Nouvelle donne dans la prévention du VIH ?

22 juillet 2011

Des essais cliniques dévoilés lors de la 6ème conférence internationale scientifique sur le sida, qui s’est achevée le 20 juillet, ont confirmé l’efficacité des traitements antirétroviraux en prévention du risque d’infection chez les séronégatifs. La prévention par le traitement, un tournant probable dans une stratégie qui se doit pourtant d’être plurielle et individualisée.

6ème conférence sur pathogénèse du VIH, les traitements et la prévention - Rome (Italie) (du 17 au 20 juillet 2011)

Deux essais salués par la communauté scientifique, l’un mené par les Centers for disease control américains (CDC), l’autre par l’Université de Washington ont été dévoilés à Rome. Ils confirment l’efficacité préventive d’une combinaison d’antirétroviraux (ARV) par voie orale chez des personnes hétérosexuelles non infectées :

  • Au Bostwana, l’essai TDF2 démontre que la prise quotidienne par voie orale d’un médicament associant tenofovir-emtricitabine réduit de 63% le risque d’infection par le VIH chez des hétérosexuels hommes et femmes non infectés.
  • L’essai PrEP mené sur 9 sites en Ouganda et au Kenya porte sur l’efficacité d’une combinaison tenofovir-emtricitabine ou tenofovir seul sur le partenaire non infecté (dans 62% des cas l’homme) d’un couple hétérosexuel et sérodifférent. Les résultats préliminaires de la phase 3 concluent à une baisse du risque d’infection de 73% avec l’association des deux antirétroviraux et de 62% pour le tenofovir seul.

L’objectif principal du traitement antirétroviral (ARV) est de lutter contre les rétrovirus du VIH et d’empêcher la progression vers le Sida en restaurant un nombre de lymphocytes CD4 supérieurs à 500/mm3. Pour atteindre cet objectif, le traitement antirétroviral doit rendre la charge virale plasmatique indétectable (< 50 copies/ml), ce qui permet la meilleure restauration immunitaire et limite au maximum le risque de sélection de virus résistants.

Bien que non confirmés par une étude menée au Kenya (échec des ARV par voie orale chez des femmes hétérosexuelles séronégatives à risque élevé de contracter le virus) ces résultats scientifiques sont globalement "encourageants pour la population hétérosexuelle, la plus touchée par le VIH dans le monde" estime Kevin Fenton, directeur du Centre national de prévention du VIH/Sida, hépatites virales, infections sexuellement transmissibles et tuberculose des CDC.

Prévention combinée et stratégies individuelles

  • Chez les hommes et transgenres séronégatifs ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, l’étude internationale de prophylaxie pré-exposition (iPrEx) rendue publique en décembre 2010 indique que le traitement associant emtricitabine et tenofovir (FTC-TDF) par voie orale induit une réduction de 45% du taux de contamination par le VIH par rapport à un placebo. Cet effet positif est majoré chez les participants circoncis, et chez ceux qui avaient été très observants au cours de l’essai.
  • Du côté des ARV administrés par voie locale, l’essai sud-africain CAPRISA004 publié en juillet 2010 a mis en évidence une réduction de 39% du risque d'infection au VIH chez les femmes avec un gel microbicide de 3ème génération contenant du tenofovir. Une prévention efficace également contre le virus de l’herpès génital (HSV-2).

Si les antirétroviraux constituent aujourd’hui un nouvel outil de prévention, parmi d’autres ayant apporté la preuve de leur efficacité, la prévention par le traitement "est encore loin d’une mise en œuvre opérationnelle" souligne Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS).

La conférence de Rome s’est achevée avec la présentation d’une étude ANRS sur l’effet préventif de la circoncision. Elle démontre pour la première fois que la circoncision masculine appliquée à grande échelle est efficace pour lutter contre le VIH au niveau d’une communauté fortement infectée ; chez les hommes circoncis, la prévalence du VIH y est 55% plus basse et le nombre de nouveaux cas 76% plus faible.

"C’est en combinant les différents moyens de prévention et en s’adaptant aux besoins en préventions des différentes populations et des individus qu’on arrêtera la progression de l’épidémie" ajoute Bruno Spire, chercheur en santé publique à l’Inserm et président de AIDES, "l'acceptabilité des nouveaux outils de prévention par les personnes à risque d’infection reste une question très importante pour que ces nouvelles stratégies s'avèrent réellement efficaces."

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