03 mai 2011
Depuis quelques années, les chercheurs en psychiatrie s’attachent à mettre en évidence des anomalies cérébrales (structurales ou fonctionnelles) associées à une vulnérabilité aux comportements suicidaires et cela indépendamment des autres troubles psychiatriques co-existants. Le corps calleux (CC), la principale commissure reliant les hémisphères cérébraux, est constitué de nombreuses fibres nerveuses et a un rôle pivot dans l’intégration des informations et leur traitement. Cette zone a fait l’objet de plusieurs études montrant des liens entre des anomalies structurales du CC et des pathologies neuropsychiatriques (maladies neurodégénératives, autisme, schizophrénie, troubles bipolaires…) sans que le lien de cause à effet ne soit démontré.
© Reproduit avec la permission d’Elsevier à partir de l’article « Suicidal behavior is associated with reduced corpus callosum area », par Sylvaine Artero, Biological Psychiatry, 2011
Les 3 parties du corps calleux : en vert, la partie postérieure. Images obtenues grâce à l’imagerie par résonnance magnétique (IRM)
Sylvaine Artero, chargée de recherche Inserm en collaboration avec l’équipe du Pr Philippe Courtet et des chercheurs australiens, viennent de mettre en évidence pour la première fois un lien entre une atrophie de la partie postérieure du corps calleux (CC) et les comportements suicidaires.
Pour parvenir à ce résultat, l’équipe a comparé les mesures du CC de 435 sujets âgés de 65 ans et plus issus de la cohorte ESPRIT (recrutés de 1999 à 2001).
Les chercheurs ont répartis les personnes en trois groupes suivant leur profil :
Ils ont démontré, grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), que la partie postérieure du CC était significativement plus petite chez les suicidants (219,5 mm2) par rapport aux témoins sains (249,5 mm2) mais aussi aux témoins dépressifs (245,5 mm2). Cette étude démontre l’existence d’anomalies structurales du corps calleux associées aux comportements suicidaires chez des sujets âgés, concluent les chercheurs. Cependant, les auteurs de l’étude mettent en garde quant à la signification de cette association : "La relation de cause à effet entre une atrophie du CC et la survenue de comportements suicidaires reste encore à être confirmée par la mise en évidence des mécanismes cellulaires impliqués dans cette relation" précise Sylvaine Artero.
En s’appuyant sur de précédentes études, les chercheurs émettent l’hypothèse d’un rôle possible du CC dans les mécanismes fonctionnels entrainant des conduites suicidaires. "L’atrophie du corps calleux pourrait contribuer à une connectivité inter-hémisphérique anormale et conduire à des dysfonctionnements des régions cérébrales impliquées dans les mécanismes des troubles de l’humeur incluant des anomalies cognitives comme des déficits dans la résolution de problèmes" suggère Sylvaine Artero.
L’équipe envisage de généraliser ce premier résultat, notamment par l’étude de la taille du CC de sujets plus jeunes. Pour les chercheurs, la confirmation de cette observation structurale dans d’autres populations désignerait le CC comme un des biomarqueurs potentiels de la vulnérabilité aux conduites suicidaires et ouvrirait la voie à de nouvelles études qui porteraient sur les mécanismes physiopathologiques.
Notes
(1) Pour toute demande de reproduction, contacter Elsevier
(2) Suicidants: Personnes ayant déjà fait une tentative de suicide
Suicidal behavior is associated with reduced corpus callosum area
Cyprien Fabienne1,2,3, Courtet Philippe1,2,3, Malafosse Alain1,4, Maller Jerome 5, Meslin Chantal 6, Bonafé Alain 2,3, Le Bars Emmanuelle 2,3, Menjot de Champfleur Nicolas 2,3 , Ritchie Karen1,2,7, Artero Sylvaine1,2.
(1) Inserm, U1061, La Colombière Hospital, Montpellier, F-34093, France;
(2) University of Montpellier 1, Montpellier, F-34000, France;
(3) CHRU Montpellier, Montpellier, France;
(4) Department of Psychiatry, University of Geneva, CH-1211, Switzerland;
(5) Monash Alfred Psychiatry Research Centre, The Alfred & Monash University School of Psychology and Psychiatry, Melbourne, Australia;
(6) Centre for Mental Health Research, Australian National University, Canberra, Australia;
(7) Faculty of Medicine, Imperial College, St Mary’s Hospital, London, United Kingdom.
Biological Psychiatry 2011, online le 02 mai
Sylvaine Artero
Unité Inserm 1061 - Neuropsychiatrie : Recherche épidémiologique et clinique
Equipe "Pathologies neuropsychiatriques : recherche épidémiologique et clinique"
Tel : 04 99 61 45 68
Juliette Hardy
01 44 23 60 98
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