20 septembre 2011
Les études précédentes sur la dépression suggèrent que les individus qui ont une position socioéconomique défavorisée (telle que mesurée par la position socio-professionnelle par exemple), ont des taux élevés de dépression. Dépression passagère ou dépression durable? Le lien établi jusqu'alors entre la dépression et la position socioéconomique ne permettait pas de le savoir. Pour préciser ce lien, l'équipe de Maria Melchior, chargée de recherche à l'Inserm, a analysé les trajectoires de dépression des participants de la cohorte GAZEL qui regroupe depuis 1989 des employés d'EDF/GDF.
Les chercheurs de l'unité Inserm 1018 ont identifié 4 trajectoires de dépression possibles grâce aux évaluations menées durant le suivi, sur une période de 13 ans, entre 1996 et 2008, de 12650 participants (hommes et femmes) de la cohorte GAZEL :
Les chercheurs ont étudié les profils des personnes développant une dépression et concluent que la trajectoire de dépression semble suivre un gradient socioéconomique qui dépend du statut professionnel, de manière très significative pour la dépression de type persistant, c'est-à-dire chronique ou caractérisée par des épisodes à répétitions.
"Les personnes qui travaillent dans une catégorie socioprofessionnelle intermédiaire ou faible auraient jusqu' à 4,5 fois plus de risques de développer une dépression qui dure au long cours que les plus hautes catégories socioprofessionnelles" explique Maria Melchior, chargée de recherche à l'Inserm.
L'équipe a également analysé les données des participants associées à chaque trajectoire afin de tester si le lien entre position socioéconomique et dépression est expliqué par l'effet de facteurs personnels tels que l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle, la situation familiale, l’état de santé général (antécédents de problèmes de santé psychologiques, problèmes de santé physiques), des évènements de vie, la consommation de tabac et/ou d'alcool.
Il s'avère que les facteurs personnels participent au gradient socioéconomique de dépression de manière distincte chez les hommes et les femmes. Les résultats suggèrent que chez les hommes, ces facteurs ont un moindre impact sur le gradient socioéconomique de dépression que chez les femmes (18 % pour les hommes et 48 % pour les femmes).
Les chercheurs suggèrent que les efforts pour réduire la dépression devraient répondre davantage aux besoins en santé mentale de différents groupes sociaux et ne pas cibler exclusivement les groupes à risque (déterminés selon le sexe, les antécédents médicaux, les problèmes de santé particuliers…).
Sources
"Socioeconomic position predicts long-term depression trajectory: a 13-year follow-up of the GAZEL cohort study"
Maria Melchior, Sc.D1,2, Jean-François Chastang, Ph.D.1,2, Jenny Head, M.Sc.3, Marcel Goldberg, M.D., Ph.D.1,2, Marie Zins M.D.1,2, Hermann Nabi, Ph.D.1,2, Nadia Younès M.D., PhD.,4
1. Inserm U1018, Centre for research in Epidemiology and Population Health, Epidemiology of occupational and social determinants of health, F-94807, Villejuif, France
2. Université de Versailles Saint-Quentin, UMRS 1018, France
3. International Institute for Society and Health, Department of Epidemiology and Public Health, University College London Medical School, London, United Kingdom
4. Université de Versailles Saint-Quentin EA 4047, Centre Hospitalier de Versailles, 177 route de Versailles, 78150 Le Chesnay, France.
Molecular Psychiatry, 20 septembre 2011
Contact chercheur
Maria Melchior
Chargée de recherche Inserm
Unité Inserm 1018 - Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des Populations
Epidémiologie des déterminants professionnels et sociaux de la santé
Hôpital Paul Brousse Villejuif
Tel : 01 77 74 74 27
Contact presse
Juliette Hardy
Tél. : 01 44 23 60 98
La cohorte GAZEL
Mise en place en 1989, GAZEL (cohorte Inserm/EDF -Gaz de France) est une vaste cohorte composée à l’origine de 20 624 agents d’EDF-GDF volontaires (15 010 hommes et 5 614 femmes), âgés de 35 à 50 ans et qui sont suivis de façon prospective depuis cette date (Zins et al, 2009).
Les déterminants sociaux de santé
Selon l’OMS, les déterminants sociaux de la santé sont "les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie".
Consulter les données de l’OMS
Repères en épidémiologie
L’Inserm a décidé de réaliser un document d’aide à la "traduction" de notions courantes et parfois complexes de l’épidémiologie, définies et illustrées à l’aide d’exemples concrets.
Consulter "Repères en épidémiologie"
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