thérapeutiques à base d’anticorps monoclonaux ciblés sur l’EGFR (un facteur de croissance des tissus épithéliaux). "Les conséquences sont très concrètes, souligne le chercheur. Par voie réglementaire, l’Agence européenne de médecine a posé que les praticiens ne peuvent prescrire un anti-EGFR que chez les patients ne présentant pas de mutations KRAS. Pour le cancer du côlon, on est ainsi passé d’un taux de réponse 10-20 % à un taux de 50 % pour ce sous-groupe de patients."
Cet exemple n’est pas isolé. Pour les cancers du poumon, on ne prescrit le gefitinib (un inhibiteur de tyrosine kinase) que sur les patients présentant des mutations du récepteur à l’EGF favorables à la réponse à ce traitement. Et le taux de réponse, de l’ordre de 10 %, a effectivement bondi à 70 %. De tels progrès sont obtenus parce qu’au sein des essais cliniques, un nombre croissant de patients acceptent de s’inscrire dans ce que l’on appelle les études ancillaires, ayant pour but d’évaluer l’efficacité relative des traitements selon les caractéristiques biologiques des patients.
Inégalités génétiques et épigénétique du cancer expliquées par Jörg Tost, Responsable de l'équipe épigénétique du Centre national de génotypage (CNG)
Pour les chercheurs, les médecins et surtout les malades, l’accélération du transfert des connaissances de la recherche vers la thérapeutique est donc un défi de première importance. "Grâce au Plan cancer et aux iniatives de l’INCa, souligne Pierre Laurent-Puig, nous avons développé des plateformes de génétique somatique des tumeurs solides ayant permis une transposition de plus en plus rapide à la clinique. Et la recherche translationnelle, c’est avant tout cela : qu’une avancée de la recherche procure un bénéfice pour le patient.
Inserm UMR S775, Bases moléculaires de la réponse aux xénobiotiques
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