Dépression et maladie cardiaque : un cocktail explosif ?

21 septembre 2010

Selon l’étude de population britannique Witehall 2, un patient cardiaque présentant en parallèle des symptômes de dépression augmenterait fortement son risque de décès. Les chercheurs du Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations de l’Inserm et leurs collègues internationaux soulignent l’intérêt d’un meilleur repérage de la dépression chez ces patients.

Grâce à la cohorte (1) Whitehall II, les chercheurs du Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations de l’Inserm et leurs collègues internationaux ont pu comparer chez 5936 fonctionnaires britanniques le risque de décès des sujets associant symptômes dépressifs et pathologie cardiaque à celui des sujets en bonne santé ou présentant une seule de ces pathologies.

Après un suivi de cinq ans, les chercheurs ont conclu que le risque de décès chez les personnes associant dépression et maladie cardiaque est 2,9 fois supérieur à celui des sujets ne présentant aucune de ces deux pathologies.

Quant au risque de décéder spécifiquement des suites d’une maladie cardiovasculaire, il est 3,9 fois supérieur chez les patients associant symptômes dépressifs et pathologie cardiaque, par rapport au groupe ne présentant aucune de ces pathologies.

Ces résultats fournissent des éléments significatifs en faveur d’une interaction importante des symptômes dépressifs avec les pathologies cardio-vasculaires. "Cela démontre l’importance pour les professionnels de santé de mieux repérer les troubles dépressifs chez leurs patients cardiaques et de développer des actions visant à réduire la mortalité liée à la dépression, même si les mécanismes en jeu doivent être mieux compris" conclut Hermann Nabi, l’un des auteurs de l’étude.

La dépression : catalyseur des maladies chroniques ?

L’impact de la dépression sur le développement et le pronostic des maladies chroniques et notamment des maladies cardio-vasculaires fait l’objet d’un regain d’intérêt de la part de la communauté scientifique depuis quelques années. Chez les populations en bonne santé, des études prospectives menées sur le long terme ont montré que la dépression était associée au développement des maladies cardio-vasculaires, indépendamment des facteurs de risque spécifiques de ces pathologies (déséquilibre alimentaire, tabagisme, sédentarité, obésité, hypertension…). Ces études n’avaient toutefois pas permis d’établir l’effet combiné de la dépression et des maladies cardiovasculaires sur le risque de décès.

19 % des Français de 15 à 75 ans ont vécu ou vivront une dépression dans leur vie

D’après une enquête menée en 2005 par l’Institut National de Prévention et d'Education à la Santé (INPES), 19 % des Français de 15 à 75 ans ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie.

Source
“Effects of depressive symptoms and coronary heart disease and their interactive associations on mortality in middle-aged adults: The Whitehall II cohort study” Nabi et coll Heart. 2010 Sep 15

Note
(1) Une étude de cohorte consiste à suivre dans le temps un ensemble de personnes recrutées à un moment où elles étaient indemnes de l’événement de santé d’intérêt. L’objectif est de mesurer la survenue de nouveaux cas de l’événement de santé au sein de cet ensemble de personnes, tout en enregistrant individuellement les facteurs de risques, et de comparer l’évolution de la survenue des nouveaux cas entre sujets exposés et non exposés.

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