Zucman-Rossi J, et al. Hepatology 2006 ; 43 : 515-24
Les progrès de l’imagerie médicale ont amélioré le diagnostic des tumeurs bénignes du foie, et notamment des adénomes. Cependant, l’attitude thérapeutique à adopter devant ces tumeurs reste aujourd’hui non résolu : faut-il en pratiquer l’ablation, ou une simple surveillance suffit-elle ? La réponse est difficile à donner, car si l’exérèse évite bien le risque de transformation maligne, ce geste chirurgical n’est pas dénué de risque lorsque l’adénome est peu accessible.
L’étude rétrospective de 96 adénomes a permis au groupe de Jessica Zucman-Rossi (unité Inserm 674, Paris) de dégager des corrélations entre le phénotype (description histologique) et le génotype (étude de l’ADN cellulaire) tumoral, et de proposer une classification moléculaire de ces adénomes afin de préciser le risque qu’ils dégénèrent et, à terme, de mieux évaluer la balance bénéfice/risque de l’intervention chirurgicale.
L’étude de la collection d’adénomes a permis de mettre en évidence trois classes de tumeurs : celles portant des mutations du gène HNF1 (hepatocyte nuclear factor 1α) qui, bien que les plus fréquentes (près 50 % des cas), ont un faible risque de transformation maligne ; celles portant une mutation activatrice de la β-caténine, plus rares, mais au potentiel de transformation 7 fois plus élevé (près de la moitié de ces tumeurs deviennent cancéreuses), et pour lesquelles l’option d’une intervention chirurgicale, même lourde, devrait donc être privilégiée ; enfin, et dans 40 % des cas environ, celles où aucune anomalie moléculaire n’a pu être détectée, mais qui pouvaient être distinguées en fonction de la présence ou non d’un infiltrat inflammatoire. Pour les adénomes dénués d’anomalie moléculaire et d’infiltrat inflammatoire, une surveillance simple peut être envisagée, puisque aucun d’entre eux n’a pu être associé à un hépatocarcinome. Bien entendu, le bien-fondé de cette classification est appelé à être confirmé sur un nombre plus important de cas.
Haut de page