Selon les autorités sanitaires allemandes, plus d'un millier de personnes en Allemagne et en Europe auraient été infectées en ingérant des aliments contaminés par un sous-type de la bactérie E. coli appelé entéro-hémorragique (ECEH). Retour sur le profil de cette bactérie à l’origine de complications graves : le syndrome hémolytique et urémique (SHU).
Epidémie d’infections à Escherichia coli producteurs de shiga-toxines en Allemagne, mai-juin 2011
Point au 3 juin 2011 (Institut de veille sanitaire)
Entretien avec le Pr Erick Denamur, professeur de biochimie à la Faculté Paris Diderot et directeur de l’Unité Inserm 722 "Ecologie et évolution des microorganismes"
Les E. coli (ou colibacilles) sont normalement des bactéries intestinales dites commensales, c’est-à-dire inoffensives pour l’homme lorsqu’elles restent cantonnées au tube digestif. On les trouve en grande quantité, de l’ordre de 100 millions à un milliard par gramme, dans les selles des hommes et des vertébrés. Elles sont également présentes secondairement dans l’eau et les sédiments. La souche E. coli entéro-hémorragique, qui est hébergée par les ruminants, n’est pas pathogène pour eux mais peut se retrouver dans l’eau et être transmise à l’homme par ingestion de viande ou d’aliments contaminés tels que les légumes et l’eau.
Dans les souches pathogènes, il existe une toxine, dite toxine de Shiga, qui agit sur un récepteur présent à la surface des cellules humaines. E. coli entéro-hémorragique n’est pas pathogène pour les ruminants car ils ne possèdent pas ce récepteur spécifique. La bactérie pénètre chez l’Homme par la voie orale, puis dans l’intestin, se multiplie et produit la toxine. Il s’ensuit une diarrhée sanglante et le passage de la toxine dans le rein, avec, dans 5 à 8% des cas, une destruction des globules rouges et la survenue d’une insuffisance rénale.
La particularité de cette souche décrite récemment en Allemagne est d’être très virulente et de toucher essentiellement des femmes de plus de 18 ans, alors que les autres E. coli entéro-hémorragiques atteignent préférentiellement les enfants. Cette souche, de type O104:H4, n’est pas une souche classique mais avait toutefois déjà été mise en évidence en Allemagne en 2001.
Ce n’est pas simple car l’administration d’antibiotiques libère probablement la toxine dans l’organisme. Les traitements sont plutôt symptomatiques de la diarrhée, avec en parallèle une épuration de la toxine dans le sang.
Les bactéries, et notamment les colibacilles, restent globalement une menace pour l’homme, notamment grâce à des adaptations permanentes de leur génome et une résistance accrue aux antibiotiques. E. coli est responsable de 2 millions de morts dans le monde chaque année, sous forme de diarrhées ou de pathologies extra-intestinales telles que les septicémies. En France, la septicémie à colibacille induit toujours un taux de mortalité de 15% mais on en parle peu. Ce qui marque les esprits dans cette épidémie de E. coli entéro-hémorragique, c’est l’origine extérieure de la contamination et le fait qu’elle touche majoritairement des femmes adultes.
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