VIH/Sida : une maladie moins visible mais des croyances qui persistent

29 novembre 2011

A la veille de la journée mondiale contre le sida, les premiers résultats en Ile-de-France de l’enquête 2010 sur les connaissances, les attitudes, les croyances, et les comportements de la population générale adulte face au VIH viennent d’être rendus publics. Moins craint qu’auparavant car perçu comme une maladie chronique, le VIH/sida semble s’éloigner progressivement des préoccupations des Franciliens de moins de 30 ans. Un nouvel enjeu pour les campagnes de prévention.

Les premiers résultats de l’enquête KABP (1) réalisée en 2010 indiquent que les évolutions déjà observées lors de la précédente enquête de 2004 se poursuivent, en Ile-de-France comme au niveau national, avec notamment des spécificités qui s’accentuent chez les jeunes.

Globalement, les Franciliens ont une bonne connaissance des modes de transmission et de protection du VIH mais pour la première fois en 2010, en Ile-de-France comme en France, ce sont les jeunes de 18-30 ans qui maîtrisent le moins bien les mécanismes de transmission et de protection. Ils sont ainsi en 2010 toujours aussi nombreux qu’en 2004 à penser à tort que le virus peut se transmettre “par une piqûre de moustique” (21%), “dans les toilettes publiques” (13%) ou encore “en buvant dans le verre d’une personne contaminée” (6%).

Les attitudes à l’égard des personnes séropositives sont toujours favorables : plus de 90% acceptent de travailler, d’aller manger ou de partir en vacances avec elles. Toutefois, moins de 20% des répondants auraient des relations sexuelles protégées avec une personne séropositive.

En termes de prévention, les Franciliens continuent d’adopter des mesures à l’égard du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST). On observe même, comme dans l’enquête nationale, un recours plus fréquent au test de dépistage du VIH dans les 12 mois.

Un contexte épidémiologique et social différent

Certains indicateurs interrogent pourtant sur la perception du préservatif en tant qu’outil de prévention, notamment de la part des jeunes, traduisant un éloignement du sida de leurs préoccupations. Ils sont ainsi depuis 1998 de moins en moins nombreux à considérer le préservatif "tout à fait efficace" et à l’inverse de plus en plus pensent que la transmission du virus est possible lors de rapports sexuels avec un préservatif.

"Les jeunes âgés entre 18 et 30 ans, nés entre 1980 et 1992, ont commencé leur sexualité après l’arrivée en 1996 des antirétroviraux, dans un contexte épidémiologique et social du sida différent de celui de leurs aînés" précisent les auteurs, "or, leur niveau de connaissance continue de baisser depuis 1998, alors qu’il augmente parmi les 45-54 ans. Ils sont même, pour la première fois en 2010, ceux qui maîtrisent le moins bien les mécanismes de transmission et sont de moins en moins nombreux à connaître un proche séropositif."

D’autres indicateurs semblent suggérer que le VIH n’est plus aujourd’hui l’enjeu principal des comportements de prévention. Ainsi, le sida fortement craint pour soi même dans les enquêtes précédentes l’est aujourd’hui autant que les autres IST.

L’ensemble de ces résultats franciliens se retrouve dans l’enquête nationale. Cette proximité à la maladie plus faible chez les jeunes "traduit certainement une moindre visibilité ou un moindre intérêt pour cette maladie." Une tendance qui semble s’accentuer depuis la dernière enquête de 2004.

"ll apparaît aujourd’hui nécessaire de mieux comprendre les mécanismes préventifs mis en place par les jeunes, afin de leur offrir une information sur la contraception et la prévention qui tienne compte de leurs représentations et de leur mode de vie" concluent les auteurs de l’enquête KABP.

L’enquête KABP est financée par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), la Direction générale de la santé (DGS) et l’Institut de recherche en santé publique (IReSP), sous la responsabilité scientifique de l’Observatoire régional de santé (ORS) Ile-de-France, en collaboration avec l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’INPES.

Note
(1) L’équipe KABP est constituée de Véronique Doré pour l’ANRS, de Nathalie Beltzer, Leïla Saboni, Claire Sauvage, Cécile Sommen pour l’ORS, Cécile Brouard, Marie Jauffret-Roustide, Guy La Ruche, Stéphane Le Vu, Caroline Semaille pour l’InVS, de François Beck, Arnaud Gautier, Romain Guignard, Nathalie Lydié, Jean-Baptiste Richard pour l’INPES et Josiane Warszawski de l’unité 1018 de l’Inserm.

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