Se sentir mal dans son travail accroit le risque d’arrêt maladie

27 septembre 2012

Les agressions, les mises au placard ou encore une charge excessive de travail pèsent lourd sur les arrêts maladie. C’est ce que conclut une étude menée par une équipe de l’Inserm, en partenariat avec d’autres équipes françaises.

Des chercheurs français viennent d’achever la plus grande étude jamais réalisée sur les liens entre les facteurs psychosociaux liés au travail et les arrêts maladie. De précédents travaux ont montré que l’incidence de ces arrêts est associée à une plus grande vulnérabilité en santé. Ces événements pèsent en outre lourd sur le budget de la santé, représentant environ 5 % des dépenses de l’assurance maladie (1). A ce titre, et dans le but de mettre en place des actions préventives, les pouvoirs publics tentent d’identifier les facteurs y contribuant.

Près de 30 000 actifs dans 31 pays d’Europe

Les facteurs psychosociaux liés au travail étaient déjà montrés du doigt. Toutefois, les études menées jusque-là prenaient en compte un trop faible nombre de facteurs ou portaient sur des échantillons trop restreints pour pouvoir conclure. C’est pourquoi Isabelle Niedhammer (2) et ses collègues ont tenté de préciser les liens entre ces facteurs et les arrêts maladie. Ils se sont appuyés sur une vaste enquête, "2005 European Working Conditions Survey", se fondant sur les données relatives à 29 680 actifs des deux sexes, issus de 31 pays d’Europe. Cette étude est la quatrième du genre, menée par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound).

Ces personnes ont été interrogées en face à face. Elles devaient déclarer leurs absences pour des raisons de santé au cours des douze derniers mois et la durée de ces absences. Au total, plus d’un quart des femmes et 22 % des hommes avaient eu au moins un arrêt de travail, pour une durée moyenne de 22 jours.Les participants devaient également définir leurs conditions de travail grâce à quinze items portant sur des aspects psychosociaux : responsabilités, charge de travail, absence de promotion, présence ou non d’un soutien au sein de l’entourage, travail de nuit, travail posté, temps de travail, problèmes de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, peur de perdre son emploi ou encore humiliations, discriminations, violence et harcèlement sexuel.

Plusieurs facteurs psychosociaux associés aux arrêts de travail

Les résultats montrent que onze facteurs psychosociaux sur les quinze sont associés à davantage d’arrêts maladie, quelque soit le pays. Seule la durée hebdomadaire de travail tire son épingle du jeu.

La charge de travail, les discriminations, l’absence de perspectives de promotion, les problèmes de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale et surtout les agressions (humiliations, mises à l’écart, joutes verbales...) jouent par exemple un rôle incontestable. La violence physique à l’encontre des femmes également. Certains facteurs sont également associés à la durée de ces arrêts comme l’absence de responsabilités pour un homme (14% de jours d’absence supplémentaires en moyenne) ou le fait de se sentir agressé pour une femme (33% de jours supplémentaires). Les auteurs ont cependant relevé une certaine disparité entre les Etats à ce niveau. "Cela peut peut-être s’expliquer par les modes d’indemnisation plus ou moins avantageux, qui permettent à certaines populations de prolonger ou non un arrêt maladie si nécessaire", suggère Isabelle Niedhammer.

"De manière générale, ces résultats montrent qu’il existe une multitude de facteurs à intégrer dans la prévention des arrêts de travail. La concordance des données d’un pays à l’autre sur l’incidence de ces arrêts offre un potentiel de généralisation de certaines mesures à l’échelle européenne", conclut-elle.

Source :
Isabelle Niedhammer et coll. Psychosocial work factors and sickness absence in 31 countries in Europe. European Journal of Public Health, 23 septembre 2012


Notes :
(1) Arrêts maladie : comment expliquer les disparités départementales ? (pdf)
(2) Unité Inserm 1018, Centre de recherche en épidémiologie et santé publique, Villejuif

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